Midnight run

De Niro dans les années 80, ce sont Il était une fois dans le Bronx, Les Affranchis, Raging Bull, Les Incorruptibles ou encore Brazil. Pourtant il n’a jamais été aussi bon que dans la série B Midnight Run ! Parfait pour les samedis de 2016
La filmographie de Robert De Niro – bien aimé président du festival de Cannes 2011 et la Palme à l'inbitable Tree of life - donne le vertige. Dans les années 80, il apparaît dans les œuvres majeures de la décennie. Tous les cinéastes bavent devant le comédien capable de prendre des kilos, du muscle et des accents en quelques mois. Impossible de faire mieux à cette époque. Même Pacino ne sera pas à la hauteur durant les années 80.
Mais le chef d’œuvre caché se situe en 1988. De Niro vient de jouer Al Capone pour Brian De Palma et le Diable pour les besoins du terrifiant Angel Heart. Un peu de légèreté s’impose pour le puissant acteur. Comme ses copains de la A-list hollywoodienne, il accepte de jouer dans un buddy movie.
Ce sera Midnight Run, mis en scène par le réalisateur du Flic de Beverly Hills. Il donnera la réplique au méconnu Charles Grodin, acteur plutôt comique, aperçu dans le mauvais King Kong de Dino de Laurentiis.
Le duo semble déséquilibrer. La star a la classe de s’éclipser pour son camarade qui amuse vraiment dans le rôle d’un comptable de la mafia. Mieux ils partagent vraiment la vedette. De Niro est un chasseur de prime qui doit accompagner le comptable poursuivi par des agents du FBI et des tueurs de la mafia. Pour 100 000 dollars, il doit faire traverser le pays au fuyard !
En mélangeant le buddy movie et le road movie, Martin Brest réussit la comédie policière quasi parfaite. Les seconds rôles sont savoureux et caricaturaux. L’action ne freine jamais et une fois de plus, les dialogues nous régalent.
Les deux acteurs se font plaisir. Ca se voit. Ils profitent des clichés du genre pour organiser une vraie récréation. Acteur sérieux, Robert De Niro échappe à son image d’élève de l’actor studio. Il reste un dur à cuir mais la comédie ne lui fait jamais peur.
On ne parlera sûrement plus de ce film dans l’immense carrière de Robert De Niro. Pourtant Midnight Run est un vrai moment de détente, qui ne vieillit pas trop mal et qui offre le même plaisir à chaque vision… Et je peux vous dire que la VHS (puis le dvd) a été utilisé jusqu’à l’usure !
Phrase culte: Is this moron number one? Put moron number two on the phone
Avec Robert De Niro, Charles Grodin, Yaphet Kotto et John Ashton - Universal - 1988
Tumbledown

Petite succession de chansons calmes qui donnent l'envie de se faire un chocolat chaud au coin du feu. Un disque folk comme on les aime.
C'est à dire qu'il s'agit de la conjugaison du jeune compositeur pour le cinéma, Daniel Hart et du chanteur prolifique, Damien Jurado, farouchement indépendant mais qui ici travaille pour la musique d'une comédie dramatique, Tumbledown.
Sa présence apporte forcément un petit coté indé à l'oeuvre et surtout amène un peu de singularité à ces chansons introspectives par essence et qui veulent la sérénité et l'harmonie totale. C'est une obligation dans le genre défendu: le folk épuré.
On a donc droit à de jolis tricotages d'accords et une voix troublée mais très agréable à l'oreille. Depuis le temps, Damien Jurado sait faire le boulot. Il a une vraie patte et un style établi:effectivement, il soigne ses chansons et son auditeur. C'est de la musique écrite dans une cabane au fond des bois et on se verrait bien en compagnie de Jurado et son complice d'album, Daniel Hart qui offre de petits thèmes très chaleureux.
Halo of Ashes booste un peu l'ensemble mais on est tout de même dans une ambiance feutrée qui se veut très élégante! Il y a aussi quelques velléités bluesy qui musclent l'écoute. En tout cas, il s'agit là d'un disque très plaisant, sans prétention et qui fait chaud au coeur.
Milan - 2016
10 Cloverfield Lane

