Tous les matins suis Narta…bah moi moyen en fait…

Voilà, je vais enfin casser le mythe, briser 28 ans de silence et de non-dits, depuis 1988, tout le monde n’ose rien dire, par peur des représailles des lobby des poils sous le bras, des confréries secrètes des adorateurs du qui sent bon sous les aisselles et ce 24/24, voire plus, où que tu coures, tu nages, tu bosses, tu baises, tu marches, bah rien ne bouge, grâce à ton super déodorant mis à la 1ère heure à la lueur d’une salle de bain mal éclairée le jour levant, bah tu transpires pas et sens bon…bah mon cul oui !
En effet, en 1988, une jeune femme, ici en vidéo, suppôt de publicitaires cocaïnés, a embarqué la France entière dans un trip hygiénique qui perdure encore aujourd’hui et que personne ne veut contredire, je dis stop.
A en croire les effluves qui remontent dès les premières heures de RER ou à certains bureaux de collègues dès le bonjour du matin où l’atmosphère s’apparente sans mal à un zone industrielle remplie d’usines de fabrication de produits agricoles, non, tout le monde n’est pas Narta Narta, oh que non non non.
Déjà, comme tout le monde, ton réveil sonne à 6h47, oui, t’as mis ton alarme à 6h47 car 6h45 ou 6h50 tu sais pas pourquoi mais t’as l’impression que ça va te porter malheur, alors t’as mis 47, et pis, si tu passes une journée de daube, et bien le lendemain tu le mettras à 6h48 ou 49, mais jamais o grand jamais à 6h50, pas de chiffres ronds, parce que t’as peur…
Ensuite les minutes passent 15 fois plus vite entre 6h47 et 6h59, l’heure où tu le lèves vraiment, qu’à n’importe quel moment de la journée, là non plus, tu maitrises pas, y’a une puissance maléfique hostile à ta vie qui accélère ton radioréveil, comme ça, juste pour te pourrir la vie.
6h59, tu te lèves, t’as une tête mais t’as une tête bon d’la, juste l’impression que tu t’es fait dépucelé la nuit d’avant par un ours pornographe et que tu portes encore les stigmates de ta nuit d’amour avec ledit ours sur ta tronche.
7h05, tu prends ton café, t’es toujours pas hyper Narta, ça caille, tu passes la journée à venir dans ta tête, le truc te revient comme un boomerang, et la réunion avec truc, pffff, olalalalala, la galère, oh puis y’a le rdv avec machin, pffff, olalalalala, mais meeerrrrrddeeeeee.
7h13, là tu pourrais commencer à être un peu Narta, sous ta douche, avec la radio qui grésille, la buée plein la glace qui t’évite de voir ta tronche de nuit d’amour avec l’ours, tu planes à 4000, tu pars dans tes pensées, tu sors de la douche, t’as oublié de te laver à force de rêvasser, tu retournes dans la douche, tu te savonnes, tu ressors, là tu mets ton Narta, là tu l’es un peu, 7h28, t’es à la bourre, et carrément pas Narta du tout tellement t’es à la bourre.
7h43, deuxième café, 1ère clope, t’as la bouche déjà juste le contraire de Narta…
8h02, t’emmènes tes mômes à l’école, t’es speed, tu trouves pas de place pour te garer, tu te mets à 900m de l’école, t’es encore plus à la bourre, la sensation de fraicheur Narta sous ton manteau te monte au pif en ayant l’impression d’avoir foutu un demi paquet Menthos prémâchés sous ta chemise…tu sens déjà que tu vas pas être Narta à mort pour le reste de la journée…
8h17, transport, parking, bas du bureau, montée des marches, allumer un ordi, 120 mails, ras le bol, tu colles du cheveu, t’as mis ton Narta y’a 1h, et bah c’est foutu, t’es déjà plus Narta du tout.
13h36, sortie du resto chinois où un de tes collègues a eu la bonne idée de t’emmener, tu ressors en sentant le nem frit façon t’as baigné dans l’huile en costard, mais dehors tu t’en aperçois pas, c’est une fois arrivé à ton bureau où un collègue beugle « oh la vache ça sent le graillou !!! » que tu te rends compte que tu peux rebaptiser ta veste « made by Frère Tang »…
18h03, chemin inverse du matin, bureau puis bas du bureau puis parking puis transport, puis marche, puis y’a toujours pas de place, puis 900m puis run, puis mômes puis voiture, puis mais alors là t’es carrément plus Narta mais plus du tout…tu suintes de partout.
18h56, t’arrives chez toi, tu enfiles un mieux jean’s tout plein de trou car tu l’aimes bien et que quand tu l’enfiles t’as l’impression d’être chez toi, un sweet à capuche, tu t’en fous t’es chez toi, oui ce sweet tu l’as depuis 15 ans, et non de non, il est carrément pas Narta.
23h19, tu te mets au lit, tu repasses ta journée, t’as carrément oublié que t’avais mis du déo aux alentours de 7h28…et le léger soulèvement de bras avec ton pif qui vient snifer ce « mais alors là si t’es Narta moi j’suis le pape en Porsche cabriolet » te fait bien comprendre que t’es pas Narta du tout.
Voilà, il fallait le dire, sur ce, bah j’vous embrasse sous les aisselles.
Complicated Game

