The Nice Guys

Shane Black fut il y a longtemps le scénariste le mieux payé d'Hollywood. Désormais il s'amuse à recycler avec brio le genre qu'il a quasiment inventé: le buddy movie.

Puisque c'est lui qui a écrit le scénario de L'Arme Fatale, archétype du film d'action des années 80. Il a travaillé sur quelques autres gros films d'action et puis il a disparu. Il réapparaît avec la comédie policière, Kiss Kiss Bang Bang en 2005. Robert Downey Jr à l'époque prouve qu'il a encore l'étoffe d'une star malgré ses déboires.

C'est lui qui va chercher Black pour tourner Iron Man 3 et lui faire profiter de son succès immense. Ce drôle de gus a une carrière atypique, jouant au chat et à la souris avec Hollywood et ses règles. Et il prouve une nouvelle fois qu'il est un sale gosse en décrivant un Los Angeles tout en défonce dans The Nice Guys.

Pour ne pas se faire trop remarquer, il éloigne le récit de notre époque. Nous sommes dans les années 70. En Californie, c'est la mode du disco et du porno. Une starlette a un accident. C'est le début des emmerdes pour un gros costaud Irlandais et un petit détective privé alcoolique, papa d'une petite fille bien débrouillarde.

Le duo est mal assorti et va se chamailler pendant presque deux heures pour notre plus grand plaisir. Comme d'habitude, le cinéaste sait y faire pour des dialogues cyniques et une enquête tonitruante qui mène à un improbable complot. Ce n'est pas spectaculaire mais Shane Black sait rendre les choses jubilatoires.

Russell Crowe est un ours mal léché et Ryan Gosling révèle un don évident pour la comédie (aidés tous les deux par une Adjani en herbe, la diaphane Margaret Qualley). Ils sont tous les deux excellents, cabotins à l'aise dans leurs pattes d'ef! C'est une espèce de Boogie Nights décontracté, qui n'oublie d'être sévère sur le monde de l'industrie cinématographique, visé à travers une comparaison avec le porno. La Californie est ensoleillée toute l'année, mais l'auteur du Dernier Samaritain a toujours eu l'oeil sur les zones d'ombre.

Black doit certainement cracher dans la soupe mais il le fait avec un certain talent. Il veut bien dénoncer mais son but est tout d'abord de divertir. Parce qu'il a une idée bien marrante de l'absurde, son scénario est tranquillement délirant et profite de la bonhomie des comédiens pour rester sympathique même durant quelques temps morts et deux ou trois moments répétitifs.

The Nice Guys reste une comédie policière comme on n'en fait plus avec de l'irrévérence et de l'humour. Un poil de sexe et un peu de violence font la différence. C'est un plaisir coupable! Pour une fois on est ravi d'avouer sa propre culpabilité!

Avec Russell Crowe, Ryan Gosling, Angourie Rice et Matt Bomer - Europacorp - 15 mai 2016 - 1h50

chansons d’actu: There is power in a union

Pet Sounds

Les Beach Boys : la Californie, le fun, le surf, le soleil, et des chansons irrésistibles aux paroles néanmoins stupides, comme Surfin' USA et I get around. Voilà l'image qu'offre ce groupe mythique des 60's, si l'on ne cherche pas à aller plus loin. D'ailleurs, les innombrables compilations existantes jouent quasiment tout le temps sur ces clichés. Aujourd'hui on revient sur ces mythes avec les 50 ans de leur chef d'oeuvre

Mais les Beach Boys furent beaucoup plus que cela. Leur leader et bassiste Brian Wilson, musicien génial mais torturé, avait abandonné les tournées dès 1964, après une première dépression nerveuse. Il se consacra alors totalement à l'enregistrement de ses compositions avec des musiciens de studio, sur lesquelles les Beach Boys n'avaient plus qu'à ajouter leurs voix.

Brian Wilson s'était beaucoup inspiré des techniques d'enregistrement du producteur Phil Spector, l'inventeur du "mur du son" : accumulation de couches successives d'instruments (plusieurs basses, pianos, guitares, percussions...), et forte utilisation de l'écho, afin d'obtenir des sons nouveaux. Mais là où Spector déchaîne des ouragans avec ses arrangements vertigineux, Brian Wilson atteint une sobriété et en même temps une inventivité sans égale à l'époque dans le domaine de la production.

