Love Whip Blues

Allez hop, pour les élections américaines, on fait un tour au fin fond des Etats Unis, au pays du blues, de la country et quelques réjouissances bien de chez eux! Yahoooo!

Erin Harpe est née dans le Maryland, a vécu à Boston pour devenir une fervente chanteuse d'un bon vieux blues du sud de l'Amérique. Un blues joyeux et très enjoué. Pas celui des vieux bluesmen endimanchés. Elle ressuscite le ragtime, le boogie et revendique le Delta blues, un sous genre où l'harmonica et la guitare ont l'avantage.

On apprecie tout de suite la modestie de Erin Harpe, petite dame venue d'une autre époque, qui visiblement s'amuse bien avec son groupe qui "jam" avec souplesse. On tape du pied, du début à la fin. Pour la nouveauté, il faudra repasser mais on tombe vite amoureux de la légèreté du style, qui emprunte quelques touches de soul.

La rousse chante avec une malicieuse complicité. Il y a vraiment quelque chose d'authentique dans leur musique. Qui va justement au delà des conventions du genre, dont on a souvent du mal à se défaire. C'est une ambiance très décontracté que l'on découvre. Qui fait du bien lorsque l'on constate à quel point la société américaine peut se tendre, au moindre fait divers, au moindre commentaire politique. Ca existe encore des gens qui font de la musique pour le bonheur de jouer, chanter et profiter.

Fille d'un véritable bluesman, Erin Harpe a vraiment un charme fou et sait jongler avec toutes les racines de ce blues spontané et mélodique. Elle joue avec le coté vintage du blues mais compose des chansons qui nous cajolent aujourd'hui et qui pourraient nous trotter longtemps dans la tête.

Juicy Juju Records - 2016

RICHARD III – LOYAULTÉ ME LIE – WILLIAM SHAKESPEARE – Jean Lambert-Wild – Elodie Bordas- Lorenzo Malaguerra- Gerald Garutti- Stephane Blanquet et Jean-Luc Therminarias

Fantastique !

Il y a du génie dans cette mise en scène. Du génie parce que malgré une adaptation qui paraît lointaine, l'histoire du théâtre élisabéthain traverse le plateau en permanence. Ici, le théâtre se joue à 3 : Jean Lambert-Wild qui joue un Richard III aux allures de Joker mélant folie barbare et tendre solitude, Elodie Bordas qui joue, métamorphose, une pléiade de personnages skakespeariens, et cet impressionnant carrousel forain, décor source et mise en abyme permanente qui collabore à la spirale du pire. Le ballet s'enchaîne.  Le spectateur est emporté dans une danse clownesque tragique. Richard III erre. Perdu, happé par le goût de la mort et déconnecté de toute valeur humaine. Le clown de Lambert-Wild est un chef d'orchestre, un metteur en scène, un funambule qui joue sur le fil de la mort plus que sur celui de la vie. On suit la chute inévitable de ce Richard III carnavalesque qui finira par s'engloutir lui-même. Une variation spectaculaire et directe qui mérite toute notre attention.

http://lambert-wild.com/fr/spectacle/richard- iii-loyaulte-me-lie-william-shakespeare

http://www.theatredelaquarium.net/

 jusqu' au 3 Décembre 2016

Le 6 Décembre 2016

Le CarreauForbachFrance

Du 13 au 17 Décembre 2016

Le 10 Janvier 2017

Le 14 Janvier 2017

Le 17 Janvier 2017

Le 27 Janvier 2017

théâtre PalaceBienneSuisse

Brighton

Bon d'accord, au début, j'ai bien cru qu'il s'agissait d'un vieux groupe irlandais de rock! En fait, The Shondes revendiquent son coté juif new-yorkais: ce n'est pas non plus Woody Allen et sa clarinette!

Il y a bel et bien du violon mais on entend surtout du gros rock, qui a trouvé ses racines dans le punk. C'est le cinquième album du groupe, composé de trois filles et un gars. Ils viennent de Brooklyn et ont commencé par du punk féministe. Effectivement après dix années d'existence, le quatuor s'est assagi. On pense désormais pop rock.

C'est un gros mot en France mais franchement The Shondes sont assez abordables. Ils font bizarrement penser aux Cranberries. Ils ont des engagements et profitent d'une musique standard pour faire passer le message. Est ce vraiment un mal que de vouloir se faire entendre par le plus grand nombre.

Les chansons sont donc calibrées et sans surprise. Ca finirait presque par surprendre. On retourne au début des années 90 avec une batterie bondissante et une voix combative qui profite de quelques riffs glorieux. Le groupe ose encore des choeurs qui font "HouHou". C'est assez accrocheur par ce coté complètement démodé: ca sort tout droit d'un épisode de Friends.

Franchement, c'est hors du temps et ce n'est pas désagréable. La musique peut être un art nostalgique et c'est ce qu'il provoque ici: de la douce mélancolie. Rien de grave. Pour les quadras, c'est un saut dans le temps. Pour les plus jeunes, ils ne risquent de rien comprendre. Pour la postérité, il y a du boulot!

