Deadpool

Rien de mieux qu'un Deadpool pour nous faire oublier un triste Green Lantern: Ryan Reynolds s'en donne à coeur joie en détruisant tout sur son passage, même la précieux carte de l'ex super costume, dans la première scène du film, furtive mais indispensable.
Ce petit clin d'oeil plein d'auto-dérision donne le ton de tout le film. Celui ci se moque ouvertement des super héros, de la culture pop et geek et de ce qui a déjà été fait. Le tout est fait avec brio: ce film est un nouvel ovni du genre.
C'est politiquement incorrect. Etonnant pour Marvel! C'est assez sombre dans la ligne des DC Comics (Superman, Batman). On regrette malheureusement quelques vulgarités inutiles et certaines blagues qui tombent à plat. Les dialoguistes se sont lachés: ca parle non stop et on aurait préféré savourer les meilleures répliques.
Mais on finit par s'habituer au style Deadpool, non conventionnel et loin de tout ce que l'on a vu jusqu'à présent. On appréciera même le découpage du film, beaucoup plus novateur que d'habitude!La force de ce nouvel opus Marvel est de vraiment surprendre.
Le spectateur ferait partie intégrante du scénario, comme une troisième voix dans la tête de ce schizophrène de super héros: on est du coup complice de toute cette violence ultra réaliste qui fait parti de l'univers de ce personnage hors norme dans la galaxie très proprette de Marvel.
N'oublions pas que son costume est rouge pour que l'on voit pas le sang dessus. Je viens de passer un moment indescriptible, où tout s'enchaîne. Tout est raccord. Tout est fou. De la mise en scène aux cascades en passant par la musique.
Il manque un "je ne sais quoi" pour kiffer grave. Cela reste un film de fou traitant de la folie par d'autres fous cachés sous des costumes de super geek. Je pense que même Stan Lee ne s'en remettra pas et on se demande ce que sera Suicide Squad, autre coté obscur des super héros qui va arriver sur nos écrans bientôt.
AVIS AUX AMATEURS!
Avec Ryan Reynolds, Moran Baccarin, Ed Skrein et Gina Carano - 20th century fox - 10 février 2016 - 1h48
The Voice la classieuse VS Nouvelle Star la rance…


Tradition radiophonico-télévisuelle revenue au début des années 2000, pourtant vieille de 60 ans, enfin je crois, j’étais pas là pour le voir, le télé-crochet rempli encore assez copieusement nos antennes télévisuelles.
Le télé-crochet génération « digital native », pour ceux qui sortirait d’un coma vieux de 16 ans sans être passé par la case Star Ac, est en effet un mega casting pour faire émerger des chanteurs-chanteuses de talent, enfin pas tous, et de mettre en lumière, de 30 secondes à toute une vie, c’est selon, un/une organe de qualité venue de Picardie ou du Cantal, et qui, si elle/il gagne, finira par sortir un disque chez Universal, puis en concert plein rempli ras la gueule post sorti de disque, puis en pub, puis un petit passage dans une série de TF1 du jeudi soir, puis sortira un 2ème album qui marchera moins bien, donc qui partira après en tournée avec les enfoirés.
En une quinzaine d’années, nous avons eu droit dans le désordre à des chanteurs mode lofteurs dans un château (Star Ac, précurseur), à des groupes mixtes drivés par des chorégraphiques sous amphétamine et aux coupes de cheveux mode poulpe sous acid (Pop Star), à des scènes façon plus grand cabaret du monde où se mélangent des clowns, des beaufs, des chanteurs nus dans des brouettes ou encore des humoristes de 24 ans à l’humour très Grosse Tête de 1975 (La France a un incroyable Talent) ; j’en passe…
En ce début d’année 2016, dans une belle logique de samedi soir, très rare me concernant, préférant le goût du rhum arrangé entre amis jusque tard dans la nuit, à devoir être passé devant la télé, la vox populi familiale m’incita lourdement à me poser les fesses dans mon canapé tout en sirotant un Pomerol, digne récompense pour avoir passé une journée à la Japan Expo pour faire plaisir à ma fille fan de manga, et à regarder The Voice.