Peu à peu, dans les albums des Beach Boys de 1964-65, apparaissent, à côté des traditionnelles chansons d'amour bébêtes ou des glorifications niaiseuses de l'american way of life, des préoccupations plus matures et universelles. Lorsque Brian Wilson commence à enregistrer Pet sounds fin 1965, les thèmes qui reviennent le plus fréquemment, dans les paroles qu'il a écrites avec Tony Asher, sont le besoin d'amour, d'absolu (Don't talk (put your head on my shoulder), God only knows), la perte de l'innocence (Caroline no), l'incapacité à s'adapter au monde (I just wasn't made for these times) et le besoin d'évasion (dans l'instrumental Let's go away for awhile).

Musicalement, la sortie de Rubber soul des Beatles constitue un challenge pour Wilson : il s'est alors fixé pour but de créer "le plus grand album de rock jamais fait". Dirigeant ses musiciens en studio comme un chef d'orchestre, il est attentif au moindre petit détail et réenregistre tout jusqu'à la perfection et l'épuisement. Les magnifiques mélodies qu'il a composées se trouvent ainsi présentées dans le plus beau des écrins, des arrangements jamais entendus auparavant, créant une sorte de synthèse entre instruments modernes et classiques, pour aboutir à un son tour à tour puissant, caressant, aérien, jamais agressif.

Une fois l'enregistrement instrumental terminé, les Beach Boys, dirigés par Brian Wilson, ajoutent leurs voix et leurs harmonies complexes. Brian chante bien sûr lui-même certaines chansons, et distribue les rôles pour les autres. C'est son frère Carl Wilson qui chante d'une voix angélique God only knows, considérée par Paul McCartney comme "la plus belle chanson jamais écrite".

Brian Wilson avait donc réussi à créer le chef d'œuvre qu'il avait à l'esprit. Mais "il n'était pas fait pour son époque", comme il le chantait lui-même. Les Etats-Unis n'étaient pas prêts pour Pet sounds. Pourquoi ces charmants garçons, incarnations de l'Amérique, se mettaient-ils à chanter la mélancolie, la tristesse et l'angoisse ? Le public traditionnel des Beach Boys fut désorienté et l'album ne fut "que" dixième dans les charts américains. En revanche, la Grande-Bretagne s'emballa pour Pet sounds : les Beatles relevèrent à leur tour le challenge pour créer Sgt. Pepper, et on vit même le manager des Rolling Stones, Andrew Loog Oldham (qui n'avait aucun intérêt financier dans les Beach Boys) payer une page de publicité dans un grand journal pour proclamer que Pet sounds était le meilleur album jamais enregistré.

Un an plus tard sortit Sgt. Pepper, et Brian Wilson se perdit dans sa quête éperdue pour dépasser les Beatles, s'enfermant peu à peu dans ses problèmes psychologiques et se coupant du monde. Mais avec Pet sounds, il avait créé ce qui restera, sans contestation possible, un des plus grands albums de musique dite "populaire" du XXe siècle.

Capitol - 1966

Yann Darson

Haaaannn / Ahiii / Hannn / Ahiii… Un bon jeu de raisons de regarder le simple dames à Roland Garros

francesca-schiavone
C’est terre battue, c’est un seul français en deuxième semaine comme d’hab, c’est des diffusions de 15 minutes entre 3h de pluie, réchauffement climatique mon cul, sur France 2 France 3 France 4 France 24 France 2654545, c’est Paris, c’est jolie mademoiselle, c’est Bebel tout cramé sans crème solaire et son caniche dans les tribunes, c’est le tout Paris qui évoque une bouffe d’affaires pour ne rien foutre de l’après-midi dans les travées de la Porte d’Auteuil, c’est Roland, c’est Garros, c’est Roland Garros, même si personne ne sait qui est ce mec qui n’a aucun rapport avec le Tennis, et c’est aussi un bon jeu de raisons de regarder le simple dames, c’est parti !

0-0, parce que français Monsieur ! : Oui tu es fan de bouffe et supporter des jeunes filles françaises à jupe courte ! Ça tombe bien, nos meilleures représentantes cette année, bon pas plus que le 3ème tour, faut pas exagérer non plus, porte pile poil le nom de tes péchés mignons : Cornet et Parmentier ! Coin coin.

15-0, le côté gang bang vocal : Allez arrête de faire l’innocent, tout le monde sait que t’as toujours été fan de scènes lesbiennes au bord des piscines californiennes, avec des maillots de bain fluo, des boobs énormes et des fessiers made in ballon officiel de la NBA. Le florilège de « Haaaannn / Ahiii / Hannn / Ahiii / haaaannnnn / ahiiii / haaaannnn, faute ! » à chaque échange, ça te rend tout foufou dans ton slip, maisss siiiiii, allezzzz arrête, coquin.