la voix se traîne autant que les accords plaqués sur la guitare. C'est de l'Americana. De la pure. De la bonne.
James McMurtry est né en 1962 au Texas. A Forth Worth. Il a les cheveux longs. De grosses lunettes. Un chapeau vissé sur la tête. Il est aussi glamour qu'un rondin de bois. Il a tout l'esprit de l'Amérique profonde dans la voix. C'est rugueux et presque rustique.
C'est aussi une voix très attachante. Le monsieur a l'art de raconter tout en chantant. Ses chansons folk sont de petits nouvelles sur la triste vie des Américains, à l'ombre de la mythologie du pays. Son père était romancier: cela s'entend car il chante beaucoup sur des airs calmes et des mélodies tout en acoustique.
Le Yankee est bavard et sa musique finit par nous charmer. Cela dépasse le cliché de la musique pleine de traditions, entre mandoline et accent sudiste. Tout est là mais on sent qu'il y a un peu plus. C'est étrangement dense. Les paroles claquent plus que la musique plutôt simple base rythmique pour des histoires aigres douces. Il y a du Dylan chez ce folk singer binoclard!
Ce n'est pas très original mais la vision de James McMurtry est presque étonnante tellement elle sillonne sur les vieux mythes artistiques. Lui pourtant a tout du grincheux acerbe et doué. McMurtry a tapé fort durant l'élection de Bush et ses faucons. Il n'y a rien qui va avec lui mais la musique adoucit les moeurs et visiblement les humeurs du chanteur.
Cette fois ci il s'attache à décrire la vie du "common man". Ce sont des vignettes et des tranches de vie assez bien vus où l'amertume se confond avec la passion des mots. C'est verbeux mais c'est aussi de la musique. On aime bien dire que les gens du sud des Etats Unis sont des ploucs... James McMurtry aime bien casser ce préjugé un peu trop réducteur.
Mis - 2015
En effeuillant Baudelaire

"Lorsque j'ai écrit En effeuillant Baudelaire, au début des années 1990, Londres se remettait à peine des années Thatcher, l'ombre de la Dame de Fer planait encore sur la ville.”
“S'il faut trouver un terme pour caractériser l'esprit qui dominait alors, "paranoïa" me paraît le mieux approprié. Les hommes d'argent, en particulier, vivaient dans la peur, encore étourdis par le crash des années 1980. Si on y ajoute l'effet de certaines drogues, on peut imaginer leur état de nervosité. Le prix de la cocaïne atteignait des sommet et l'argent… eh bien, l'argent était le moteur principal, comme dans la plupart des rencontres.
La criminalité en col blanc était le sujet des débats passionnés de certains dîners en ville. J'ai voulu explorer les réactions des gens avec un métier "sans risques", qui se seraient laissés séduire par les trois sirènes habituelles que sont : l'argent, le sexe et le pouvoir.
Prendre un comptable, par exemple, l'attirer dans les venelles du crime et observer sa réaction. Je voulais mesurer comment auraient résisté, à cette mise en cause de leur sécurité et de leur stabilité, les plus "passe muraille" de nos concitoyens. En ajoutant Baudelaire aux mailles du filet, on faisait pencher le plateau de la balance… il n'existe guère d'animaux plus dangereux qu'un anglais déstabilisé."
Voici ce que dit Ken Bruen en introduction de son roman, pourquoi chercher à le paraphraser avec un résumé inutile? Tout est dit et il ne vous reste plus qu'à assister à la métamorphose de Mike qui est stupéfiante.
Force du récit et puissance de l'analyse humaine sont les deux bases de ce récit survitaminé (Mike survitaminé est impayable), mais comment Ken Bruen fait-il de telles prouesses ?
Points - 216 pages
From Kinshasa