J’avoue, si Nikos est un copain...et oui…je n’ai pas pour autant d’affinité particulière avec les shows qu’il présente et encore moins pour les télé-crochets…it’s like that.
Dans le même temps, au détour d’un fil facebook, mon œil n’étant jamais très loin des réseaux sociaux, je tombais sur une vidéo d’un récent casting made in « Nouvelle Star » sur D8, visant donc à concurrencer The Voice dans le même tempo saisonnier, où les 4 coachs, Manoukian, Joey Star, Elodie Fréget et Sinclair, partaient de façon parfaitement inexcusable (et c’est moi qui le dit, c’est dire…) dans un bashing odieux d’un jeune candidat d’origine asiatique…choquant, moche, ras du sol, pourave bas bien bas…
Dans le même même temps, oui j’ai une vie trépidante devant ma télé vous en conviendrez, je regardais donc la réplique de TF1 et donc The Voice, tout en, dans le même même même temps, là tout s’accélère vous me suivez ou pas ?!? sinon je fais une pause hein ! creusant l’histoire de La Nouvelle Star, en me matant des extraits des castings.
Bim bam boum, le comparatif faisait état en 10 minutes d’un décalage de classe et d’envergure télévisuelle venant à peu près à comparer une bouffe chez un resto étoilé dans un château de Touraine et une sortie chez un routier un dimanche de pluie en ZAC de Vesoul…le classieux le velouté la volupté le velours d’un côté ; le mal à l’aise le ça sent la frite et le graillon même sur les fringues et le confins du dégoût de l’autre.
Si The Voice s’attache, sous la houlette de Bruno Berbères son dénicheur de talent, à mettre sur scène dès les premiers épisodes de chaque saison, des « diamants bruts », qui une fois mis dans le moule des mois plus tard, je vous l’accorde, peuvent sombrer dans de la pisse musicale pour adolescente pré-pubère, mais qui, avouons-le, comme cette jeune Tamara, sorte de Tracy Chapman des temps moderne vue samedi soir, peuvent vous mettre les poils en 10 secondes ; nos amis de D8 et leurs 4 coachs, eux, font de la phase casting une sorte de chasse à cours gratuite avec pour cible de jeunes proies fébriles, leur kalachnikov verbale prête à dégainer de répliques foireuses et mal jouées, écrites sans nul doute à l’avance par des auteurs de caves, ayant pour potes des rats avides de buzz et tueur d’ado sur Twitter…tellement facile.
Si Mika, Garou, Pagny et Zazie, transpirent le naturel, l’envie de découverte et le professionnalisme dans leurs propos, leur façon d’être et leur succulent emballement dans The Voice ; les 4 de la Nouvelle Star, pourtant non sans talent à la base, dégagent une sensation de on est là pour le fric en mode pantin de la production et dans l’unique but de faire les bêtisiers de Noël sur NRJ 12 animés par Clara Morgane…ça suinte et ça touche le fond profond…d’où le point commun avec ladite ex-actrice de X. Une mention d’ailleurs toute particulière à Elodie Fréget, elle-même sortie d’une émission de ce type, qui, si Joey Star a quasiment inventé le rap en France, Sinclair a réinvité la soul blanche made in France et Manoukian est un artiste pur jus loin d’être con, n’a a peu près rien fait de marquant dans sa vie, à part avoir eu la chance, elle, de ne pas tomber à 20 piges sur quatre snipers à vannes débiles pour mieux la renvoyer dans sa maison familiale à chanter le dimanche en fin d’aprèm devant Tonton Roger qui, bien fin farci au calva de papy, lui disait qu’elle avait beaucoup de talent tout en lui reluquant ses miches de nièces qui prend des formes…
Voilà, samedi prochain, je serai en soirée pour les 40 ans de ma copine Delphine, la semaine d’après avec des potes chez moi, la semaine d’après en voyage en amoureux avec la femme de ma vie, la semaine d’après en bringue…je ne regarderai donc que d’un œil et après coup l’évolution de The Voice, mais clairement, par solidarité avec ce jeune sud-coréen amoureux de la France et qui voulait gentiment chanter du Edith Piaf qui a vu sa jeune existence défoncer aux napalms par les 4 marionnettes de D8…je m’abstiendrai et vous remercie d’en faire de même, la vie est trop courte…vous avez mieux à faire.
