Dr Strange in the Multiverse of Madness, Sam Raimi, Marvel

Marvel a transformé la production hollywoodienne à tous les points de vue. Elle n’a même plus peur d’engager un vrai cinéaste pour mettre en scène un super héros qui a le mérite d’être sceptique sur sa mission dans le Monde.

Et c’est ce qu’on aime chez Dr Strange : sa prétention qui le rend humain, amusant et atypique dans l’univers propre de Marvel. Les responsabilités d’un grand pouvoir, il s’en moque un peu. Il cherche juste un sens à sa vie et le trouve dans les arts mystiques.

Bon évidemment, il est fortiche dans son domaine qui pousse un peu à l’imagination, éloignée des standards de plus en plus plombants de la célèbre firme de comics. Pour cela, les producteurs sont donc allés chercher Sam Raimi, le père fondateur de la mode des films de super héros depuis le succès il y a vingt ans de Spider-Man, premier du nom et des deux suivants d’ailleurs.

Un cinéaste au talent graphique, adroit et rythmé, influencé par la bande dessinée depuis son tout premier film, Evil Dead, autre mètre étalon du genre horrifique. Raimi n’a peut-être plus la flamme comme avant mais ses réalisations sont facilement identifiables grâce à des idées souvent surprenantes et ludiques.

C’est ce que l’on remarque tout de suite dans ce nouvel épisode qui se concentre sur le bon docteur qui doit gérer les multiverses, idée folle que l’on avait déjà vu dans le dernier Spider Man. Il doit donc se balader dans des univers parallèles pour aider une jeune fille à échapper à une méchante sorcière…

C’est aussi simple que cela, malgré de nombreuses sous intrigues et des références d'exégètes mais la mise en scène va nous emberlificoter pour que l’on passionne pour un conte moderne qui commençait mal avec une introduction d’une rare laideur mais petit-à-petit le réalisateur du Le Monde Fantastique d’Oz nous attire dans ses filets et réussit à pervertir avec tendresse le sage paysage des super héros.

Il cite ses anciennes œuvres. Il renoue avec un vrai enthousiasme à certains moments et on jubile de voir cette énorme production glisser vers un projet beaucoup plus baroque, entre film d’aventures et d’horreur. Presque à l’ancienne. Et la surprise est au rendez vous. Un exploit car ça fait bien longtemps que les super héros ont bien du mal à nous étonner.

Avec Benedict Cumberbatch, Elizabeth Olsen, Rachel McAdams et Benedict Wong
Marvel Studios - 2h20

Les Animaux Fantastiques: Les Secrets de Dumbledore, David Yates, Warners Bros

Magnifiques décors! Costumes élégants! Musique prenante! Comédiens confirmés! Et scénario famélique! Un peu de magie, c’est justement ce qu’il manque à ce produit de consommation trop sage!

Grâce aux deux magiciennes qui me servent de filles, j’ai eu le droit de replonger dans l’univers d'Harry Potter. Et récemment nous avons revu le troisième volet, Le Prisonnier d’Azkaban, réalisé par le virtuose Alfonso Cuaron.

Un film flamboyant où l'adolescence se mélange à l’apprentissage de la magie avec une belle mise en scène. Des années plus tard, la comparaison est assez difficile avec Les Animaux Fantastiques: Les Secrets de Dumbledore.

Solidement accroché à son poste de réalisateur, David Yates continue de ripoliner l’univers qui fait la fortune de J.K. Rowling, l’heureuse romancière et la scénariste des films dérivés d’Harry Potter.

Les deux créateurs se sont visiblement endormis sur leurs lauriers. Ce troisième volet est d’une mollesse assez incroyable. Pourtant tout est là pour une vraie réussite. La production est particulièrement soignée. La reconstitution des années 30 est sublime. Les détails sont foisonnants et l’élégance est réelle.

