Derrière la Haine

Dans ce roman, Barbara Abel nous plonge dans l'univers sombre de l'amitié-passion qui vire à la haine. Un thriller défini comme noir mais qui vire plutôt au gris clair. L'Eté du polar!
Une maison mitoyenne. D'un côté, David et Laetitia Brunelle, jeune couple, sans autre famille que celle qu'ils ont formé. Laetitia vient de perdre ses parents dans un accident et David est orphelin et a un lourd passé judiciaire derrière lui. Pour seul ami, Ernest son ancien agent de probation. De l'autre, Sylvain et Tiphaine Geniot. Eux, sont entourés mais les réunions de famille sont sources de discordes entre eux, chacun ne supportant pas la famille de l'autre.
Les deux couples, que seuls une haie sépare, se lient très vite d'une amitié qui devient rapidement fusionelle voire obsessionnelle. Ils passent leur temps ensemble et Laetitia et Tiphaine tombent même enceinte au même moment. Naissent alors Maxime et Milo, qui au fil du temps vont devenir aussi proches que s'ils étaient frères.
Survient alors un drame qui va sceller le sort de ces deux couples. La perte de leur enfant Maxime, va entrainer les Geniot en enfer. Laetitia, elle,sombre dans la paranoïa. Le cauchemar peut commencer...
L'amour, la haine, l'amitié, que de thèmes cent fois évoqués avec plus ou moins de succès ! La quatrième de couverte nous invite à lire ce "roman noir". Oui, sans doute, car il n'y a pas ici de happy end à l'américaine. En revanche, thriller, non. Il y a du suspens, oui, mais au cours du dernier tiers du roman. Le reste raconte une histoire d'hommes et de femmes.
On pourrait plus facilement imaginer ce roman sur grand écran, avec une atmosphère sombre à souhait et des actrices comme la Glenn Close de Liaison fatale ou la Jessica de Mornay de La main sur le berceau. Mais à la lecture, pas de déclic, pas de sueurs froides en tournant les pages, une intrigue qui surprend peu. Bien sur, il reste ce fameux final de 20 ou 25 pages…
On pourrait renommer ce roman Derrière la haie, mais forcément, c'est moins vendeur.
Pocket 342 pages
Star Trek Generations

Papy fait de la résistance. La Nouvelle Génération de Star Trek a ringardisé l'ancien équipage mais le légendaire Capitaine Kirk est increvable. Il a bien fallu un dernier petit nanar pour l'enterrer définitivement!
Après un épisode six convaincant, on revient sur la planète du naveton rigolo. Spock et McCoy ont quitté l'orbite désormais. Ils ne veulent plus participer à Star Trek. Des années de service ont raison de leur bonne volonté. Kirk, lui, reste vaillant et prêt à en découdre avec la moindre aventure.
En 2293, il se lance dans une mission de secours qui tourne mal. Il est présumé mort. En 2371, le commandant Jean Luc Picard dirige l'Enterprise qui répond à un appel de détresse. Il se retrouve face à Soran, un des survivants de la mission qui a coûté la vie à Kirk. Bizarre vous avez dit bizarre?
Avec ironie, il va être question de temps qui passe dans ce premier film sur grand écran du second équipage de l'USS Enterprise NCC 1701 D. Pour les producteurs, c'est le moyen de rajeunir les aventuriers. Se débarasser des vieux de plus en plus exigeants. De tenter de sauver la franchise. De préparer d'autres séries télé tout en s'imposant sur grand écran. Bref, d'un point de vue industriel, nous sommes à l'apogée de Star Trek.
D'un point de vue artistique, c'est autre chose. Les producteurs de Star Trek NextGe n'ont pas le même poids face à la Paramount. Rick Berman, Ronald D.Moore et Brannon Braga ont un contrat pour deux films et un budget limité.
Cela se ressent. Le casting sucre les fraises entre un William Shatner qui rentre le ventre face à un méchant gériatrique, le sympathique Malcom McDowell qui roule des yeux depuis des décennies, depuis son rôle dans Orange Mécanique. Ce dernier est aidé par des vilains klingons qui ressemblent aux Kool & the Gang, menés par des jumelles peu avenantes et crédibles!
Patrick Stewart et les autres comédiens de la nouvelle génération sont bons mais les vieux cabotins ont la vie dure. Toute la mythologie de NextGe est parasitée par ce gros lourdaud de Kirk et ses blagues à quatre sous. Il essaie de faire jeune et sautille de caillou en caillou dans un final sans fin, puisque tombé dans une faille spatio temporelle et une panne d'inspiration pour le scénario
Réalisateur sur les séries en cours, le Britannique David Carson n'arrive pas à mettre de l'emphase aux intrigues et sous récits nombreux, confus, souvent maladroits. C'est plat. Désespèrement plat. Un comble pour un film qui se passe dans l'immense cosmos!
Maintenant que le relais a eu lieu, le nouvel équipage et son shakespearien capitaine vont voler de leurs propres ailes! Pour le meilleur avant le pire!
Meo suo i eyrum vio spilum endalaust