J’vous embrasse.
Zootopie

Trop mignon! Trop mignon! Trop mignon... non plus sérieusement ces petites bébêtes sont super mignonnes!
Ces petits poils! Ces grandes oreilles: J'y ai même aperçu mon Edward! C'est vraiment un Disney qui se rapproche de Pixar. De plus en plus. De mieux en mieux. Oui, c'est désormais la même boite mais on arrivait encore à faire la différence.
Le lieu de convergence serait donc Zootropolis, ville de petites proies et de grands prédateurs. Tous vivaient en parfaite harmonie. Soyez les bienvenus dans un monde idéal: c'est super beau. Les décors sont bien travaillés et on a bel et bien l'impression de regarder un films avec de vrais comédiens!
Il y a une véritable intrigue digne des films d'action actuels. C'est même mieux: les personnages sont parfaitement décrits, entre autres les paresseux qu'on a pu tous découvrir dans la bande annonce. Mais sans spoiler, il y en a bien d'autres animaux qui nous caricaturent!
Ce Disney sort de l'ordinaire. C'est un grand Disney avec un satire du Monde d'aujourd'hui. Il aborde les thèmes pas si commerciaux et divertissants que sont la corruption ou la discrimination. Il faudrait plus de films comme celui-ci.
Où l'on substitue l'humain pour l'animal, le réalisme par l'animation. Pour une fois on peut dire que la leçon de morale façon Disney n'est pas niaise: chaque espèce est remise à sa place et ce n'est certainement pas le sergent Hopps qui dira le contraire.
AVIS AUX AMATEURS
Avec les voix d'Alexis Victor, Pascal Elbe, Marie Eugénie Maréchal et Claire Keim - Disney - 17 février 2016 - 1h48
Outside 1.

Si je dois me souvenir d’un disque de Bowie, je serais assez tenté de citer 1.Outside, un drôle d’album bidouillé, pas parfait, qui marquait tout de même le retour de Bowie… avec Brian Eno !
En 1992, David Bowie épouse le mannequin Iman et profite de la cérémonie pour renouer avec le producteur qui lui a offert sa triologie berlinoise. Les retrouvailles donneront ce drôle de disque concept qui devait être le début d’une nouvelle trilogie autour d’une société futuriste et d’une curieuse idée : l’Art crime.
Tout cela était bel et bien fumeux mais on sentait revenir le David Bowie qui veut en découdre avec les idées préconçues et qui n’a pas peur de se mettre en danger. Durant les années 80, il s'était comme pas mal de ses copains, pris les pieds dans le mauvais goût. Il se cachait même dans un obscur groupe de rock, Tin Machine. Mais ça bouge dans les années 90. Les crasseux et les marginaux prennent le pouvoir.
A cette époque, la techno se battait ardemment avec le rock. Prodigy cartonnait par exemple. En 1995, e rock ombrageux lui ne se remettait pas de la mort de Kurt Cobain. Bowie lui concentre tout cette rivalité dans ce disque de déglingués.
Car Bowie et Eno expérimentent à nouveau. Il y a des défauts devenus désormais folkloriques. En 1995 on voyait la fin du monde parce que la fin du 20e Siècle approchait. l’ambiance « 1984 » est assez caricaturale mais l’aliénation est un thème cher à Bowie, insaisissable et rebelle face aux modes ou aux mœurs !
