My Sweet Pepper Land

Pimentez votre soirée d’une savoureuse comédie douce amère kurde. Au risque d’être pris d’une furieuse envie de prendre le maquis en sortant !
« Pepper land » c’est un bar au cœur d’un village du Kurdistan irakien. Tantôt auberge tantôt salle de tribunal, il sert de lieu de discussion comme de scission. Entourés des montagnes rocailleuses, les villageois subissent l'oppression d’un tyran local. Mais c’est sans compter la venue de figures de résistance. Baran, shérif garant du respect de la loi est incarné par Kormaz Arslan. Son regard perçant va rencontrer celui de Govend, une institutrice déterminée, sous les traits de l’actrice iranienne Golshifteh Farahni, sublime. Ils vont lutter ensemble contre l’ordre établi. Pour s'aimer comme leur cœur les y invite.
Dans une ambiance western à la croisée des plaines de Turquie, d’Iran, et d’Irak , Hiner Saleem nous fait rire mais aussi réfléchir. Quel sens donner à l’honneur, à la chance, aux traditions? Les paysages sont superbes, l’interprétation très juste. La portée à l’écran de la naissance d’un semblant d’autonomie pour le Kurdistan irakien vaut à elle-seule le détour !
Au doux son du hang, cet original instrument suisse à percussion crée en l’an 2000, le film transporte. On découvre une réalité romancée : l’obscurantisme tenace dans la région, l’étouffante emprise des hommes sur les femmes, sœurs, filles. Combattantes, elles suscitent l’admiration.
Produit par Robert Guédigian, My Sweet Pepper Land est une pépite venue d’Asie centrale. Les personnages féminins d’insoumises inspirent respect et courage. Du cinéma vibrant d’émotion sincère.
Holy Ghost / Marc Ford / Naim Label – 2014

Un ancien Black Crowes continue son bonhomme de chemin dans le monde merveilleux du blues rock. Petits moments de grâce.
Marc Ford a peut être brûlé ses ailes durant son passage au sein du mythique groupe d'Atlanta, les Black Crowes. Guitariste surdoué, il a dû supporter les excès en tout genre des frères Robinson, aussi bien d'un point de vue musical que dans la vie trépidante de stars du rock'n'roll.
Sa participation aux chefs d'oeuvre des Black Crowes prouve en tout cas la valeur du musicien, qui un beau jour a voulu s'échapper de cette vie pour le moins toxique et repartir sur les solides bases du blues.
Ses premiers albums sont discrets mais sympathiques. Ensuite il multiplie les collaborations et Ben Harper lui fait confiance sur quelques albums et tournées. En attendant, le fougueux devient sage et Holy Ghost révèle un chanteur sensible et un amoureux de l'harmonie.
Holy Ghost refuse tous les excès. Les amateurs de riffs stridants vont être déçus. C'est un disque de rock zen, serein, qui rappelle la dernière période de JJ Cale. C'est un album introspectif où tout est pesé et réfléchi. D'une délicieuse délicatesse. Un disque de vieux dans le bon sens du terme. Le visage marqué du musicien sur la pochette prouve qu'il se livre sans fard, sans esbroufe, juste avec quelques accords rocailleux et admirables.
C'est un peu un rock de survivant. Sorte de Droopy du grand barnum du rock'n'roll, Marc Ford se livre enfin sans détour. Abîmé mais sincère. Ce n'est pas un fantôme. C'est un passionné du blues! Il partage avec ce disque sa passion avec une générosité éclatante! Amen!
Dancing in Jaffa

Alaa, Noor et Lois habitent Jaffa, en Israël. Ils vont apprendre le rock, la rumba, le merengue grâce à Pierre Dulaine, champion du monde de danse de salon.
Dancing in Jaffa retrace le projet un peu fou de Pierre Dulain: faire danser ensemble des enfants palestiniens et juifs israéliens. Originaire de Jaffa, il retourne sur sa terre natale pour organiser un concours interscolaire. Au-delà des réticences initiales et avec l’aide opportune des professeurs des écoles et d’Yvonne Marceau, sa partenaire de danse de couple, il lance l’aventure avec
S’ouvre à une centaine d’enfants d’écoles juives, arabes ou mixtes un univers de respect et de partage. Plus question de richesse, de religion, de garçon ou de fille. Pour danser ensemble l’important est de s’écouter, de parler le langage commun du corps. Avec patience, concentration, et persévérance, chacun se donne en quête de la qualification au concours.
La caméra suit au quotidien trois d’entre eux. Alaa et son sourire irrésistible vit dans une cabane près de l’eau. Fier de son père, réparant son bateau, il formera un duo avec la jolie Lois aux cheveux blonds. Noor quant à elle extériorise sa souffrance par de l’agressivité.
Marquée par la mort de son père, elle s’ouvre et s’épanouit au fil des jours. Le film véhicule les valeurs positives de la danse : encourager la confiance, l’affirmation de soi, forger l’identité, la générosité. On retient la beauté de certaines scènes, la grâce et l’humour qui s’en dégagent. Mais on déplore les allusions politiques, les scènes de manifestations qui court-circuitent un peu le propos. Mais comment évoquer une enfance en Israël sans parler politique ?
Né à Jaffa en 1944, d’une mère palestinienne et d’un père irlandais, Pierre Dulaine a quitté le pays avec sa famille en 1948 pour rejoindre l’Angleterre puis les Etats-Unis. Pas très à l’aise dans son corps, il s’est révélé grâce à la danse. Il apprend l’élégance du mouvement, la rigueur du placement et avant tout le respect de lui-même et de l’autre. Il décide alors de transmettre sa passion aux enfants de sa terre natale. La danse, une façon d’apprendre à vivre ensemble.
De Hilla Medalia
Pretty Pictures - 2 avril 2014 - 1h24
Mille excuses / Jonathan Dee

