Ta Lumière Particulière

Les vieux de la vieille pop, celle des années 90, remettent le couvert. Le même jour que le nouveau Blur, Autour de Lucie sortait aussi un disque. De chouettes retrouvailles encore!
C'est le cinquième album d'Autour de Lucie. Voilà un groupe rare! Il n'existe qu'avec la bonne volonté de Valérie Leulliot. Chanteuse discrète, elle est rayonnante et a bien profité de l'engouement de la pop dans les années 90 pour écrire de magnifiques mélodies délicates.
Il y a peut être cette année, un revival de ce son là: Noel Gallagher sort un disque réussi. Idem pour Blur. Dans quelques jours, c'est au tour des Innocents de revenir sur le devant de la scène. En 2004, Autour de Lucie s'arrêtait. Ils reviennent aujourd'hui avec un charme intact!
Le groupe n'a jamais eu le succès mérité. Il serait peut être temps que le succès critique se transforme. Désormais la notoriété a comblé les frustrations. Autour de Lucie fait du Autour de Lucie. De la pop à la française. Des textes qui glissent sur des notes soyeuses, dans une ambiance détendue, dans une atmosphère d'un rendez vous galant. La voix y est pour beaucoup. La musique est un peu délavée.
Elle révèle néanmoins des confidences et de bonnes intentions. Les musiciens ne sont pas déconnectés de la réalité qui les entoure. Valérie et ses potes profitent de quelques arrangements électro mais il y a toujours ce classicisme qui résiste à tout. Au temps. Aux épreuves. Aux envies. Autour de Lucie est toujours là. Avec ses particularités si modestes et séduisantes!
P-Box - 2015
A bouche que Veux tu?

La disco pop des Brigitte continue de nous transporter dans une douce mélancolie, une ambiance luxueuse pop ou un lendemain de fête un peu plus lumineux que la moyenne!
Le duo fait sensation depuis plusieurs années. Une reprise remarquée et remarquable (Ma Benz). Un premier disque bien vendu. Une tournée sans fin. L'épreuve du second album arrive enfin pour Aurélie Saada et Sylvie Hoarau. Le buzz s'estompe et désormais que va t il rester de cette success story plutôt justifiée?
Une bonne dose de disco nous explose à la figure. Les deux super nanas ont le chic pour soigner leur élégance rétro et décadente. La façade est ripolinée mais derrière tous les artifices et les accords, il y a bien un petit quelque chose qui fait la différence. Et ce n'est pas le sex appeal du duo. Pourtant véritable!
Elles soignent leur look. La pochette pourrait renvoyer directement aux héroïnes des bédés érotiques de Manara. Les basses et les harmonies vocales pourraient s'échapper d'une musique sexy d'un porno poilu des années 70. Elles font les belles mais il y a un second degré assez jubilatoire. Elles osent. C'est assez rare dans la musique française pour être signalé.
On ne sait pas trop s'il faut rire ou s'inquiéter mais les Brigitte visitent l'héritage des années 70 avec une envie gourmande. Leurs échanges vocaux sont suaves. Amanda Lear doit se retourner dans sa tombe (sic) car elles sont désormais au top de la hype avec les mêmes artifices un peu grossiers, un peu ridicules. Mais cela fonctionne car il y a le petit mot de plus, la phrase un peu désabusée, la réflexion qui fait sourire.
Ces chanteuses ont bien des défauts mais il ne faut pas oublier leur qualité: l'humour. Avec elles, comme le dit le titre, on a tout ce que l'on désire pour passer un bon moment.
Columbia - 2014
Quatre Murs