Brian Eno est lui aussi tout excité : Il a métamorphosé U2, groupe Irlandais généreux en monstre médiatique aventureux avec deux albums uniques, Achtung Baby et Zooropa ! Avec Bowie, il a totalement confiance et se jette dans les dissonances et les patchworks sonores. A l’époque, les deux hommes admirent Nine Inch Nails et les voilà donc tous les deux face à un genre barré : le rock industriel.
Entre les côtés martiaux et le souffle épique, le disque conjugue tous les plaisirs de l’artiste entre le cinéma, la littérature, la psychologie et bien entendu la musique. Il y a des mélodies redoutables et des bizarreries tout droit sorties du bocal scientifique de Brian Eno, jamais avare en tentatives vibrantes et recherches sonnantes. Bowie hurle I’m deranged sur l’un des meilleurs titres de sa carrière : il a totalement raison. Ce costume de fou à la clairvoyance évidente, de marginal épanoui lui va si bien. Ca résume parfaitement sa vie! Ce disque inégal (comme une bonne vieille série B) condense sa folie qui a fait sa réputation et son immense talent!
BMG - 1995
Bliss

Portrait touchant et énergique d'une adolescente perdue dans le quotidien américain. Roulez jeunesse!
Faire du roller est il le dernier geste punk? C'est bel et bien une vraie révolte et cela fait tout le charme de la première réalisation de la comédienne Drew Barrymore. Connue pour sa jeunesse délurée, la jeune femme a toujours fait preuve d'une irrévérence dans le choix de ses rôles. Entre girl power et doigts d'honneur, la blonde n'est pas une prune: son film a autant de caractère que son initiatrice!
Dans la banlieue d'Austin, Bliss s'ennuie. Sa maman voudrait qu'elle soit une jolie princesse. Bliss voudrait simplement vibrer un peu. Sa vie quotidienne est triste. Elle découvre alors une bande de jeunes femmes qui profitent de leur week end pour participer à la ligue des courses de rollers féminines...
Ces filles se mettent des coups. Elles vont vite. Elles jurent. Elles assument leur indépendance et leurs mauvaises manières! Elles sont drôles et déroutantes. Elles semblent sorties d'une autre époque. Excellente idée de la réalisatrice: nous perdre dans le temps. On a bien du mal à dire à quel moment se situe l'aventure sportive de Bliss.
Drew Barrymore réunit dans son film les attitudes rocks et rebelles de plusieurs décennies. Le rock, la baston, la vulgarité mais aussi l'amour et la solidarité deviennent les preuves d'une désobéissance nécessaire.
Car la vie américaine est filmée avec une haine de la monotonie assez jouissive. L'actrice Marcia Gay Harden (Into the Wild, The mist) défend des valeurs niaiseuses sans donner la nausée. Malgré les courses énergiques des sportives insoumises, le long métrage filme la révolte avec une étrange douceur et un humour assez finaud.
Bien entendu, tout vient de la grâce d'Ellen Page, héroïne de Juno et une fois de plus, exceptionnelle en jeune fille en crise. Le parcours initiatique est classique mais le traitement surprend et surtout séduit.
En plus d'Ellen Page, le gang sur roulettes revisite la comédie pour teenagers avec une hargne assez savoureuse. Les blagues et la romance sont revus et corrigées par des nanas bien barrées et franchement étonnantes. On appréciera les seconds rôles jamais lisses, toujours dépeints avec tendresse. Cela donne une excellente comédie, vraie surprise à découvrir, à apprécier et surtout à revoir...
Blackstar

Allez on profite des vacances d’hiver pour se réchauffer auprès de David Bowie qui mine de rien nous a laissé un puissant testament qui marque la grandeur du personnage. Chapeau l’artiste !