Il y a aussi un casting incroyable avec un beau duel entre Jude Law qui décidément vieillit bien et Mad Mikkelsen, heureux de jouer le bad guy, l’impitoyable Grindelwald. Ce dernier a donc l’occasion de se lancer dans la politique et diriger le monde tourmenté des magiciens et des sorciers.

Le fameux Dumbledore et Norbert Dragonneau vont tout faire l’en empêcher. Mais ils vont vraiment prendre leur temps. Et surtout agir sans plan puisque le méchant peut voir l’avenir donc il faut lutter sans aucune organisation. A moins que…

En attendant, les héros et leurs amis (ainsi que nous, spectateurs) subissent plus le récit qu’autre chose, en attendant la confrontation finale. Il y a bien deux ou trois moments spectaculaires pour justifier les effets spéciaux et le budget mais cette rutilante production est étrangement statique.

Yates a visiblement un cahier des charges trop lourd désormais. Les comédiens sont même un peu paumés dans d’énormes défis techniques et les décors numériques. Le film ne prend aucun risque et redoute la moindre saveur qui pourrait déranger le spectateur. C’est drôlement trop sage alors que l’on doit découvrir les secrets d’un personnage crucial de la saga.

Le seul mystère qui résiste à tout ce long métrage: comment a-t-on fait pour ne pas s’endormir devant ce film joli mais trop ennuyeux pour nous offrir un peu de magie?

Sortie le 13 avril 2022
Avec Jude Law, Eddie Redmayne, Mad Mikkelsen et Ezra Miller

Warner Bros - 2h20

Jewel, Blossoms, Bakar

Bon après toutes les sueurs froides de ces dernières semaines, on peut un peu se laisser aller. On a joué les farouches, les républicains, les progressistes (ou tout l’inverse) mais maintenant on peut avouer nos petits plaisirs coupables et se faire plaisir…

Donc, quand vous en avez marre de tous les gens sérieux qui viennent nous expliquer leur monde d’après, je vous conseille de jeter une oreille du coté du dernier album de Jewel Freewheelin' Woman. Vous vous souvenez de cette jolie blonde qui dans les années 90 avait volé notre cœur…

Non, ce n’est pas grave. Les années sont passées et on l’avait oubliée. Ce qui rend la rencontre encore plus heureuse: elle est devenue une chanteuse de blues assez épanouie. Elle raconte les maux du cœur avec un sens du groove assez impressionnant. On visite cela comme un saloon. Mais celui-ci n'est pas aussi vieux qu’à l’habitude. La voix vibre mais avec des influences jazz ou soul qui font du bien. La midinette surdouée est devenue une chanteuse qui donne le sourire.

Tout comme le dernier disque de Blossoms, Ribbon around the Bomb, qui montre que l’inconséquence peut avoir du bon. Voici donc encore un groupe anglais qui sait vous coller un refrain dans le cerveau en quelques notes. Un de plus. Celui-ci n'a pas réussi à sortir de ses frontières mais cet album va peut être les aider à avoir plus de dates en dehors du Royaume-Uni.

Parce que le disque compile de chouettes chansons. On a vraiment l’impression de les connaître. Elles pourraient être futiles. Mais en jonglant avec les genres typiquement british, de la new wave à la brit pop. les musiciens de Blossoms conservent cette saveur si particulière, entre savoir-faire rustre et justesse lyrique totalement affolante. 

Cela donne un disque sautillant qui rend soutenable notre légèreté de l’être. Il n’y a pas de mal à se faire du bien. C’est ce que cache ce ruban pop sorti d’une autre époque au style intemporel.

Plus contemporain est la musique du très relax Bakar. Un rappeur qui vous prend par la main et vous propose de chiller sous le soleil de printemps. Le flow n’est pas trafiqué. Il chante, discute et se prête presque à la confession. C’est du rap encore une fois britannique. On pense beaucoup à Loyle Carner pour ce rap authentique.