Le disque parfait pour se réchauffer. L'exotisme musical de ce groupe est un bel espoir!
Ce sont de vieilles connaissances. Derrière le nom exotique de Mbongawana Star se cachent les deux chanteurs handicapés de Staff Benda Bilili, sensation afrobeat qui date de quelques années. Ils sont désormais acoquinés à cinq jeunes musiciens et explorent de nouvelles contrées, exaltantes et remuantes.
Cette fois ci les deux chanteurs sont restés à Kinshasa. Ils ont pris la température de la capitale du Congo: elle est bouillante. Leur disque est un morceau de musique bigarré et fantasque. Une oeuvre qui ressemble à un feu d'artifice sonore absolument incroyable.
Il y a bien entendu les traditions avec un afrobeat maîtrisé qui se mêle une rumba congolaise débridée. Allié au producteur de Tony Allen, le groupe cuisine une tambouille qui fourmille d'influences. La modernité ne fait pas peur au groupe: il y a de l'electro ou de l'ambiant. Il y a des boucles électriques et synthétiques. Le rock sur le continent noir est un formidable chaudron musicale. Les nuances sont subtiles et donnent une force étonnante aux chansons de Mbongwana Star.
On a déjà vu pas mal de stars regardés vers l'Afrique (comme Damon Albarn) car son histoire est riche avec en tête de gondole, Fela Kuti. Les membres de Mbongwana Star n'ont pas peur de leurs illustres ancêtres. C'est bien barré et parfois psyché. En tout cas c'est particulièrement dépaysant et d'une habileté rayonnante.
La créativité de cet album donne de l'espoir. La modernité et les vieilles règles cohabitent en harmonie. Le disque est lumineux et chaleureux. Ce groupe est une étoile qui brille d'une manière sublime et montre l'importance de la richesse et de la diversité. Par les temps qui courent... un disque avec des valeurs, c'est pas mal du tout!
Nonesuch - 2015
Celestin Gobe la Lune

Wilfried Lupano est désormais le scénariste de la bédé. En 2007, il prouvait déjà son sens du récit avec une aventure picaresque engagée et engageante.
Celestin est un enfant abandonné. Il vit d'amour et d'eau fraîche. Il ne pense qu'à l'amour. Pour lui, il grimpera sur l'échelle sociale jusqu'au sommet en tombant amoureux d'une fille riche et belle si possible. Il a des rêves plein la tête et se moque bien de tout le reste.
Car ses amis gueux ne sont pas très contents. Les impôts sont trop élevés. Le roi ne pense qu'à la lutte et ne devine pas la colère qui gronde. C'est bien normal: c'est sa soeur qui tire les ficelles. Mené par un poète, la révolte se met en place. Et cela pourrait contrecarrer les projets passionnels de Célestin, doux rêveur, héros de l'Histoire malgré lui...
Yannick Corboz a un style qui va très bien au genre Cape et d'épées. Ses personnages sont quasiment élastiques. Les villes rustiques et sales sont des labyrinthes colorés. Il y a ce qu'il faut de modernité dans la mise en page pour que le résultat soit aussi exalté que son personnage principal, Célestin, formidable personnage aveuglé par son amour pour les femmes. On est à deux doigts d'une forme de poésie à l'intérieur d'une histoire finalement assez classique, proche des classiques du genre.
Ce recueil réunit avec élégance les deux volumes des aventures révolutionnaires et citoyennes de Célestin. On y reconnait la vitalité d'écriture de Lupano, signature devenu indispensable dans la production française. Avec Corboz, ils forment un duo incroyable et on regrette que Célestin le séducteur n'est pas connu d'autres aventures aussi folles!
112 pages - Delcourt
Listen to formation, Look for the Signs