Il avait donc tout prévu. On trouvait les paroles de son petit dernier, assez sombres. Son clip le montrait agonisant ! David Bowie préparait bel et bien sa mort. Deux jours après la sortie de son 26e album, Bowie tirait sa révérence après une dernière mutation musicale.
The Next Day était un disque commercial, plus traditionnel avec des hits et des ballades. Cette fois ci il expérimente de nouveau. Il s’acoquine avec un saxophone libre et il a visiblement des envies de jazz et d’électro. Difficile de ne pas prendre en compte la mort soudaine de l’artiste, mais Blackstar est drôlement inventif.
On reconnait donc le Bowie sauvage qui au crépuscule de sa vie, se lance dans une dernière bataille contre les stéréotypes et les étiquettes. Il s’arrache à la retraite bien sage qu’on lui a promis. Son espiéglerie prouve qu’il a toujours été un jeune homme sacrément ingénieux. Aidé par le fidèle Tony Visconti, il secoue de nouveau son sac à malice pour nous offrir des petites surprises, peu nombreuses, mais assez fascinantes.
Il théâtralise radicalement sa façon de chanter. On se croirait chez David Lynch, un univers feutré, moderne mais à cheval sur le passé. Les machines sont derrière l’homme. Le saxophone de Donny McCaslin est d’une précieuse aide pour intriguer l’auditeur avant de le séduire. On est au croisement de tous les styles qui font la gloire de l’artiste protéiforme, à l’aise dans tous les genres, toutes les exubérances.
Il livre certes son œuvre la plus sombre depuis très longtemps mais elle est surtout marquée par l’originalité. Il cherche cet espace de créativité qui lui reste entre l’artiste et le succès colossal qui a fait la légende de Bowie. On est encore surpris par cette façon d’aborder de nouveaux genres, l’air de rien, avec un naturel classieux et une voix qui défie encore le temps !
Son sens de la mélodie et sa voix subtile résistent aux capricieuses envies de la star de se réinventer à nouveau, créer une nouvelle étoile dans sa discographie. Elle est noire. Mais son éclat est évidemment éblouissant juste après sa disparition. Il faudra peut-être réévaluer la dernière œuvre du grand Bowie dans quelques mois, mais elle est à coup sûr étonnante et déroutante.
Columbia - 2016
Ce qu’il en reste

Ce qu'il en reste de cet album? L'idée d'un beau voyage en Irlande. Mais en français!
Avant de parler de la musique, saluons la jolie pochette de ce premier effort de Parnell. Une pochette qui vous transporte dans un ailleurs, une belle invitation sépia marquée par la mélancolie et l'harmonie. Il y a un homme seul sur la jetée... Il avance vers la ligne d'horizon...
Et visiblement Parnell se promène beaucoup en Irlande. Parnell est français mais sa musicalité s'est construite dans les plaines écorchées de l'Irlande, grand pays de la musique populaire. On applaudit l'exploit: il exporte toutes les qualités du folk anglo-saxon.
Il y a là tous les stéréotypes du genre: on entend même la petite rivière coulée derrière quelques accords. Mais on il y a tout le coté rustique de la musique irlandaise, des bardes torturés et des constats doux amers sur l'existence.
Vous savez quoi? Parnell est un digne représentant du genre. Il y a toute la sincérité dans ses compositions. Il parle beaucoup de ses bobos au coeur mais il le fait avec d'une habile manière. Il fabrique de jolis petits objets mélodiques où la voix rappelle celle de Damien Rice à ses débuts! Et puis la voix fait aussi penser à Manset, petite référence qui vaut son pesant d'or quand on voit comment plusieurs artistes courent après le respectueux chanteur de Saint Cloud.
C'est de toute façon, un disque qui s'échappe de l'hexagone, qui prend de l'élan pour aller à la rencontre du Monde. De son expérience, Parnell prouve que la vérité est ailleurs, dans les voyages, dans les rencontres. Ce qu'il en reste, c'est ici l'amour de la musique.