L’agressivité n’existe pas ou peu. Le rappeur diffuse ses sentences dans une musique mélodieuse qui emprunte à l’esprit jazzy. Par son humilité, le disque devient assez spectaculaire. L’urbanité du genre ne l’empêche pas de sentir quelques refrains assez réussis et des rythmes plus sophistiqués qu’à l”accoutumée. En tout cas, lui aussi, comme les deux autres, nous entraîne en toute simplicité loin de tout ce qui nous taquine ces derniers temps. Merci à eux! Vraiment!

Ogre, Arnaud Malherbe

Le film de genre en France c’est un peu comme un Vegan au marathon de la dégustation d’andouillette… contre nature. On ne compte plus les tentatives qui donnent lieu à de grandes déceptions et des nanars parfois inoubliables. Mais de temps en temps, il y a un peu d’espoir.

C’est bien l’impression que laisse Ogre, film d’ambiance plus que d’horreur qui joue bien avec les codes et les clichés. Une jeune institutrice débarque dans un petit village français bucolique avec son fils de 8 ans. Ils fuient le souvenir d’un père violent.

Tout le monde est charmant sauf quelques chasseurs qui s’inquiètent d’une vilaine bestiole qui s’en prendrait aux moutons. Le médecin de campagne est plutôt beau mec. Tout semble être parfait. Mais une présence mystérieuse semble effrayer l’enfant…

Et la mère va mettre pas mal de temps à comprendre qu’il y a dans la forêt, une créature étonnante. Arnaud Malherbe va prendre son temps pour créer une atmosphère mouvante. Il prend les images d’un petit village bien de chez nous pour en faire un lieu inquiétant et assez cinématographique. Dans ce sens, le film est réussi: la fiction aspire une image d’Epinal pour un faire un objet horrifique qui a plutôt de la gueule.

Hélas, les meilleures intentions se fracassent sur un final assez décevant qui tarde à arriver. Malherbe se laisse bercer par l’ambiance de son film et oublie de nous guider. Les images sont aussi magnifiques que l’actrice principale mais on s’ennuie assez poliment. Malgré son monstre, le village de Ogre est encore trop tranquille pour réveiller le cinéma de genre bien de chez nous!

Sortie avril 2022

En corps, Cédric Klapisch

Cedric Klapisch est le mal aimé de la critique française. On lui reproche un trop grand sentimentalisme. Un penchant pour l'image trop léchée. Une certaine insincérité dans sa mise en scène. Le réalisateur de L'Auberge Espagnole est rarement épargné.

Il faut le dire: de temps en temps, c'est mérité. Mais il y a d'abord chez Klapisch, un truc que peu de cinéastes ont: le goût des autres. Son cinéma est généreux jusqu'à la nausée. C'était le cas de son précédent film, Deux Moi, grosse niaiserie parisienne. 

Ici, il y a une nette amélioration. Il a toujours cette passion d'un Paris de carte postale mais il a une surtout un sujet qui accapare tout de suite l'attention: la belle Marion Barbeau, danseuse et actrice. Jeune, délicate, touchante, elle charme en un clin d’œil et deux entrechats.

Elle est donc Élise, danseuse à l'opéra qui se blesse gravement après une chute et doit repenser son avenir. Un moment difficile que Klapisch prend à la légèreté. Il ne sait pas faire autrement et cela va se révéler payant. C'est du quasi jemenfoutisme qui fait bien en ce moment. Voilà un film qui appelle au lâcher prise, à la remise en question par la fête, les amis et l'abandon à l'art.

Ce n'est pas d'une grande subtilité mais Cédric Klapisch semble vouloir mettre de l'ordre dans nos têtes. Il balaie à grandes eaux les amertumes et les drames de l'existence. Il faut voir comment il maltraite les amoureux transis et les pères perdus. Les soucis, il faut les ignorer et se recentrer sur la joie, le plaisir mais aussi les autres. 