Quatre murs. Ca compose une maison. Ca suppose une famille en souffrance. Un drame sec sous le beau soleil de Grèce.
C'est un roman court et percutant. En quelques lignes, Kéthévane Davrichewy pose les bases de son drame familial. Les relations houleuses entre différents membres d'une famille, abîmés par l'existence, qui doit faire des choix après la mort du père. La maison de Somanges doit être vendue. Celle des Cyclades invite tous au pardon général!
Entre le passé et le futur, le présent est bien douloureux et particulièrement bavard. C'est un règlement de comptes corrosif entre frères et soeurs. Toujours surveillés par la mère. L'aîné est blasé. La seconde vit dans le remord. Les jumeaux restent fragiles et obsédés par l'autre. Le livre se compose de longs dialogues. C'est un peu facile d'autant que la romancière a le talent pour expliquer en peu de mots la situation familiale.
C'est assez poignant. La rapidité d'exécution de l'écriture permet d'être au coeur de cette famille qui tente de recoller les morceaux, après les accidents, les aveux ou les tromperies en tout genre. Quatre Murs veut dire quatre solitudes. Mais c'est aussi les bases pour une éventuelle reconstruction.
S'il manque une peu de lyrisme (on part tout de même dans les Cyclades), il y a des vérités qui nous touchent dans ce texte efficace, peut être un peu trop carré si vous voulez bien excuser ce mauvais jeu de mots!
Sabine Wespieser Editeur - 180 pages
Pyramide

Complice d'Alexandre Aja, réalisateur français adepte du film d'horreur hollywoodien, Grégory Levasseur réalise son premier film... son premier nanar aussi!
Producteur pour son copain depuis les débuts en France, Grégory Levasseur veut donc lui aussi s'essayer à la série B d'horreur avec jolies pépées et monstres violents. Bonne idée. Autre intuition amusante: mettre des scientifiques et des journalistes dans une pyramide mystérieuse déterrée dans une Egypte plongée dans le chaos...
Les Egyptions sont toujours une bonne source d'excuse pour justifier des oeuvres fantastiques, de La momie à Stargate. Sans eux, on pourrait mal justifier des idées saugrenues, fumeuses et rigolotes.
Bon,visiblement, il a fallu jouer avec un budget très limité. Emmener cinq comédiens au Maroc pour le tournage a visiblement coûté bonbon puisque rapidement il n'y a plus grand monde à l'écran. Deux archéologues et deux journalistes. Plus un geek sympa et un militaire costaud. On a bien vu quelques indigènes au début du métrage mais rapidement c'est un peu le désert de Gobi qui s'installe dans Pyramide.
Tout est un peu kitsch, tout comme la situation initiale complètement tirée par les cheveux avec des comédiens peu investis. Le défi du réalisateur est donc de faire tourner ses acteurs dans des décors obscurs, réutilisés à l'infini pour nous faire croire qu'à chaque croisement, nous nous retrouvons dans un labyrinthe mortel.
Et quand tout devient obscur (ou chiant), il y a toujours un petit hiéroglyphe pour nous prévenir d'un grand danger qui va de toute façon réduire en bouillie toute la petite équipe. Dans des couloirs étriqués, Levasseur tente de faire un film en found footage (caméra à la première personne) mais il ne tient pas la distance et son film devient aussi labyrinthique en terme de lisibilité. C'est filmé franchement n'importe comment, cherchant bêtement à nous faire sursauter une ou deux fois. Difficile d'être indulgent avec ce petit produit de consommation qui gâche une bonne idée.
De Pyramide, le jeu de Patrice Laffont laissera un meilleur souvenir!
Avec Ashley Hinshaw, Denis O'Hare, James Buckley et Christa Nicolas - 20th Century Fox - 6 Mai 2015 - 1h29
La Maison au Toit Rouge