Wallou prod - 2016
Steve Jobs

La tragédie de Steve Jobs, entrepreneur de légende et piètre papa. En trois actes, le réalisateur Danny Boyle et le scénariste de Social Network, Aaron Sorkin affrontent le mythe!
Il faut se préparer au style! Birdman est passé par là: un débit de dialogues sans fin sur des longs plans séquances absolument virtuoses. Et il faut aussi s'y connaître dans l'histoire du micro-ordinateur, de l'ingénierie et les marchés financiers. En gros, il vaut mieux connaître la vie professionnelle et tumultueuse de Steve Jobs, patron des patrons, Dieu du libéralisme, Phénix qui renaît de ses cendres pour se venger de ce même libéralisme qui lui a coûté si cher!
Aaron Sorkin est le scénariste qui s'intéresse aux puissants de ce Monde. Avec A la maison Blanche, il instaure les règles de la série politique. Avec Social Network, il montre la naissance du géant du net. Avec La Stratège, il critique le monde ultra libéral du sport. Avec Steve Jobs, il continue de transformer l'histoire contemporaine en une longue tragédie humaine où l'individu doit faire face à un univers sans pitié: le capitalisme.
Mais Sorkin n'est pas un communiste: il aime le spectacle. Il confie son scénario sur le roi d'Apple à Danny Boyle, cinéaste inégal mais talentueux qui se lance ici dans une cavalcade filmique autour d'un héros qui nous fait un peu pitié. Car le directeur général d'Apple, si heureux sur une scène est un pauvre type en coulisses!
Des ambiguïtés qui ne font pas peur à Michael Fassbender, habitué aux rôles border-line. Il joue cela comme une création shakespearienne: c'est la forme à laquelle s'accrochent les deux auteurs, le scénariste et le réalisateur. Comme tout cela a lieu après l'oscarisé Birdman, sur une forme similaire, ca sent un peu la récupération!
Boyle et Sorkin sont de flamboyants seconds: on pense beaucoup trop à Birdman avec sa théâtralisation outrancière et ses histoires de famille qui se mélangent au boulot. C'est très bien fait mais tout cela a un coté opportuniste. Ce qui gâche un peu la vision du film.
Il y a tout de même plein de qualités à ce film qui raconte habilement l'évolution d'un héros du Monde moderne. Si l'aspect familial est un peu caricatural, on se plait beaucoup à observer les petites revanches de Jobs dans un univers impitoyable.
Cependant le film est trop énorme pour être totalement honnête. C'est dommage car c'est le genre d'initiatives que l'on veut soutenir. De la fiction pour comprendre un peu plus notre monde: un autre regard!
Avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen et Jeff Daniels - Universal - 3 février 2016 - 2h
Obsolescence Programmée

Sur la pochette, on devine un écorché vif mais Erwan Pinard renverse la table du rock pour une java du tonnerre. Amusez-vous avec ce trublion festif et engagé !
Bon on va éviter les jeux de mots avec son nom qui évidemment ne passe pas inaperçu. Du moins on va essayer car le bonhomme nous fait tourner la tête avec son style tempétueux et son amour du rock, sec et brutal !
Avec Obsolescence Programmée, Erwan Pinard supplante pas mal d’artistes en colère. Justement parce qu’il maîtrise ses émotions et les libère juste quand il faut. Son disque est parfaitement pensé pour nous offrir un grand huit entre rock endiablé, folk dépouillé et même un petit reggae amusé !
Ne vous fiez pas à ce titre d'album obséquieux. Comme beaucoup de chanteurs, il a un regard acerbe sur ce qui l’entoure mais il a un sens de l’humour qui le sauve du stéréotype. C’est rare de voir un chanteur taquiner une institution nationale et commerciale comme Jean Jacques Goldman. Tonitruant, il rit de tout avec une vigueur que l’on trouve rarement dans nos contrées.