Exotic Fever records - 2016

Telling It Like It Is

Des petits Danois doués imaginent le rock comme une gueul de bois. Ca fait presque du bien

C'est sans compromis. C'est donc un plaisir. Voilà un rock qui matraque, qui cogne, qui se croit à un match de boxe. La voix se prend pour Nick Cave et tournicote autour d'un rock plaintif mais costaud sur ses bases. Elias Bender Rønnenfelt est un esprit tourmenté. Il doit appartenir à la grande famille des corbeaux noirs qui s'installent sur une branche du rock pur et dur.

Du fin fond du Danemark, le jeune homme et ses musiciens font des confessions musicales. Il y a de la candeur et de la noirceur sur les mêmes morceaux. La cohabitation est étrange. On repense à toute l'angoisse discrète qui transparaissait dans les oeuvres du grunge, des groupes remplis d'énergie.

Les membres de Marching Church sont de jeunes adultes qui n'aiment pas grandir. Elias Bender Rønnenfelt est un peu trop jeune pour être aussi sombre. C'est l'impression que font leurs compositions, des bizarreries au look de rock garage mais beaucoup plus harmonieuses si on s'y intéresse. Ce troisième album pioche dans dans le rock qui veut se faire mal.

Il y a donc des guitares capricieuses. La batterie peut se transformer en tempête. La basse met la pression. Mais il y a aussi des pianos et des violons qui s'émancipent des clichés. Avec peu, le groupe parvient à une intense mise en scène. On peut leur reprocher cet aspect mais la démarche reste louable.

Ce second album du groupe est un peu foutraque de temps à autre. Le chanteur en ferait un peu trop dans la déprime mais on est avec eux sur la bonne voie, celle d'une musique complètement habitée, qui ressemblerait à une thérapie de groupe, à une belle aventure venue du froid mais qui réchauffe clairement les oreilles.

Sacred Bone Records - 2016

We Got It from Here… Thank You 4 Your Service

Après De la Soul, A Tribe Called Quest rappelle que le rap peut être une question de mélomanie et d'envie!

Cela faisait 18 ans que le groupe de Q-Tip avait coupé les vannes d'un flow soul, post jazz et particulièrement généreux. Depuis on sait que le coté obscur du Bling Bling a bel et bien gardé la guerre. Jusqu'à la nausée, le mauvais goût! Nos oreilles saignent bien trop souvent dès qu'une nouvelle sensation déboule sur nos platines.

On va jouer les vieux cons dans cet article mais qu'est ce que ca fait du bien d'entendre des musiciens dans un genre massacré par David Guetta, qui lorgne de plus en plus vers la dance et les sons synthétiques! Quand des rappeurs invitent Jack White, Elton John ou encore Andre 3000, on peut être sûr que l'on a en face de nous un trio amateurs d'abord de musiques!

Cela s'entend rapidement. Les premiers titres nous renvoient à la culture jungle qui régnait sur le genre au début des années 90. Plus que les samples, ce sont les instruments que l'on entend autour du trio devenu duo après la disparition du fondateur Phife Dawg. Mais la révolution du groupe résiste à tout.

Jamais belliqueux, toujours réfléchi, le rap du groupe nous emmène dans une belle ballade urbaine, où le groupe ne se concentre pas sur la détresse sociale ou la misère américaine. Une si longue attente récompensée de la sorte, c'est assez rare pour être signalé. Le temps n'a pas usé le talent de A Tribe Called Quest.

L'album est incisif. Le jazz et les touches electro ont même le droit de citer. Mais il y a chez eux, cette science exceptionnelle de faire cohabiter les styles au delà de toutes les barrières. Le groupe est plus un touche à tout qu'un nom de l'histoire du Rap. On dirait encore des petits nouveaux, trop brillants et trop sincères. C'est d'une fraîcheur inattendue!

A tribe Called Quest vit bel et bien dans son époque. Ils dépassent les clivages et les stéréotypes. Les prestigieux invités restent à l'ombre de leur immense créativité. Leur musique est assez unique. Leur rap est encore excitant et aventureux. C'est peut être leur dernier album mais c'est à coup sûr un petit coup de maître.

Epic - 2016

La fille du train

Bon je l'avoue: je n'ai pas lu le livre. Je ne peux que me baser sur le ressenti du film: il est bon. Tout ce que j'ai à dire, c'est qu'il s'agit d'un putain de film, en toute objectivité!!!

On y retrouve, sans imitation laborieuse, tous les éléments de l'excellent Gone Girl de David Fincher (oui encore lui, je n'y peux rien si c'est LA référence): une intrigue similaire. Une narration aussi. On est pourtant en présence de deux écrivains différents. En tout cas, méfiez vous des apparences, c'est le même constat.

Tout s'adapte donc. Il n'y a pas de magnifique Rosamund Pike dans La Fille du Train mais un trio d'actrices tout aussi formidables, secondés par d'autres tout aussi intéressants. Aucune fausse note dans le casting: Emily Blunt est incroyable dans le rôle d'une femme désemparée, qui ne demande qu'une chose: être entendue et crue.