Avec ses grosses lunettes et son absence de sourire, Nadia Reid a tout de la bonne copine à qui l'on parle mais que l'on ne regarde pas. Cette fois ci elle demande qu'on l'écoute.
Elle n'a pas vraiment le look de la rock star. On pourrait imaginer une secrétaire mutique, une fille qu'on ne verrait pas. Elle a les cheveux raides et ne semble pas forcément avenante sur la pochette presque austère de son tout premier effort.
Les apparences sont trompeuses. Sa voix est extraordinaire et sa science de la folk est impressionnante. Tout le monde se précipite sur les mélodies dramatiques et surjouées de la star des charts mondiaux, Adèle. A ses débuts, la chanteuse anglais profitait elle aussi d'une douce et humble musique folk, calme et élégante.
C'est ce qu'utilise à son tour Nadia Reid. Elle aussi joue la fille normale (loin de la perfection qui s'étale dans les médias) qui cache un coeur gros comme ça et une voix hypnotique. Elle fabrique de jolies chansons autour de ses émotions. Elle met de l'intensité dans chacun des titres.
Il n'y a donc pas que des Hobbit et des rugbymen en Nouvelle Zélande. Après l'Australienne Courtney Barrett, il semblerait que la musique au féminin se porte bien de l'autre coté de la planète. Et on peut en profiter pleinement avec cet album surprenant par sa maturité.
C'est beau et reposant. On comprend ses mouvements du coeur et ses guitares plus ou moins acoustiques. Elle devient légitime dans notre discothèque parce que la chanteuse se livre sans fard mais avec pas mal d'intelligence. C'est un très joli disque idéal pour la fin de l'année.
Spunk - 2015
The Big Short

Il était habitué à nous faire marrer avec les comédies extravagantes de Will Ferrell : le réalisateur Adam McKay prend un ton plus sérieux pour les besoins de The Big Short, première fiction de gros studio à s’intéresser à la crise de Subprimes.
Une difficile épreuve car il faut s’y retrouver dans toutes ces combines spéculatives qui ont mis à la rue des millions de personnes. Des empires financiers se sont effondrés. Des carrières furent brisées. La folie a régné sur la finance durant des années et le coup de massue continue en 2015 de retentir sur les quatre coins du Monde.
Pourtant ils furent quelques-uns prévoir la crise. Ils annonçaient la fin du Monde. On les a pris pour des fous. Avec Ferrell, Adam McKay y connait un rayon pour rire de tout et il réussit habilement ce plongeon dans les chiffres absurdes et les cotations les plus hallucinantes.
Il y a bel et bien un regard de cinéaste dans cette chronique du pire. McKay a une façon bien à lui de raconter cette histoire à l'intérêt historique immédiat. Il sait diluer un peu d'humour pour insister sur les contradictions du système. Il filme malgré les apparences ripolinées des banques, l'irrationalité acceptée par tous.
Le portrait des quelques protagonistes nous entraînent dans les arcanes de la crise. Il y a le riche au grand cœur, le mathématicien, le golden boy et quelques magiciens du placement. Bien entendu, il y a l’incroyable casting.
Ils sont tous bons. Le cinéaste donne les meilleures répliques à un Steve Carell survolté. Mais surtout le cinéaste n’en fait pas des pantins au service d’une fiction à charges. Il y a de l’humanité qui déborde. On s’attache aux nombreux seconds rôles. Il y a toujours cette bienveillance américaine sans que cela vire au pamphlet patriotique. Le rapport à la crise est frontal et c’est déjà beaucoup de la part d’Hollywood, grosse machine à fric qui parfois se met à penser et pas forcément comme le voudrait son propre système.
Avec Steve Carell, Christian Bale, Ryan Gosling et Brad Pitt - Paramount - 23 décembre 2015 - 2h10