Un discours qui a donc sa place au cinéma mais pas du tout en politique, sujet omniprésent qui sèche sous nos chaussures. En Corps nous fait revenir à l'essentiel. Klapisch sait faire cela: donner vie à un groupe, entrecroiser les rêves et les désillusions, trouver le rire dans les rapports humains. Savoir sourire. A défaut de savoir danser, c'est déjà pas mal!

Sortie 10 février 2002
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Les Aventures de China Iron, Gabriela Cabezon Camara, 10/18

Martin Fierro est un grand classique de la littérature argentine ; un poème épique écrit par José Hernandez (1834-1886) et paru en 1872.

Là comme ça, je fais le malin, mais en réalité je n'avais jamais entendu parler de Martin Fierro avant de lire la quatrième de couverture des Aventures de China Iron, un roman signé Gabriela Cabezòn Camara, qui vient de paraître en poche chez 10/18 et qui revisite le mythe de façon farouchement féministe.

China, une orpheline indienne, est recueillie par un couple de noirs. Un soir, elle est donnée en paiement d'une dette de jeu par le mari à Martin Fierro (le fameux, donc).

"Ce vieux fils de pute m'a jouée au truco, Fierro a gagné et à eux deux ils m'ont emmenée par les cheveux à l'église, deux chevaux ont galopé jusqu'à l'exténuation, et ils m'ont mariée. J'ai cessé de parler. Je ne pouvais rien y faire." (page 92)

La voici, à quatorze ans à peine, mère de deux enfants. Par chance, la conscription passe par là et la libère de son mari. S'étant délestée de ses enfants, mais pas de son chien nommé Estreya, China part sur les routes où elle rencontre Elizabeth, une anglaise au port aristocratique qui l'accueille dans une charrette digne du sac de Mary Poppins.

"Quelques jours de charrette, de poussière et d'histoires auront suffit à faire de nous une famille." (page 42)

China est ignorante et Liz lui permet de s'émanciper. Elle lui donne un nom, lui ouvre les frontières du monde et lui offre un horizon, un idéal même.

"Chaque chose que je touchais, ou presque, connaissait davantage le monde que moi et était nouvelle pour moi. " (page 68)

Le récit est servi par une langue riche et complexe, l'autrice alterne des phrases longues - si longues qu'il faut parfois les relire pour les bien comprendre - avec des rafales de phrases courtes et percutantes. Elle mêle également sans vergogne les langues anglaise et espagnole.

" Soudain, tout se calmait, les herbages suspendaient leur va-et-vient - dans les pampa, l'herbage se berce comme les flots -, le silence tombait pesamment sur chaque chose, un nuage noir qui semblait lointain nous couvrait en quelques instants avec ses volutes de gris presque obscur et de gris clair brouillées et gonflées d'imminence, malgré la douce texture qu'elles montraient à nos yeux, nous qui marchions sur la terre, et en peu de temps, celui qu'il nous fallait pour ranger la future viande séchée dans la charrette, elles s'effondraient violemment sur nous, elles éclataient avec véhémence en grillant les arbres et parfois les animaux." (page 65)

Gabriela Cabezòn Camara est sans conteste une écrivaine d'une grande exigence et d'un certain talent (y compris pour les scènes de sexe qui sont assez réussies). Les Aventures de China Iron n'est pas un de ces romans vite écrit et aussitôt oublié. D'ailleurs, l'autrice finit son récit dans une extase exotique, blasphématoire et poétique, à grand renfort de vocabulaire botanique et entomologique (parfois aussi assez indigeste).