Récit de la reconstruction, Mille excuses de Jonathan Dee impressionne par son style et par son rythme. C'est un roman important, à la fois solide et gazeux.
Jonathan Dee s'était fait remarquer en 2011 avec la parution des "Privilèges". Dans ses oeuvres, on le compare volontiers à Jay Mc Inerney ou même à Francis Scott Fitzgerald. Il dépeint souvent la réussite de jeunes gens sans problèmes financiers mais que la vie stoppe à un moment ou à un autre et que le temps démolit peu à peu. La vie est un processus de destruction et le travail une lubie folle à laquelle on s'accroche.
Dans Mille excuses, Ben et Helen, la quarantaine, forment un couple sans histoire. Ils vivent dans une banlieue cossue de New-York, avec Sara adoptée à la naissance et d'origine chinoise. Leur vie comme bien d'autres est faite d'habitudes et de compromis. Ils vivent ensemble mais ne se parlent plus, ne se regardent plus.
C'est dans ce contexte que Ben, soucieux de se sentir encore vivant, va tomber amoureux d'une jeune stagiaire et faire salement dérailler son existence monotone. Procès, médiatisation, honte. Mise au ban de la société. Ben qui est avocat, se retrouve radié du barreau et paria. Helen décide alors de changer de vie, de se remettre à travailler et emmène sa fille à New-York
N'en disons pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Et le plaisir se trouve bien là dans ce rythme soutenu qui passe d'un personnage à l'autre et dans ce romanesque qui nimbe le récit ainsi que son questionnement central : comment fait-on pour rebondir, quand on a chuté ?
Fitzgerald affirmait qu'il n'y avait pas de seconde chance dans la vie d'un américain. Dee démontre que la cicatrisation et la reconstruction sont complexes, tumultueuses et qu'elles ne prennent pas la forme désirée. Il faut dire que l'univers dans lequel les personnages se meuvent, est aussi angoissant que le nôtre. Dee décrit la folie médiatique, les idoles de la société du spectacle qui ne peuvent pas s'abstraire du spectacle qu'ils nous donnent à voir. Ses portraits d'adolescents déglingués sont également frappants.

Entre ce qui se passe aux Etats-unis et ce qui se passe en Europe, dans les têtes et dans les coeurs, il n'y a plus que l'épaisseur d'un papier à cigarette. Nous nous ressemblons tellement que le constat est frigorifiant et la critique difficile. Pourquoi se moquer d'un univers déshumanisé quand le nôtre est en perte de repères ?
A lire donc, pour retrouver ou découvrir un auteur majeur.
De Jonathan Dee,
traduit de l'américain par Elisabeth Peellaert / 280 pages / Collection Feux croisés, Editions Plon
Apprenti Gigolo