15-15, pour le miroir : Ta femme est très très moche et tu te demandes encore pourquoi elle n’a pas fait tennis comme métier ! De Steffie Graff à Arantxa Sanchez en passant par Monica Selles ou bien sûr Martina Navratilova ou, plus récemment, Francesca Schiavonne, quand tu regardes les jambes, c’est somptueux, quand tu regardes la tête, tu fuis, mais comme c’est filmé de haut, tu vois pas les visages, donc tu regardes.
30-15, pour la rapidité : Chez les mecs, c’est interminable, pour regarder un seul, oui juste un seul match, le week-end, tu te dois de sacrifier à peu près tout, 5h de match, en 5 sets, 3 interruptions pour cause de pluie, c’est gagné, tu t’es foutu dans le canap' à 14h, à la fin du match tu reçois un texto qui te dit « qu’est-ce tu fous on est au resto depuis 1h on t’attend !!! », et oui, il est déjà 20h40…tu files, tu regarderas la balle de match sur Infosport dans le résumé ; au moins, chez les femmes, c’est 1h de jeu, c’est la russe inconnue mais qui est quand même n°4 mondiale qui fout une trempe à la jeune roumaine, elle aussi inconnue, mais pourtant n°9 mondiale, en 6-2 / 6/2, emballé c’est pesé, tu seras même en avance de 2h pour l’apéro !

30-30, le mega gang bang vocal : Avec un peu de bol, certaines joueuses se dépasseront niveau cris d’hyènes ! Au-delà du désormais classique « Haaaannn / Ahiii / Hannn / Ahiii / haaaannnnn / ahiiii / haaaannnn, faute ! », tu pourrais très bien avoir des hanahiiiiihannnnhiiiiii qui affrontent des ihhhaaaaaaahhhaaaannnnnnnnnn…merde t’as joui, désolé, fais gaffe quand même, sont pas toutes majeures les filles, parles-en à Patrice Dominguez, ah il est mort, ah désolé…

40-30, pour avoir autre chose à l’écran que la CGT : En ce moment tu te réveilles le matin, ta radio te crachouille aux oreilles les revendications de Martinez, le Mario Bros des travailleurs, le Lech Walesa 2.0 en moins polonais et en moins compréhensible, même en français, c’est dire ; tu ouvres ton journal tu vois des drapeaux rouges de mecs qui revendiquent le fait d’être en grève car solidaires avec les mecs qui se mobilisent pour être solidaires avec les mecs qui sont en grève parce que ouaiiis donc ouaaiiisss solidaires, enfin tu comprends rien, eux non plus, t’as plus d’essence, eux non plus, tu regardes le tennis féminin, eux aussi, ou pas, enfin toi oui, eux…bah Martinez, bon bref tu t’en fous !

40-40, pour la rareté : Oui, toute l’année, tu t’en tapes mais alors grave du tennis féminin, une française pourrait truster tous les tournois WTA (la Fédé internationale pour meuf à raquette, c’est pas une marque de tampons espèce de crétin), que tu préférerais continuer à regarder Sochaux-Niort en Ligue 2 ! Alors un petit effort, à ton bon cœur !

Avantage Mlle Kutzninokevavava : Oui, particularité du tennis féminin, 80% des nanas ont des noms imprononçables et d’origine CCCP ! Un bon tableau de ¼ de finale à Roland c’est Kutzninokevavava vs Azarankikava, Rastinanova vs Olgatikova, Pablovatova vs Russinaaniska, Williams vs Williams. Oui, t’as toujours 2 américaines blacks, c’est quota. Même notre meilleure française qui devait originellement s’appeler Solange Dubois, s’appelle désormais Kristina Mladenovic mon pote…sinon elle était pas invitée ! Avant c’était Mary Pierce, bref, t’es soit de l’est soit ricaine, sinon tu peux pas gagner.

Égalité: J’vais fumer une clope, je reviens.

Avantage Mlle Ratikastibabla : Ayéééééééé, ahiiiii, haaaaaannn, me revoilà, j’ai fumé ma clope, bon finalement Azarankikava dans le premier ¼ de finale déclare forfait, c’est donc Mlle Ratikastibabla qui bénéficie d’une Wild Card (Carte d’animal sauvage en français…pose pas de question, c’est comme ça puis c’est tout, c’est Roland, c’est hipe, tais toi et regarde).