"C'est ainsi qu'on a un brugmansia au goût de narã et de mûre, les arbres fruitiers poussent comme des mauvaises herbes à Y pa'û, un thé qui commence par t'aveugler et te plonge aussitôt au plus profond de ton âme, un thé qui t’emmène au centre de l'éclair divin et qui de là te laisse voir que le monde entier est un seul animal, nous et les feuilles d'ypya et les surubis et les kamichis et les girafes et les mantes mamboretà et la passiflore mburucuyà et le jaguar et les dragons et l'opossum micuré et la guêpe camuati et les montagnes et les éléphants et le Paranà et même les chemins de fer anglais et les prairies gigantesques que les Argentins ravagent." (page 205)

Dans ce roman qui tient autant de l'épopée féministes que du western, Gabriela Cabezòn Camara s'attaque joyeusement aux formes classiques de la domination (machisme, colonisation, destruction de l'environnement, genre, tabous sexuels...) et laisse entrevoir qu'un autre monde aurait été possible, eut-il été confié aux femmes.

Je comprends bien le plaisir qu'il peut y a avoir à déconstruire le mythe, que j'imagine volontiers machiste, de Martin Fierro ; mais… Mais quitte à écrire un roman féministe, je ne comprends pas pourquoi Gabriela Cabezòn Camara s'est appuyé sur une histoire ancienne. Pourquoi faire une relecture de Martin Fierro à la sauce LGBTQ+ ? J'aurais préféré que l'autrice raconte, tout simplement, le monde d'aujourd'hui sans ces références que je n'ai pas !

Évidemment, je suis un homme, blanc de surcroit, et c'est donc plein de scrupules et avec un sentiment coupable que je rechigne à aimer cette ode à la diversité. Reste que c'est une drôle d'idée, à mon avis, que de s'appuyer sur une autre œuvre pour écrire un roman.

En tout cas, j'ai hâte de lire un livre 100% Gabriela Cabezòn Camara !

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Guillaume Contré,
Édition L’Ogre et 10/18 pour l'édition en poche

Paru le 7 avril 2022 chez 10/18
216 pages / 7,60€

La quête de l’Orphanus, Viviane Moore, 10/18

Si vous croisez la Quête de l’Orphanus dans un rayon, ne vous fiez pas à votre première impression ; vous dévorerez ce “pavé” aussi rapidement qu’il vous fera voyager … de l’an 960 à nos jours !

Pour le premier tiers ne perdez surtout pas des mains l’Orphanus : le mystérieux fil rouge - disons plutôt ardent - de ce roman historique détient des pouvoirs qui ne vous décevront pas !

Pour la suite, laissez-vous emporter par le charme et les drames d’un « hameau perdu au cœur des Alpes » où la découverte d’un corps superposera époques et générations. Vous entrez maintenant dans un polar aux intrigues et personnages parfois convenus mais indéniablement entraînants et même un peu casse-cou ! Cette fois suivez bien vos guides, ils vous récompenseront avec de merveilleux paysages.

« Le temps de la pierre n’est pas celui des Hommes », certes ! Mais c’est précisément grâce à Viviane Moore que nos lectures parviennent quelquefois à nous rendre intemporels.

Paru le 03 mars 2022
Éditions 10-18
432 pages / 14,90€
EAN : 9782264076328

Zai Zai Zai Zai, Nicolas et Bruno, Fabcaro, Comédie de Paris

Entre deux tours de l’Élection Présidentielle, la lecture vivante de Nicolas et Bruno, les créateurs du cultissime Message à caractère informatif, prend une démesure qui n’empêche pas le rire.

Car les deux auteurs ont plus d’un tour dans leur sac pour actualiser la célèbre BD de Fab Fabcaro. Bien entendu, leurs voix provoquent le rire poli. La lecture de la BD leur permet de transcender les bulles et les cadres de la bande dessinée: l’humour des trois créateurs se conjuguent dans une espèce de magma "non-sensé" qui joue sur tous les tableaux.

Il y a donc cet ennemi public Numéro un en France (pour avoir oublié sa carte de fidélité du magasin dans son pantalon mis au sale) qui a désormais une voix et découvre un rythme à son intrépide cavalcade jusqu’en Lozère. Nicolas et Bruno sont futés: ça va vite et ils respectent avec une vraie gourmandise le matériel d’origine.