Film d'un vénérable cinéaste de 83 ans, ce mélo assume sa désuétude pour y fonder tout son charme. Pur produit japonais et exotique!
Dans la tête du Yoji Yamada, doit se trouver un souvenir fort du cinéma de Ozu, roi du drame intimiste et du quotidien nippon, entre boulot et salle à manger. La Maison au Toit Rouge nous enferme effectivement dans la vie d'une famille japonaise aisée quelques mois avant la guerre.
Le Japon est belliqueux mais la bourgeoisie vit tranquillement dans des petits pavillons élégants. Taki quitte sa campagne pour servir la famille Masaki. Le papa dirige sérieusement une usine de jouet. La maman s'occupe de la maison et des traditions. Le petit garçon joue dans le jardin. Taki s'attache rapidement à ce trio sans histoire.
Mais la vie idéale est vite perturbée par l'arrivée de Ikatura, un jeune collègue du père. Irrésistiblement, il trompe l'ennui de la mère qui semble de plus en plus attirer par l'ingénieur. Pendant que la Japon entre dans des conflits de plus en plus dangereux, Taki doit surveiller sa maîtresse, qui finirait par s'opposer à une société de plus en plus conservatrice.
C'est la partie la plus exotique: le quotidien japonais durant la guerre, qui a commencé par une opposition meurtrière avec la Chine. Sans emphase, le cinéaste préfère s'enfermait dans la maison au toit rouge. Les horreurs ne rentrent jamais dans la demeure. La famille devient un piège fait de confort et de coutumes.
Les lourdeurs du Monde s'effacent derrière la porte (sauf l'humour grassouillet du père). Ici tout est délicat. Les gestes sont choisis et ordonnés. Yamada prend bien son temps. Ca pourrait être un défaut. Ca nous transporte dans une autre époque. Où le rythme lent avait du sens au cinéma. Et ne faisait pas peur! Le cinéaste rend ainsi la situation de plus en plus vénéneuse sans faire grand chose. Cette antique façon de faire deviendrait presque culottée. Sur un autre support, on zapperait aisément. Dans une salle de cinéma, on se fait délicieusement avoir!
La description des habitudes et des moeurs relève de l'étude détaillée mais l'émotion se glisse à travers les personnages féminins, discrets mais si forts, menant un combat énorme et silencieux entre le coeur tendre et la règle établie. Le film joue avec la nostalgie en se présentant comme une succession de flash-backs mais finalement cela s'apparente à de la mélancolie. Le refus de modernité fait justement la richesse émotionnelle du film.
Ce n'est jamais réactionnaire. Peut être un peu trop naïf dans son ambition et son traitement, le cinéaste fait confiance à des vertus rares au cinéma: la délicatesse et la minutie. A tout point de vue, c'est un film hors du temps et totalement exotique!
Avec Takako Matsu, Haru Kuroki, Takataro Kataoka et Hidetaka Yoshioka - Pyramide - 1 avril 2014 - 2h15 -
Culture of Volume

De l'electronica, un peu froide, un peu chiante mais un peu sympa tout de même!
William Doyle a une belle tronche d'Anglais. Il aurait physiquement la classe d'un Neil Hannon ou autre chanteur de pop tiré à quatre épingles. Il est un peu austère et il ne faut donc pas s'étonner que son second opus vienne de sa maison. Il s'est enfermé avec ses machines pour composer un petit concentré de musique synthétique.
Il a une voix haute et claire. Qui manque d'identité. Il se cache derrière le nom exotique de East India Youth mais sa musique est un mélange très classique d'électro, d'ambient et de choses encore plus expérimentales. Ca manque de piment et d'humanité.
Néanmoins c'est du travail bien fait. Culture of Volume est un essai musical qui ose les particularités et renoue avec des vieilles aventures que Brian Eno a plus ou moins abandonné. Tout semble cohérent et tout semble bien réfléchi, pesé et assumé.
Pourtant on s'ennuie. Les petits défauts du genre refont surface à commencer par un aspect répétitif et une furia sonore qui parfois fait sourire. Ca se veut de la metamusique mais on se demande si ce n'est pas un peu prétentieux tout ça. C'est dommage car certains passages sont intéressants, plus ambigus et musicaux. Mais bon ca ne doit pas être mon style, la culture du volume. Le quantité... la qualité... vaste débat!
XL Recordings - 2015
Ma Grand Mère ou l’Enfance dans un Corps Sage

Première réaction : est-ce vraiment un livre pour les enfants ? Des photos avec une marionnette assez laide qui représente la grand-mère. Rejet !
Et pourtant, et pourtant… en y regardant de plus près, un texte très joli, très tendre sur la complicité d'une grand-mère et de sa petite-fille (déjà adulte), sur la crainte du départ qui viendra tout de même ... sur le souvenir.
Et en même temps la petite-fille (au sens de la fille de la fille !) est restée petite fille et conserve des réactions d'enfant en mettant très joliment des cailloux dans le cabas de sa grand mère pour que celle-ci ne s'envole pas.
Un album différent avec ces photos de complicité (réalisées par Serge Gutwirth) ou la grand mère et sa petite fille semblent tellement en symbiose, avec un texte bien écrit dans lequel beaucoup pourront s'y retrouver.
À partir de 7 ans et sans aucun doute jusqu’à 77 ans !
De Séverine Thevenet -
Éditions du Jasmin - La cabane sur le chien
Connasse Princesse des Coeurs