Il sait être sérieux mais ses paroles sont marquées par un solide second degré et une vraie tendresse. Il transforme ses mornes idées en pétaradantes chansons, drôles et sensibles. C’est une sorte de punk tout en retenue, sans impulsion mais avec une rare intelligence dans l’écriture. Aidé par deux musiciens mais aussi des cuivres et des cordes, il orchestre une douzaine de titres, à la subtilité cachée.
Il est toujours bon de découvrir au fil des écoutes, des petites choses qui à chaque fois transforment l’appréciation. On imaginait un bougon énervé : on découvre au fur et à mesure un artiste farouchement indépendant.
C’est en tout cas du sacré rock’n’roll à la française, celui qui vous fera sauter en l’air, qui vous surprendra, qui ne se laisse pas faire ! Ici, on adore et on en redemande… Jusqu’à l’ivresse. Pardon on n’a pas résisté à la promesse du début !
Inouie distribution - 2016
Anomalisa

Des petites marionnettes font l’amour… et ça vous émeut. C’est le petit miracle offert par ce film d’animation mélancolique, presque misanthrope.
Auteur torturé, Charlie Kaufman a toujours travaillé sur le faux pour chercher le vrai. Les histoires rocambolesques qu’il écrit, sont marquées par cet alliage fou entre la réalité et l’art, la vérité et l’artifice, le quotidien et le rêve. Dans la peau de John Malkovich, Adaptation ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind, quelques titres pour définir la singularité de l’auteur qui s’arrache encore un peu plus aux dictats d’Hollywood avec sa nouvelle création, encore plus étrange que les autres.
Vous prenez quelque chose de très artificielle… cette chose réussit à vous toucher. Malgré son aspect bricolé ou synthétique. Je ne sais pas vous, mais moi, j’appelle cela un tour de force.
La première fois que cela m’a vraiment fait cet effet incroyable, ce fut sur le film de Henry Selick, L’étrange Noel de Monsieur Jack. Mais c’est aussi un petit miracle qui se cache dans les films d’animation de Disney, Pixar ou de Folimages.
Ici, il s’agit d’un film pour adultes ! Il y a même une incongrue scène d’amour entre deux personnages ou plutôt les deux petits pantins qui pourtant vont bien nous faire vibrer. Leur morosité, on la partage, malgré les effets de stop motion : les acteurs de ce petit film sont simplement formidables !
Michael Stone (avec la voix du british David Thewlis) est donc la référence du service clients. Son livre a éclairé des milliers de téléopérateurs et le voilà, invité à Cincinnati pour une conférence ! L’homme n’est pas si enthousiaste que ça. Il traine avec lui un spleen profond.
Il profite de son passage en ville pour revoir une ancienne conquête. Le rendez-vous se passe mal. Angoissé et un peu alcoolisé, il frappe à la porte de ses voisins dans son hôtel. Il tombe automatiquement sous le charme de la discrète et naïve Lisa (et la voix exquise de Jennifer Jason Leigh)…
Mais le film ne sera pas une comédie romantique. Notre anti héros n’arrive pas à se défaire de ses doutes et son aigreur. Il a l’humour triste mais encore des espoirs quand il trinque avec la jeune femme. Il s’emporte tout comme son imagination.
Les thèmes chers à Kaufman sont présents : l’aliénation, la solitude et l’absurdité. Une fois de plus, la condition humaine fait souffrir les individus et Michael Stone est un triste sire, incapable de connaître le bonheur, condamné à supporter une existence banale.
Sorte de huis clos existentiel, le film profite de l’animation, astucieuse jouant sur toutes les ambivalences avec le réel. Il semble pourtant inabouti car le film se termine un peu trop vite. Il y a comme un goût d’inachevé dans cette histoire de solitudes qui se rencontrent ou s’affrontent. Pourtant le film est romantique et arrive à faire battre notre cœur. Un exploit avec de simples marionnettes !
Paramount – 3 février 2016 – 1h30