Jeu Serena Williams : Et oui ! Depuis plus de 10 ans, tu es en fan absolu de celle qui pourrait être physiquement la fille de Mister T, la cousine de Nicki Minaj, la nièce de Tina Turner, la belle-fille de Mike Tyson, la sœur de Teddy Riner, la meuf de Jean-Marc Mormeck et encore il aurait pas le dessus le bougre quand tu vois l’engin ! J’ai bien sûr nommée Serena Williams ! Serena, Serena, ça fait pas un peu prénom d’ancien État soviétique ça ??? haaaaaannnnnnn, la traitresse !

Allez, j’vous embrasse, haaaaaaaannnnnn, ahiiiiii !

 

Money Monster

Très bon thriller, haletant et prenant, qui n'est pas sans rappeler notre réalité!

Après le glaçant Night Call qui dénonçait la haute manipulation des médias, c'est au tour de la brillante Jodie Foster de nous livrer une satire du crash boursier. Une fois de plus, les médias seront au centre de l'affaire: ils restent en Amérique un moyen bien pratique de mener à la vérité.

Puisque le film pose des questions simples comme "ou passe notre argent" ou "à quoi servent les banques". Depuis 2008, les révélations sur le sujet sont effrayantes et les interrogations se font sous la forme d'une prise d'otage comme dans Inside Man de Spike Lee... à croire que Jodie Foster ne soit plus sortie de cette banque.

C'est bien ficelé. Les acteurs sont parfaits. Mention spéciale à George Clooney que l'on semble redécouvrir ici. On finit par s'identifier au preneur d'otages qui a investi toute sa fortune dans le vide et qui est prêt à se lancer dedans. L'intrigue est suffisamment intéressante pour qu'on ne se lasse pas d'une situation pourtant connue.

En plus, c'est drôle. Oui, drôle. La réalisation est efficace et maintient le suspense jusqu'à la coupure de la mire.  Et tout cela soutient une vraie question d'actualité: faut il en arriver jusque là pour se faire entendre? Je crois malheureusement qu'il n'y a que sous les feux des projecteurs et sous la menace de la violence qu'on arrive à s'exprimer jusqu'au bout!

AVIS AUX AMATEURS

AvecGeorge Clooney, Julia Roberts, Jack O'Connell et Caitriona Balfe - Sony - 12 mai 2016 - 1h38

2

Tom Petty retrouve une nouvelle fois ses amis d'enfance pour retrouver les plaisirs d'antan. Petty est peut être le Peter Pan du rock'n'roll!

Il ne veut pas grandir. Il a de plus en plus la tête d'un vieux sage, échappé d'un conte pour enfants. Il a de la barbe et des grands cheveux. Il a toujours son sourire plein de dents et cette candeur incroyable dans le regard. Il a des années de concerts et de studios au compteur, mais Tom Petty reste ce fidèle fan de rock!

Depuis son premier disque, il a posé les bases d'un soft rock tout sauf lisse. Pour les auditeurs un peu pointus, il faut creuser pour découvrir chez ce type de Floride une véritable sensibilité qui le place tranquillement entre Springsteen, Dylan et quelques intouchables du songwriting made in America. Le taux de sympathie pour Petty est tout simplement hallucinant. Ce type aime la musique et cela s'entend dans tout ce qu'il entreprend.

Aujourd'hui il réactive son tout premier groupe. Sur les ruines de Mudcrutch, il a bâti les Heartbreakers et de solides amitiés dont l'incontournable Mike Campbell, guitariste et complice depuis des siècles du chanteur. Au début des années 70, Petty joue donc de la basse dans ce petit groupe de copains. L'aventure dure quatre ans et puis plus rien.

En 2007, il retrouve ses camarades et réalise enfin un album sous le nom de Mudcrutch et voici donc le second opus de ces tardives aventures de groupe inoffensif en apparence. Car c'est vraiment du bon rock que l'on entend. On n'est pas très loin du tout de l'univers de Tom Petty. Il y a bien un peu de rock'n'roll que d'habitude. Mais c'est sinon c'est très agréable à écouter. Pas de nostalgie déplacée! Juste du son à l'ancienne, sur les bases solides d'un rock classique!

A 65 ans, Petty ne va pas se métamorphoser. Il ne l'a jamais fait! Il n'en éprouve pas le besoin. Nous non plus tellement sa formule est bonne et plaisante à l'oreille. C'est la modestie et l'innocence de Petty qui nous charment. Il croit fermement en son art et le démontre une fois de plus avec des histoires américaines jusqu'au bout du dernier riff et des petits harmonicas qui filent le frisson. L'expérience de Petty n'empêche pas son éternelle jeunesse à redécouvrir les vibrations d'un bon refrain sans prétention.