Warning ! Cette review sera en version originale francaise.
Prenez garde ! Elle arrive telle une tornade, un torrent... que dis-je ? Une fucking shinny princesse, débarquant full gaz sur l’Angleterre. Une chose est sûre : nos voisins n’ont pas l’habitude du french parlé de notre Camille Cottin nationale, but they’ll get to use it someday.
OR NOT ! Nos amis british au shitty gout n’ont qu’à bien se cramponner à leur food dégueulasse et le bordel de weather. La connasse débarque en long métrage, completly maitrisé sur l’improvisation des sketchs. Des jokes s’enchaînent à la minute. Le rythme ne tombe jamais. Le tout est entièrement filmé en caméra caché qu’on a le plaisir de découvrir while le générique où elle ose tout et plus qu’elle n’est autorisée la french biatch !
Le style et l’élégance de Camile Cottin traversent la Manche : elle est so fucking drôle, impulsive et belle. On sent que le plaisir est communicatif : pour nous faire plaisir, elle se fait plaisir pour que son scénario tienne du début til the end.
Le pire in all that is que ca marche so fucking good. On resort de là avec la banana alors allez voir ce film bordel de shit. Avis aux amateurs !
Gaumont - 29 avril 2015 - 1h20
Sound of Shambala

Ils sont dans un registre ultra balisé mais Chateau Marmont pour son second disque réussit à surprendre. Plus qu'une réussite, ce disque est presque une aventure!
Chateau Marmont est le nom du célèbre hotel à Los Angeles. On pourrait imaginer aussi le nom d'un domaine de champagne.Le groupe qui a repris ce nom pourrait devenir légendaire. Leur art de la musique est précieux. Depuis une dizaine d'années, les petits malins qui ont pris la célèbre appellation de Chateau Marmont méritent un vrai titre de noblesse pour leur musique, petit traité sur le bon goût et l'élégance en toute circonstance. Plusieurs mix ont fait leur réputation. Le premier album, The Maze, a pris tout le monde à rebrousse poil et marqué les esprits avec un disque electro impressionnant.
Les petits Frenchys sont légion dans le genre mais Chateau Marmont s'offre la voie royale avec des vrais partis pris et ne sacrifie jamais leurs chansons pour quelques minutes de haute efficacité avec du beat sous influence. Pourtant leur formule ne diffère pas tellement des autres.
Le désormais duo a un regard acéré sur le passé et ne jure que par le synthétiseur analogique et des effets de voix trafiqués "à la mode de chez nous". Ils prient Herbie Hancock et avouent sûrement connaître par coeur les premiers disques de Jean Michel Jarre. Ils sont la hype.
Malgré tout, ils font d'abord transpirer une vraie sincérité et une humilité incroyable: ils bossent surtout les arrangements et les ambiances. Sound of Shambala fait de la musique d'aujourd'hui comme si c'était de la musique d'hier. Titres electro pour grandes enseignes, les nouvelles chansons sont néanmoins écrites avec un soin particulier, y compris sur les voix. Ils ont ouvert les portes de leur studio pour inviter du monde. Cela renouvelle leur démarche même si musicalement, ils restent identifiables.
Plus débridé que l'album précédent, on se laisse charmer par les envies de fiesta du groupe. Naturellement, on se fait avoir. C'est très french touch mais on a tout de même l'impression de découvrir quelque chose de nouveau. Ce n'était pas si facile à réaliser. Une touche de soul permet de faire chauffer l'atmosphère pour que l'on s'y sente bien. Les idées venues de l'exotique Shamabala permettent un vrai exotisme d'apparaître au fil des écoutes. Ce disque a de nombreux mystères et surprises à proposer. La musique serait elle la dernière grande aventure?
Arista - 2015