Mais ils trouvent aussi leur ton bien à eux et on retrouve tout l’esprit de la Cogip et des Messages. Ils ne sacrifient jamais leur univers. Ils avaient fait la comédie La Personne aux deux Personnes, ils font une pièce à trois auteurs (et il ne faut pas oublier le talent de leur musicien sur scène). On voit sur scène un vrai enrichissement réciproque.

Mais effectivement, comme dans leurs messages, le sens critique se cache derrière le non sens. Il y a toujours quelque chose de politique derrière leurs envies de faire rire et par les temps qui courent, Zai Zai Zai Zai est un objet culturel qui permet de rappeler l’importance de l’art dans la société.

On ne s’attarde pas sur le sujet mais il y a une subtilité que l’on ne trouve pas sur toutes les planches de Paris. L’adaptation nous arrache à nos habitudes et ressemble à miroir déformant de notre époque, toujours croqué avec la bonne humeur et une énergie délirante des deux humoristes, qui enfin se mettent en scène avec une originalité rare.

Rien ne prête à rigoler en ce moment, alors dépêchez-vous de vous faire cueillir par un humour unique en son genre!

Jusqu’au 13 juillet 2022
A la Comédie de Paris

Numéro deux, David Foenkinos, Gallimard

David Foenkinos est un écrivain habile, un auteur reconnu (il a remporté, notamment, le Renaudot et le Goncourt des lycéens, et plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma). Dans son dernier bouquin, intitulé Numéro deux, David Foenkinos imagine la vie de Martin Hill, un garçon qui passa à un cheveu d'incarner Harry Potter au cinéma lorsqu'on lui préféra Daniel Radcliffe en finale du casting.

Manifestement, David Foenkinos cherche à surfer sur la vague Harry Potter et, sans doute espère-t-il ainsi récupérer quelques lecteurs de J. K. Rowling, ce qui n'est pas idiot si l'on a pour ambitionner de figurer dans la liste des meilleures ventes. Il se murmure d'aussi qu'une adaptation au cinéma serait à l'étude. A mon avis, c'est une rumeur infondée qui sert uniquement à la promotion du livre.

Certes, l'idée de départ, l'intrigue, (le pitch comme on dit quand on se veut aussi branché que Thierry Ardisson) est séduisante. Sauf qu'une fois passée la mise en place du personnage - qui est fort bien menée et qui nous accroche agréablement - l'histoire a tendance à tourner en rond.

Certes, ce roman se lit tout seul et n'est pas déplaisant. En vieux roublard de la littérature, David Foenkinos multiplie les accroches (les fameux cliffhangers, comme on dit pour ce genre de bouquin) afin de piquer la curiosité de son lecteur et de le pousser à tourner les pages.

"Il avait raison d'y croire: une solution existait quelque part. il lui faudrait encore du temps, mais il allait la trouver ; et elle serait pour le moins inattendue." (page 162) / "Il comprendrait plus tard pourquoi." (page 172) / "Il lui faudrait attendre encore un peu avant de trouver la solution." (page 205)

L'auteur s'essaie aussi à des formules qui se veulent spirituelles et drôles ("Karim apporta de l'alcool fort histoire d'être plus rapidement faible.", page 206) et nous gratifie de ses considérations mièvres et au ras des pâquerettes sur l'amour:

"Martin avait simplement oublié un élément: il est bien connu qu'il faut arrêter de chercher l'amour pour le trouver." (page 187) / "Sophie devait attendre que Martin fasse le premier pas, sans imaginer qu'en matière amoureuse il n'avait connu que du surplace." (page 208)

S'il était allé un peu plus loin que la simple idée de départ "inspirée de faits réels", David Foenkinos aurait pu écrire un livre bouleversant, un vrai drame. Au lieu de cela, il signe avec Numéro deux un livre divertissant, paresseux et malheureusement peu intéressant. Vous avez sûrement mieux à faire avec 19,50€ que d'acheter ce roman peu inspiré.