Les petits anges islandais profitent de l’été. A l’occasion, ils abandonnent leur ambiance cotonneuse pour une musique plus terrienne. Ce disque peut être la bande son parfaite de l’été.
Meo suo i eyrum vio spilum endalaust de Sigur ros, c’est d’abord la pochette ! Une traversée d’autoroute en toute liberté et sans vêtement. Le quatuor nudiste nous invite à la grande évasion et, quand on les connaît, on est prêt à les suivre partout.
Ce nouvel album au titre imprononçable commence sur un ton enjoué, tout en rythme et balance de la fraicheur là où il y avait un délicieux confinement. Sigur ros s’éloigne de son style élégiaque et déplace son rock progressif vers quelque chose de plus apaisé et plus rieur.
La suite sera tout de même plus classique. Tout paraissait brouillardeux (mais envoûtant) auparavant ; aujourd’hui tout s’apparente à une ode piquante à la légèreté. On retrouve ce doux langage barbare parfois inventé (la fameuse langue volenska), les orchestrations minimalistes puis les emprunts grandiloquents du classique.
Pourtant c’est un disque qui s’oppose à l’hivernal Takk et à une grande partie de la discographie du groupe. Comme la pochette, l’ensemble est chaleureux et se révèle libre. Le quatuor se défait un peu de son style identifiable et le transcende sans le révolutionner.
Cependant il y a bien une atmosphère différente. Comme d’habitude, c’est planant et propice à la rêverie. Mais elle paraît ici plus concrète. Les morceaux semblent plus carrés. Peu de grandes plages de musiques épiques. A peine deux chansons atteignent péniblement les neuf minutes !
Sigur ros propose toujours une musique sensationnelle, qui transporte et se défait des clichés autour du post rock ou rock progressif. Même s’ils semblent revenir sur terre, les musiciens de ce groupe restent en contact avec une musique d’un autre Monde. A visiter d’urgence !
EMI 2008
Mondo Cane

Pour les vacances, on visite le Monde en musique avec quelques disques à mettre dans ses bagages. En route pour l'Italie. L'Américain Mike Patton s'exile en Italie. Il revient avec un album complètement barré et qui continue de le rendre un peu plus indispensable.
Chanteur fougueux de Faith no more, Mike Patton n'a jamais eu peur de s'essayer à un peu d'originalité. C'est l'artiste le plus touche à tout de la planète (hard) rock. Il ne peut pas faire deux fois la même chose. On a du mal à suivre de nombre de nouveaux groupes avec Mike Patton.
Il aime surprendre. Il aime hurler dans un micro. Comme il adore jouer le chanteur suave et mielleux. S'il peut le faire dans le même morceau, c'est l'extase. C'est un ami de tous les chevelus du Monde (il a reformé Faith no more pour montrer que la forme se maintenait) et il peut roucouler avec Norah Jones ou Damon Albarn.
Il sait tout faire et il le fait bien. Le suivre est une grande aventure, qui se poursuit désormais en Italie. Marié il y a quelques années à une italienne, le chanteur a redécouvert de nombreux tubes italiens des années 60. Celui qui a chanté le magnifique Evidence, ne pouvait qu'apprécier le style crooner de ces hits locaux.
A quelques occasions dans "Mondo Cane" il retrouve ses (h)ardeurs d'antan. Mike Patton a la voix musclée et ne peut pas bien longtemps la stopper à un style unique. Rapidement on retrouve les ambiances baroques de ses précédents essais.
Comme avec Mr Bungle, Patton mélange tout dans un désordre apparent et réussit à créer une matière sonore unique. Certes elle peut déconcerter quelques oreilles mais surtout elle révèle une audace essentielle.
"Mondo Cane" joue beaucoup la carte du charme. Un orchestre de 60 musiciens accompagne le chanteur. Il prend beaucoup de plaisir à chanter en italien. Il rend un hommage très particulier à la dolce vita L'easy listening à la mode Patton ne ressemble à rien de connu.
C'est un gigantesque patchwork avec des passages hurlants, des sons échappés d'une BO d'Ennio Morricone et d'autres bidouillés comme de l'electro. Au milieu, la voix fait le lien avec une incroyable aisance.
Il s'essaie même à l'intimiste avec Scalinatella, joli chant tout en écho accompagné d'une guitare ronde et caressante. Autrement c'est le carnaval de Venise enregistré du coté de la Toscane. Patton porte des masques différents à chaque titre. Il prend beaucoup de plaisir et l'orchestre tente de suivre la douce folie transalpine.
Cela donne un résultat bien plus que singulier, nettement plus abordable que d'habitude et surtout l'intelligence de Mike Patton profite du charme européen et devient un peu plus irrésistible.
Ipepac - 2010
Star Trek Terre Inconnue