Ce second volet sobrement appelé "2" est romantique, viril et correct. Petty et ses copains ont la classe. Tout simplement. Ils n'imposent rien mais font le job avec une élégance qui franchement, rassure le temps qui passe et la vieillesse. L'âge c'est vraiment dans la tête et les coeurs!

Reprise - 2016

L’été Diabolik

Des vacances guillerettes qui virent au cauchemar... Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse confirme leur goût pour le vintage et le bon goût. Même si leur récit policier s'étire un peu trop.

Le duo nous a régalés avec un pétaradant feuilleton de science fiction et ils renouvellent l'aventure avec un polar qui une fois de plus rend d'abord hommage aux années 50 et 60. 1967 précisément! Cet été là, Antoine est un adolescent qui découvre les choses de la vie. La mer est l'horizon qui accompagne ses nombreux émois, amicaux et amoureux.

Il vit avec son père qui au fil des vacances va se faire de plus en plus mystérieux. Une pointe d'espionnage va transpercer le quotidien du jeune homme qui sera chamboulé à vie par d'étranges événements, pas si anodins que ça! Un vrai cauchemar se cache derrière de jolies vacances au bord de la mer.

Franchement, après le précédent effort des deux auteurs, on est un déçu. Mais en repensant, on apprécie la noirceur de ce récit qui pourtant est haut en couleurs, jouant sur le psychédélisme de l'époque. C'est toujours aussi plaisant à regarder. On pense à tous ces romans initiatiques sur les troubles de l'adolescence et le passage à l'age adulte mais les auteurs savent aussi composer un polar plus âpre que les apparences.

Le ton est plus sombre et surtout les rebondissements tardent un peu. Mais on s'amuse toujours autant avec des dessins faussement naïfs pour raconter une bizarre histoire de voisinage. Encore une fois les inspirations sont variées et souvent kitsch mais il en ressort quelque chose de plus profond et toujours aussi jouissif. Ces deux auteurs sont définitivement à suivre!

167 pages - Dargaud

The Color in anything

Il a la mêche comme il faut. Il porte le petit t.shirt sans forme. Il a un petit look frêle. Il a un air introverti. Il est pourtant le chouchou de la presse avec ses chansons modernes et tristes. Pour accompagner la pluie...

James Blake a tout du timide brillant. Il a de la suite dans les idées et des envies d'ailleurs. Il s'évade avec quelques sons électro et une voix délicate. Surnommé "Prince de la vallée du vent", James Blake a réchauffé les coeurs avec un album frais, Overgrown en 2013. Il a connu un beau succès et récupéré le Mercury Prize, récompense grandiose au Royaume Uni.

Donc inutile de vous dire que le garçon était attendu au tournant avec son troisième album. Une fois de plus il joue sur la mélancolie contemporaine. La pochette fait penser plus à Nick Drake qu'à un petit génie du bidouillage. Pourtant une fois de plus, il démontre sa science des montages sonores.

Reconnu, il a désormais des copains célèbres qui viennent collaborer. On croise donc dans son disque des personnes différentes comme Franck Ocean ou Bon Iver. On se dit que le jeune chanteur porte la solitude comme un fardeau mais cette fois ci, le producteur des Red Hot et légende américaine, Rick Rubin participe à la production.

Est ce que cela change beaucoup de choses? Non pas vraiment. Les points forts sont là: James Blake réussit toujours aussi bien à écrire des titres tristes avec des moyens modernes pour nous embrouiller dans de belles émotions et de spectaculaires morceaux soul, quasi futuristes. Sa voix est incroyable.

Mais elle se métamorphose sur 76 longues minutes. Certes elles sont denses ces minutes car Blake est en recherche permanente. Mais l'ennui pointe aussi le bout de son nez à force d'expérimentations. Sorti sans prévenir, cet album abonde de générosités en tout genre et ca finit par être un peu usant.

Sa passion pour la musique quasi abstraite, au croisement de tous les styles, finit par englober dans ce disque tout et rien. On est parfois agacé. Parfois fasciné. Le disque ne laisse pas de marbre. C'est déjà ça. Mais effectivement, sa couleur n'est pas assez définie. Et donne une impression de fadeur. Bizarre après 76 minutes d'efforts!