Paru le 06/01/2022
Éditions Gallimard, collection Blanche
240 pages / 19,50€

French Touch: Kavinsky, Carpenter Brut, Lewis Ofman

Le peuple français aime la politique. Il n’aime pas les politiciens. Mais il refait le Monde et surtout c’est un peuple qui aime bien se plaindre et jouer la carte décliniste. Pourtant, on est des champions. Pas qu’au foot. Et pas qu’en matière de partis racistes. On a peut-être oublié, mais on est la French Touch.

Daft Punk n’est plus. Il y a encore de solides artisans de l’Électro qui réussissent au delà de nos frontières. C’est le cas du rare et discret Kavinsky. Au hasard d’un film, Drive, l ‘artiste de Seine Saint-Denis a connu un fulgurant succès.

Au point de se cacher durant neuf ans et revenir avec un second disque qui s’annonce comme une suite directe de Outrun. Une fois de plus, l’écriture est très cinématographique et le musicien continue de piller, avec un certain talent, les années 80.

Cela donne des chansons kitsch, entre groove lancinant et célébration de la mythique décennie. Le rythme est nonchalant. Kavinsky n’a pas trop l’envie de faire danser son auditeur mais plutôt de le baigner dans une atmosphère de série B. Ça fonctionne. Synthétique mais efficace.

Dans le genre, on préfèrera l’excellent mauvais goût de Carpenter Brut, fan du grand cinéaste américain et véritable passionné de la série B voire Z avec des expériences visuelles très marrantes et surtout audacieuses.

Il poursuit ici son concept de trilogie musicale en suivant les pérégrinations d’un serial killer. Des nappes de synthétiseurs. Des boucles hypnotiques. Des riffs agressifs. La formule est connue mais Carpenter Brut possède un impressionnant sens du récit. Il confirme tout le bien que l’on peut penser de ce solide artisan de l’Électro teinté d’indus.

On a bel et bien l’impression de se promener au milieu des premiers films d’Abel Ferrara et tous ses polars horrifiques qui prenaient comme décor le New York ruiné du début des années 80. Le musicien de Poitiers ne ménage pas ses efforts pour nous faire goûter le crapoteux, le sordide mais aussi le fascinant.

Moins installé mais plus lumineux, Lewis Ofman a de fortes chances d’être la révélation de l’année. Producteur, il sort son premier disque dont on apprécie obligatoirement la fraîcheur et l’espièglerie. Pourtant ce n’était pas gagné.

Lewis Ofman connaît tous les sons qui accompagnent nos achats dans les grandes enseignes de vêtements. Il a fait de la musique de défilés de mode. Il aurait tout de la petite tête à claques mais le jeune homme fait preuve d’une subtile élégance sur un album qui ne choisit pas entre pop et Électro.

Moins radical que les deux précédents, il réalise de sages chansons mais elles sont douces, amères et très bien réalisées. Les poèmes soniques ne sortent pas des sentiers battus mais ils ont l’aspect rétro qui fait tout le charme de la French Touch. On a donc des airs sortis tout droit d’une comédie romantique des années 70 puis des choses beaucoup plus urbaines.

Lewis Ofman s’offre une liberté en assumant une très grande légèreté, recyclant des modèles éculés. Ses poèmes sont amusants et habiles. On se surprend à apprécier un style souvent caricatural. Les fêtes aux Baléares seraient-elles de nouveau fréquentables?

La French Touch survit donc à ses fondateurs et ses glorieux aînés. Y a tout ce qu’il faut pour oublier le catastrophisme qui hante nos contemporains, des piliers de comptoir jusqu'aux candidats à la Présidence de la République!

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