C'est ce qu'on appelle se prendre une bonne grosse claque!
Complètement inattendu et surprenant dans le genre! Pourtant on sent bien qu'en arrière plan, derrière le buzz, il y a JJ Abrams (Super 8) et son complice Drew Goddard (La Cabane dans les Bois), deux compères qui mine de rien réussisesnt leur coup à chaque fois.
C'est du divertissement réfléchi. L'ensemble est travaillé: de l'affiche au générique de fin. Bien entendu on doit citer la scène d'introduction de 20 minutes sans aucun dialogue et juste une musique pour nous plonger au coeur de l'intrigue.
La mise en scène est simple mais très efficace. Elle n'est pas sans rappeler Misery. C'est un huis clos à trois, tendu, où l'ambiance est malsaine, glauque ou salutaire. Il n'y a pas beaucoup de dialogues et pas beaucoup d'espace mais les acteurs sont très justes.
Du début à la fin du film, on ne peut pas se positionner par apport à leur situation. Sont ils en sécurité? Y a t il une menace à l'extérieur? Tout se remet en question en permanence et c'est vraiment le propre du film. Qui croire? Qui sauver? C'est un thriller intelligent et effrayant , qui avec toute la triste actualité, nous donne l'envie de se construire un bunker!
AVIS AUX AMATEURS
Avec Mary Elisabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr et Mat Vairo - Paramount - 16 mars 2016 - 1h45
Happy Machine
On sort les oies, les accordéons et les bouteilles de vodka ! Bienvenue dans l’univers festif et bricolo de Dubozia Kolektiv !
Il n’y a pas qu’Emir Kusturica pour nous faire remuer le popotin aux sons joyeux venus des Balkans. Voici un petit groupe bosniaque qui veut faire la fiesta de la plus belle des manières. Almir Hasanbegović et ses potes aiment la musique pétaradante qui accompagnerait la plus heureuse des révolutions.
Ils chantent en anglais avec un accent incroyable. Surtout ils se moquent des frontières pour incorporer tous les styles. Reggae, dub, rock, tout se mélange à une joyeuse cadence avec des invités très engagés comme Manu Chao. Ce sont des pirates de la musique et il y a du beau monde à bord de leur navire enivré !
Le discours est classique. Ce sont des anarchistes épanouis. Ils ont connu la guerre et l’oublient avec des chansons enthousiastes qui sèment le désordre et la zizanie. Leur titre Free MP3 devrait plaire à tous les geeks de la planète, et d’autres amateurs de chants révolutionnaires nouvelle génération.
C’est un plaisir régressif mais les sept musiciens ont de l’humour et du talent. Leurs chansons sont bien écrites. Pas de surprise mais ils mêlent les genres avec un sens du bricolage assez malicieux. Effectivement, l’air de rien, ils sont une machine à tubes, qui rend plutôt heureux. En période de morosité, c’est assez agréable !
ZN production - 2016
Une Odyssée américaine

En voiture ! Venez faire un tour dans le vieux break cabossé du père Harrison, disparu aujourd'hui. A tous les sens, ça déménage. Une chronique sur l'auteur et le temps qui passe!
Une odyssée américaine, est un roman qui fait du bien. Il réchauffe le cœur et les tripes, il émeut et il fait rire. Plus important que tout, il procure du bonheur à son lecteur. De plus, c’est un roman qu’on pourrait qualifier de terre à terre mais je préfère dire qu’il est écrit à hauteur d’homme.
C’est-à-dire qu’Harrison a dépassé à ce moment là les 70 ans et n’a plus rien à prouver. S’il écrit encore, c’est que cela lui donne encore un frisson essentiel et existentiel. Cependant, adieu les grandes envolées ! La littérature, si elle aide à vivre, n’a pas vocation à changer l’existence.
Certaines personnes atteintes de myopie du cœur, peuvent prendre une telle attitude pour de la vulgarité. On les plaint et on leur répond qu’il s’agit de la même vulgarité qui anima Rabelais. Foutredieu !
Et l’existence est une chose à la fois prosaïque et admirable. Même si nos corps accusent le poids des ans, même s’ils grincent et souffrent, ils sont capables de connaître plaisir et extase. En gros, on peut à la fois avoir mal au dos et apprécier un bon vin ou un bon repas.
Cliff a dépassé la soixantaine. Il a d’abord été prof de lettre en fac avant de reprendre la ferme de son beau-père et de devenir agriculteur, vivant au rythme de la nature et des animaux. Sa femme est promotrice immobilière et s’est éloignée de son mari au point de le tromper et de divorcer. La maison commune est vendue et le prof paysan se retrouve sans rien à faire ni personne à aimer.
Il décide alors de partir en voyage dans les états voisins des Etats-Unis. Commence un road-movie terrien où Cliff redécouvre les plaisirs de la chair et tente de trouver un sens non pas à sa vie, mais au moment de vie à venir, au moment futur qui s’ouvre à lui.
A la différence des récits de jeunesse initiatiques, la quête ne mène pas à l’épiphanie, à peine et surtout à un aménagement de la réalité. On ne rêve plus, on n’a plus d’illusions, mais on sait apprécier une jolie femme ou un bon steak (précisons qu’il n’y a pas d’échelle de valeur !).
En vieillissant, Jim Harrison tend moins vers le sublime mais apprécie chaque jour en en suçant la substantifique moelle
J'ai lu- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent - 317 pages
Ici et Là bas
Déprime et décibels sont au programme du tout nouvel album d’un duo électrisant !
Michel Cloup n’est pas le genre de gars à pondre un petit titre pop, mignon et gentil. C’est un vrai artiste alternatif qui triture les cicatrices du rock avec une conviction qui tournerait peut être à l’obsession. L’année dernière, il a sorti un live qui reste comme l’un des grands moments de 2015 où l’on y découvre toute sa pertinence entre les paroles et la musique, torturées naturellement !
Car Michel Cloup et son complice, Julien Rufié ne font pas de cadeau. Ils aiment la musique quand elle sort des tripes, lorsqu’elle se charge en émotions et en souvenirs. Une guitare, une batterie, une voix pour un grand cri du cœur !
L’auteur a les idées noires et il les transforme en énergie brute. En abordant son passé, sa démarche rappellerait La vie ordinaire, la formidable bande dessinée de Manu Larcenet où un homme se confrontait à l’histoire de sa famille, la vie ouvrière, un monde oublié, qui s’enfuit comme le dit si bien Michel Cloup.
Avec son batteur, il accouche d’une crise existentielle inédite où comme le célèbre dessinateur, l’art devient vital et illumine la noirceur de nos vies qui passent. Il a une maison dessiné de manière simple sur la pochette : c’est presqu’une thérapie, ce nouveau tour de force du musicien qui ose mettre à nu.
Il nous malmène comme nous sommes tous les jours malmenés par un quotidien pas toujours heureux. C’est un album engagé mais qui se faufile entre les habitudes pour être franchement nouveau, frais mais dubitatif sur la politique et tout ce qui pollue.
On pourrait avoir peur de s’ennuyer mais le duo expérimente beaucoup moins que sur les précédents efforts. Seules les deux dernières chansons se développent sur des longueurs étranges. Ici et là-bas n’a rien de conventionnel. Rien de policé. Rien de simplifié. La façon dont se livre Michel Cloup est tout simplement impressionnante. De la passion, voilà ce que l’on trouve Ici et là-bas !
Ici d’ailleurs - 2016
Ricky Bobby le roi du circuit