Suite à la disparition soudaine de celle qu'elle observe depuis un moment, assise dans son train quotidien, cette femme fragile va basculer dans l'horreur sous les apparences d'un quotidien si neutre. En tout cas, ce nouveau registre tragique va très bien à la comédienne.

Tout comme on redécouvre Rebecca Ferguson, qui troque son flingue du dernier Mission Impossible pour un tablier de mère au foyer. Quant à Hayley Bennett, habituée au rôle de bimbo, montre qu'elle sait aller au delà et s'affirme comme une bonne actrice... en jouant la nympho du quartier.

Il y a de quoi faire avec ce trio gagnant dans ce thriller alambiqué qui utilise les flash backs pour tout mettre en place habilement dans le souci du détail, mais sans trop en faire. On est tenu en haleine dès le début et je ne peux pas malheureusement vous spoiler la fin mais à ma grande surprise, j'avais envisagé tous les scénarios possibles et je suis ravie de me faire prendre au piège par un retournement inattendu.

La performance des comédiennes y est pour beaucoup:  vont elles vous convaincre? En tout cas, une chose est sûre: un bouquin bien adapté est un pur plaisir de cinéma: je ne vais pas quand même me mettre à lire!

AVIS AUX AMATEURS.

Avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett et Justin Theroux - Metropolitan filmexport - 26 octobre 2016 - 1h50

Love & War

Euh sinon, Fiona Apple, vous connaissez?

Si vous voyez la pochette dans un bac, vous vous arrêterez peut être pour voir s'il ne s'agit pas d'un nouvel album de la rare Fiona Apple qui serait passer sous le radar! La jeune femme se cache derrière son col roulé pour ne mettre qu'en avant deux grosses billes dans un noir et blanc d'une étrange élégance!

Fleurie vient de Nashville (décidément, il y a du monde là bas) et ne pratique pas le rock ou la country: elle aime les chansons tristes, maussades et sensibles. Elle a visiblement pas mal de points communs artistiques avec son aînée. Ca doit l'énerver mais la copie est quasi parfaite.

Cela reste une copie. On préfère toujours l'original. Mais la jeune femme fait de gros efforts pour ne pas se laisser aller à la facilité. Les chansons sont épiques pour sonder la tristesse ou l'amertume. Les chansons sont habitées. Il y a des nappes de synthétiseurs pour planter un beau décor.

La voix est calme et forte. On sent qu'il y a de beaux sentiments et des belles émotions pour faire pleurer le maximum de gens. Les rythmes sont nonchalants pour mieux nous piéger dans une succession de chansons malheureuses. C'est bien fait mais ca manque d'âme. D'autres font cela beaucoup mieux et depuis plus longtemps. Fleurie n'est pas encore assez mure. Le talent s'entend mais on la devine encore à l'ombre de ses références. Omniprésentes. Ecrasantes comme un pavé de Leon Tolstoi!

Fleurie - 2016

Chanson d’actu: 1 an!

Okey Dokey

Un petit trio de Nashville qui enregistre du bon gros rock qui tache du coté de Chicago: si ça, ce n'est pas l'Amérique profonde qu'on aime!

Seth, Wes et Zack ont grandi dans un haut lieu de la musique américaine. A Nashville, on a donc le droit de faire du rock, du jazz ou de la country mais on doit défendre le patrimoine de la culture yankee. Si tu es musicien à Nashville, tu ne peux pas faire n'importe quoi ou sinon, tu dois t'émanciper d'un lourd héritage!

Sur la pochette de leur troisième effort, Natural Child semble assumer avec humour les clichés du genre: c'est bien la petite Amérique, celle du bas, celle peuplé par les redneck et les marginaux, qui les inspire! Eux, non pas du tout l'intention de respecter les règles. Les premières notes de leur album sont douces et mélodiques. Mais cela reste vintage.

La voix est posée et calme et glisse sur des riffs tout gentils. On pourrait imaginer un boogie détendu d'Hawaï. Avec NSA blues, nous sommes convaincus d'avoir à faire à des flemmards héroïques. Le style est nonchalant mais il plait beaucoup. A une époque où tout va très vite, cette cadence molle fait figure de grosse surprise.

Mais ca n'empêche pas une totale adhésion à ce rock blues très sixties, qui s'inspire de sons psychédéliques et qui rend un hommage aux musiciens célestes qui font le charme du rock de ces années sanctifiées. Avec leurs petits moyens, le groupe ne manque pas non plus d'ambition et on trouve parfois le vieux fantôme de Creedence Clearwater Revival dans leurs compositions.

Il y a aussi le son clair et direct de The Band et la sécheresse de Bob Dylan. Ils ne bandent pas les muscles pour un gros boogie. Ils planent sur des morceaux simples et souvent mélodieux. Ils retiennent la fausse légèreté et la limpidité élegante du rock oldies. Ces petits jeunes fabriquent leurs recettes dans les vieux pots mais franchement ils sont vraiment les enfants naturels de toute une génération mythique. Leur héritage leur parait léger. A nous aussi. Tant mieux!

Natural Child Records - 2016

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