Frédéric Lopez emmène sur la Lune Cyril Hanouna qui trouve que ce n'est pas sympa de dire "con comme la Lune". C'est un manque de respect. Oups, non, rien à voir: après l'échec artistique du cinquième épisode, l'équipage original signe pour une dernière mission pour redorer le blason. Mission impossible?
Au tout début des années 90, la nouvelle série cartonne et le film l'Ultime Frontière dépasse toutes les exigences du navet glorieux et quasi inoubliable. Le producteur principal, Harve Bennett envisage de poursuivre la saga en racontant les années d'études à Starfleet des célèbres membres de l'équipage!
Le patron de la Paramount apprécie moyennement l'idée et vire Bennett et supplie Leonard Nimoy de reprendre les commandes de la série. Il décline mais soumet le retour de Nicholas Meyer, réalisateur du meilleur épisode, La Colère de Khan.
L'idée est excellente. Nicholas Meyer (endormie sur la photo) comprend l'esprit de Star Trek et le rôle de la science fiction: extrapoler le Monde et ses espoirs. Cette sixième aventure sur grand écran est un ludique exercice de fiction singeant la réalité historique!
Terre Inconnue est donc un miroir déformant et formaté de la Guerre Froide et de l'assassinat de JFK dans une scène géniale qui profite des premiers effets spéciaux numériques. Il faut dire que Kirk et ses amis sont au coeur d'un complot machiavélique mené par un redoutable général Klingon!
Les Klingons n'ont plus d'autres choix que de signer la paix avec la Fédération Starfleet. La paix va enfin triompher après des années de combats. Lors de la signature, le responsable Klingon est assassiné et tout accuse Kirk, aussitôt envoyé en prison sur une planète glaciaire...
Christopher Plummer joue le renégat Klingon et fait franchement plaisir. Le scénario est sans temps mort et se permet de belles allégories sur l'époque et le temps qui passe. Les membres de l'USS Enterprise assument leur âge.
Nicholas Meyer sert idéalement un récit qui mutltiplie les clins d'oeil, les références et trouve un rythme qui pourrait rappeler Tintin ou Spirou. C'est de la bédé intelligente et légère. Comme en 1982 avec La Colère de Khan, Meyer réalise un grand film d'aventures, noble, accessible et réjouissant.
Pour une dernière fois, Kirk, Spock, McCoy, Scotty, Sulu, Chekov et Uhuru sauvent l'univers. On leur dit merci pour tout et on passe à autre chose... d'assez proche quand même!
La Récup

Jean-Bernard Pouy nous raconte l’histoire d’un truand comique et attachant qui se prend pour Lee Marvin. On s’amuse à chaque page et on en redemande.
Antoine Laigneau dit Loulou est serrurier, spécialisé dans les clefs et mécanismes anciens. Il est plutôt bon dans son domaine. La preuve, il reçoit des commandes des Musées nationaux.
Antoine est aussi un ancien truand rangé des voitures qui pour s’offrir l’outil de serrurerie de ses rêves accepte de participer à un coup.
Le coup en question est commandé par la mafia russe et consiste à ouvrir la serrure d’un coffre ancien situé dans un manoir de la région parisienne.
Antoine l’accomplit avec maestria. Le problème c’est qu’on refuse de lui payer la somme promise. Lorsqu’il proteste, on le tabasse et on le laisse pour mort sur un quai de gare, un mélange de drogue dans les veines.
Sauvé par miracle « comme Chevènement », Antoine décide alors de prendre sa revanche sur les truands qui l’ont humilié. Il n’a plus qu’un objectif : récupérer les 10 000 euros qu‘on lui doit. Juste 10 000 euros, le montant exact de sa «prestation ». Une idée qui lui vient durant sa convalescence en visionnant Lee Marvin dans « Le point de non retour » de John Boorman.
Ce qu’il ne sait pas c’est qu’en retrouvant l’endroit du cambriolage et la trace de ses agresseurs, il va mettre le nez dans un scandale politico-financier d’importance avec en toile de fond la spoliation des biens juifs pendant l’occupation.
On suit avec jubilation les péripéties de ce personnage obstiné, ex-truand et…artisan serrurier. Ça change des flics ou des journalistes !
Antoine est attachant parce qu’il n’a rien d’un héros et qu’il est (presque) seul à attaquer ses agresseurs. Et surtout, il est drôle.
Jean-Bernard Pouy lui prête sa verve audiardesque et lui fait rencontrer des personnages assez hilarants. Tels celui de Paulo, pilier de bistrot passionné de quizz télévisés, ou de Bernard Hinot, correspondant du Clairon de l’étampois, incollable sur l’histoire de son département et fasciné par les vaches. On s’intéresse aussi aux relations qu’Antoine noue avec Sophie, une avocate qui le protège (et s’en éprend peut-être un peu) parce qu’elle rêve de faire condamner une multinationale.
En bref, voilà une histoire bien ficelée qu’on lit le sourire aux lèvres et qu’on quitte avec regret. Le kif de lecture donc!
Fayard noir - 25 pages