Woody Allen sort-il un nouveau film sans que l'on nous ait prévenus ? C'est ce que l'on pense au début de la bande-annonce de Apprenti Gigolo jusqu'à voir que le film est signé John Turturro.
C'est-à-dire que le roi de la comédie intello juive new-yorkaise, a toujours été rare dans les réalisations des autres. Et puis, heureusement, finalement, que ce n'est pas lui derrière Apprenti Gigolo. Blue Jasmine était un si grand film, toute filmographie confondue, que le risque de voir un Allen décevant était élevé. D'autant plus que récemment, l'auteur avait fait preuve d'une grande inégalité. Bref, de toute façon, cette comédie new-yorkaise-là est de Turturro. Pseudo comédie new-yorkaise. Car si l'ombre de Allen plane, et si John Turturro est un acteur caméléon immense, le film est incroyablement raté.
C'est donc l'histoire de deux vieux amis fauchés. Fioravante (John Turturro), est fleuriste et Murray (Woody Allen), plus âgé, libraire. Pour régler leur problèmes financiers, le second propose de devenir le mac du premier, qui devient donc gigolo, pour le plus grand plaisir de femmes cinquantenaires esseulées.
Le film commence sur les chapeaux de roues puisque dès la première scène, l'intrigue est lancée. Ah bon ? Il y a une intrigue dans Apprenti Gigolo ? Problème de taille. Le scénario est mal écrit. Les contours des personnages, sans consistance, et leurs motivations sont si peu clairs que leurs
interactions n'ont absolument aucun sens. Les rôles secondaires y sont ridicules et caricaturaux. Rien n'est crédible, rien ne fait sens. L'ensemble est creux et superficiel. Tout tombe à l'eau. D'abord les dialogues. Certains échanges sont drôles, grâce à Woody Allen – toujours aussi énergique malgré ses presque 80 ans –, qui cela dit, fait juste du Woody Allen. Mais l'enchainement des scènes et le montage manquent tant de fluidité que les dialogues aussi cocasses soient-ils n'ont aucune profondeur.
Manque de solidité aussi dans la réalisation, très désordonnée. Les images ne semblent pas travaillées. Pour pallier au problème de rythme et ne sachant pas comment montrer un New-York jazzy autrement, l'acteur-réalisateur plombe son film de musique. De toute façon, toute tentative de sauver la narration serait vaine.
John Turturro essaye de porter un regard sur la religion, sur les communautés en Amérique du Nord, sur New York et sur le cinéma qui l'a fait, celui de Spike Lee par exemple. Mais les faiblesses du scénario et de la réalisation rendent le message inexistant. Apprenti Gigolo est fastidieux. Et on voudrait le dire dans un râle long et douloureux. Oui, c'est difficile de dire du mal d'un film dans lequel est autant impliqué John Turturro.
De John Turturro
Avec John Turturro, Woody Allen, Sharon Stone et Vanessa Paradis - Arp - 9 avril 2014 - 1h30
Magnum / Katerine / (Barclay – 2014)

Un cocktail dansant préparé par le clown de la chanson française. Ca ne manque pas de (bon et mauvais) gout!
Philippe Blanchard continue de se transformer à chaque album. L’impossibilité de tenir en place de cet artiste est vraiment étonnante. Et plutôt divertissante. Philippe Katerine n’est plus le dandy étrange et précieux de ses débuts. Il est devenu un drôle de rigolo, un amateur de vannes un peu faciles et un musicien aventurier.
Cette fois ci, il limite les blagues potaches comme dans son précédent disque, joyeux délire adolescent. Il revient à la musique avec l’aide de Sebastian, bidouilleur de l’écurie Ed Banger. Ce dernier retrouve un peu les plaisirs mélodiques des débuts de Katerine, avec une terrible envie de faire danser.
Musicalement, Magnum veut tourner sur les platines tout l’été. La fourmi Katerine a laissé place à une cigale chantante, qui s’amuse encore à imiter Patrick Juvet ou Philippe Nicaud. Il dit encore des gros mots comme un gros béta. Il joue toujours sur des paroles simples, qui se répètent et s’entêtent.
Mais l’ironie est mordante. A 45 ans, il semble se moquer de tout sauf de musique. Ce qui est pas mal du tout. Car il arrive à conserver une redoutable efficacité. Il retrouve de l’inspiration. Il a le sourire. Il fait l’idiot mais fonctionne de nouveau comme un musicien, et plus comme un comique un peu lourdaud, un peu touchant, un peu naïf !
Le ridicule ne tue pas mais on ne savait plus trop quoi penser de toutes ses pitreries qui ressemblaient parfois à de l’autodestruction. Ici il profite pleinement d’une disco doucement ringarde mais mélodique. Les rythmes sont accrocheurs et calment les ardeurs comiques du chanteur. Ca s’essouffle un peu sur la fin mais Magnum semble être une belle récolte.
The Woman

Journée de la femme oblige, un petit film d'horreur féministe et bien craspec... youpi!
Lucky McKee aime les femmes et les séries B. May son premier essai, était un joli film bizarre avec une fille très bizarre provoquant des catastrophes très bizarres aussi! Une série B dérangeante qui a donc précédé ce The Woman, un truc tout aussi bizarre et bien plus!
Un type normal va donc rencontrer une créature bizarre, une femme bizarre. Il la capture et décide avec l'aide de toute sa petite famille bien tranquille de la "civiliser"...
Mais les instincts primitifs sont partagés par tous selon le réalisateur qui va donc transformer la petite famille en psychopathes dangereux. Fauché, pas toujours bien joué mais conscient de ses limites, le film va assumer son concept à fond. Allant jusqu'à la plus sanglante des idées.
Tout devient déviant. Farouchement indépendant, Lucky McKee ironise sur la situation de départ pour déboucher sur un final glauque, gore et grotesque en même temps.
La femme sauvage réveille donc les pulsions de toute la famille. Et ca part très très loin dans la folie meurtrière. Parce que le film met les tripes à l'air (dans tous les sens du terme), il est difficile de rester indifférent. La morale est sérieusement chahutée par cette série B qui donne une vision plus que radicale de la lutte entre les sexes! Les femen apprécieront!
De Lucky McKee
Avec Pollyanna McIntosh, Brandon Gerald Fuller, Lauren Ashley Carter et Chris Krzykowski - Emilya - 2012