Grosse farce, ce film inédit en salles est une satire féroce de l’Amérique. De plus en plus à l’aise dans des rôles d’abrutis presque détestables, Will Ferrell va plus loin que ses camarades et démonte le mythe américain sans aucune gène. Hilarant !
Steve Carell n’a pas beaucoup de succès chez nous. Depuis une dizaine d’années, les films d’Adam Sandler ne dépasse pas les 100 000 entrées dans l’hexagone. Seul, Ben Stiller réussit à faire traverser l’Atlantique son humour scato-ironique. Cependant toute la bande n’a pas la même adhésion du public français. Seuls, Owen Wilson et Vince Vaughn obtiennent une certaine reconnaissance.
Ce n’est pas facile de faire rire les français quand on fait partie de tout ce groupe de comiques qui poussent loin le bouchon dans l’humour régressif. Et pourtant, il faut l’avouer qu’à force de blagues débiles, ces petits comiques finissent par atteindre un ton subversif et salvateur.
Celui qui va le plus loin, c’est à coup sûr Will Ferrell. Vu dans le film gentillet Elf, cet acteur, connu pour ses imitations irrésistibles de George W Bush, s’est fait une spécialité dans les seconds rôles déjantés (à voir d’urgence Old School) avant d’être une star et jouer des drôles de spécimens comme dans l'hallucinant Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy.
Doué pour interpréter les ignares insolents et prétentieux, il s’amuse aussi à caricaturer l’Amérique triomphante qui fait rugir de plaisir cette bonne vieille chaîne réac de Fox news. Le comédien se moque allégrement de cette Amérique et le box office le lui rend bien. D’ailleurs la sortie en dvd n’est pas du tout justifiée car le film fut un gros succès outre atlantique. Mais bon, les voies de la distribution sont impénétrables de nos jours.
Il ne faut pas s’étonner de croiser Sacha Baron « Borat » Cohen dans Ricky Bobby : roi du circuit. Comme ce britannique, Will Ferrell et son réalisateur taquine les défauts yankees qui passent là bas pour des valeurs ancestrales. Le texan en prend pour son grade, et c’est pourquoi le comique passe par l’un des sports préférés des rednecks, le nascar.
Ricky Bobby est donc la star de ce sport à grande vitesse. Débile comme un pare brise, mais surdoué de la voiture, il connaît ses premiers échecs avec l’arrivée d’un français (homosexuel et amateur de jazz), Jean Girard et tout son monde de gloire s’écroule. Il va falloir se reconstruire avant de retourner sur les pistes chauffées par le caoutchouc.
Récit initiatique assez grossier, le scénario n’est qu’une excuse pour des vannes d’une bêtise rare mais complètement assumée. Will Ferrell tape fort sur les clichés américains qui s’en prennent plein la tronche autour des compétitions de nascar. Nous sommes à un croisement détonant entre Cars et un film des frères Farelly (Mary à tout prix, Fous d’Irène). Comme eux, les auteurs de Ricky Bobby ont aussi une profonde affection pour leurs (anti) héros.
Car la réussite rapide de Ricky Bobby est un mirage. Le manichéisme est malmené par un film qui fait l’idiot mais qui se révèle malin. L’humour est moins léger qu’il n’y parait et les auteurs tapent allégrement sur le rêve américain avec les mêmes armes qui le servent.
C’est ce grand écart qui passionne. L’air de rien, avec sa tête de clown et ses blagues énormes, Will Ferrell et ses compères, pratique une ironie mordante et spectaculaire. Franchement, il serait temps que l’on se mette en France à jalouser ce talent !
Avec Will Ferrell, John C. Reilly, Sacha Baron Cohen et Amy Adams Gaumont Columbia Tristar – 2006 – 1h45