Polydor - 2016

Gelsomina, Pierrette Dupoyet, Studio Hébertot

Gelsomina

Zampano est un colosse de foire brutal, un vagabond, avec une force de Gladiator, un cœur de pierre. Il ne sait parler qu’en criant, en donnant des ordres, en jurant, habité par cette hâte d’aller vers nulle part.

Gelsomina, lui a été vendue par sa mère. Petit bout de femme lunaire, pétrie d’humanité, de poésie, elle accepte de suivre Zampano sur la route car elle voit en lui une vie d’artiste qui la fait rêver. Quelle ne sera pas sa désillusion quand elle se retrouvera longtemps cantonner aux tâches ingrates.
De village en village, de place en place, les deux âmes blessées cohabitent. Sans pour autant se comprendre. Ils ne vivent pas dans le même monde.

Zampano ne compte que sur sa force physique. Gelsomina s’interroge sur le monde qui l’entoure : « Comment on devient une femme ?» « Comment trouver les mots justes pour exprimer ce qu’on ressent ». Elle se met à penser par elle-même, à avoir une opinion, à s’affranchir.

Gelsomina va grandir au contact de la dureté de Zampano. Elle n’arrivera pas à l’adoucir mais elle puisera une force pour apprendre à dire non, pour comprendre qu’elle n’est pas une moins que rien.
Elle souhaite que quelque chose de beau sorte d’elle. Alors quand sa vie croise celle d’un funambule, musicien, ses yeux se mettent à briller. Elle va « boire du rêve à grandes gorgées » avec lui, être éblouie, apprendre à jouer de la trompette. « Je me suis sentie artiste », dira-t-elle. Mais les trios ne durent jamais bien longtemps et le drame se profile…

Dans une langue poétique imagée de Pierrette Dupoyet, la comédienne Nina Karacosta donne toute une palette d’émotions à Gelsomina. Elle habite le plateau, déploie le personnage, le révèle, le rend très attachant.

« Le spectacle nous confie l’histoire de ces « gens sans importance » laissés au bord de la route, ceux dont la vie ne semble compter pour rien, que l’on piétine, dont on se détourne sans voir que l’on passe à côté d’un être humain, d’une vie, d’un petit trésor. Sans jamais se plaindre, en faisant preuve d’une impressionnante force de vie, d’une volonté de voir le meilleur en tout, Gelsomina témoigne pour tous les laissés pour compte, les petites gens, les différences,… »

 

Jusqu'au 03 juillet 2016

au Studio Hébertot

Ocean by Ocean

Ce n'est pas bien. Ce n'est pas mauvais. C'est le syndrôme des disques de suiveurs qui rêvent sûrement de gloire et de beauté!

On aime bien se moquer de The Boxer Rebellion quand on sourit face à un peu d'ambition et les rêves de gloires. Car, à coup sûr, depuis une dizaine d'années, les quatre Londoniens se verraient sûrement bien comme une alternative bandante à Coldplay, qui a déjà pris la relève de U2.

L'Américain Nathan Nicholson et ses trois copains britanniques travaillent donc pour s'installer sur le marché américain. Ils cherchent et trouvent de temps en temps le hit parfait mais le résultat n'est pas là: ils restent surtout un petit groupe anglais capable de quelques chansons pour publicité. Pourtant il y a tout: l'écriture héroïque, une voix haute et profonde, une guitare qui lache des notes à toute vitesse et des refrains imparables.

On parle même d'eux dans la comédie romantique fort sympathique, Trop loin pour Toi. Depuis des années, le groupe fait tout pour se faire remarquer. Mais il ne se passe pas grand chose en dehors des frontières européennes. En tout cas on est loin du succès écolo-poli de Coldplay.

Il faudrait peut être un peu musclé le jeu mais The Boxer Rebellion continue dans la pop commerciale. Mais propre. Ca ne va pas vous écorcher les oreilles. C'est lisse mais parfaitement produit. Tout est bien placé pour vous faire taper du pied ou vous coincer sur un rythme accrocheur. Nicholson et ses potos ne manquent pas de talent!

Ils ont cependant un manque cruel de caractère. Tout ce qu'ils font est joli. Mais on n'est jamais surpris. Il n'y a pas de folie ou de grande originalité. Ca fait passer le temps de manière agréable. A la différence de la pochette, on n'est pas vraiment bousculé par une vague de fraîcheur. Et de la nouveauté!

Pour la révolte, il faudra repasser plus tard certainement.

Amplify - 2016

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