Spider-Man : across the Spider-verse, Marvel


Venez découvrir Miles Morales, la petit bête qui monte, qui monte, qui monte...
Il nous fait surtout oublier un genre qui tourne en rond et devient le héros d'un film d'animation à l'hystérie graphique qui force le respect. Pas étonnant que les réalisateurs soient au nombre de trois. La surmultiplication des idées explose littéralement à l'écran. Ce n'est pas un film de tout repos.
On ne s'étonne pas de croiser au scénario et à la production les trublions d'Hollywood : Phil Lord et Christopher Miller. En matière de pop culture ils sont imbattables et on les remercie encore aujourd'hui pour Tempête de boulettes géantes et leur adaptation de 21 Jumpstreet ! Face à un mythe comme l'homme araignée, ils n'ont pas froid aux yeux et poussent le concept de multiverse jusqu'au paroxysme. Sans dénaturer la matière première : les enjeux émotionnels d'un super héros. C'est le grand sujet de Spider-man et tous ses clones.
La réalisation délirante se calque alors sur le tourbillonnant quotidien de Miles Morales, tisseur de Brooklyn et adolescent mal compris. Il vit bien dans son époque mais d'autres mondes vont s'imposer à lui et troubler la vie du jeune homme, de sa famille et quelques doubles maléfiques.
Plus contemporain qu'un sage Peter Parker, Miles Morales inspire une mise en scène absolument dingue. Elle est fatigante mais bien dans son temps : rapide, colorée et déstabilisante.
Mais aussi tellement plus intéressante que le moindre super héros apparu à l'écran depuis ces cinq dernières années. Film d'animation, le film a clairement de l'épaisseur. Il souffre d'une longueur inutile mais rafraîchit tous les codes en leur appliquant un traitement de choc. On en prend plein la tronche !
Un troisième volet est déjà en préparation mais ce dessin animé est à tout point de vue différent et doit être vu. Et revu. Jusqu'à ce qu'ils livrent tous ses secrets très inventifs !
Une bonne surprise.
Au cinéma le 31 mai 2023
Sony Marvel - 2h20
Noel Gallagher’s High Flying Birds, The Foo Fighters, Ben Folds

Cette semaine ce sont de vieilles connaissances qui font l'actualité. On le sait désormais : le rock est aussi un truc de vieux ! On aime bien la décharge post-adolescente des premiers albums. On reste dubitatif sur des albums qui se mettent à se répéter mais, de temps en temps, les rockeurs trouvent le moyen de se refaire et retrouver le mojo !

Quand il ne se moque pas de son frère, Noel Gallagher est capable d'écrire de bonnes chansons. On en trouve un certain nombre sur son quatrième album solo, Council Skies.
Le soupçon sur l'artiste : vouloir ressembler à l'un de ses idoles, Paul Weller. Comme lui, l'aîné des Gallagher aime bien triturer son genre de prédilection pour en sortir quelque chose d'original. Ça a donné des trucs parfois psychédéliques ou un peu fumeux. Cette fois-ci il fait dans la douceur. Son disque est tendre, à l'inverse de ses interviews belliqueux.
Avec une pointe de soul music, il fait une fois de plus évoluer son style. Ça fonctionne bien. De Manchester, avec son groupe High Flying Birds, il continue d'étudier et décomposer la musique d'Oasis. Mais il le fait sans mélancolie et avec une vraie amabilité qui s'entend au fil des titres.

Il y a aussi de beaux sentiments dans le onzième album des Foo Fighters. On se demandait comment le groupe allait réagir après la disparition de leur batteur, Taylor Hawkins. But Here We Are est donc la réponse à cette épreuve.
Après la disparition de Kurt Cobain, Dave Grohl s'est fabriqué une âme de guerrier du rock avec les Foo Fighters. Il devient ici une sorte de sage qui affronte la mort une fois de plus avec une énergie brute et lyrique.
On ne change rien mais ça change tout. Avec la tragédie les chansons sautillantes ont évidemment une autre saveur. Le groupe continue de dérouler son savoir faire. Riffs ravageurs, batterie malmené, chant protéiforme... Grohl semble lutter contre les mauvais esprits et résiste de la plus belle des manières ! Le rock des Foo Fighters est mainstream mais particulièrement touchant au fil de ces nouvelles chansons.

Ben Folds ne fait plus depuis longtemps dans le rock (faussement) sauvage. Dans les années 90 avec le Ben Folds Five, il avait fait le lien assez fou entre le grunge et Elton John!
Et le résultat était original. En solo, le chanteur pianiste est devenu l'un des plus convaincants disciples de Brian Wilson, héros torturé des Beach Boys. Il a donc beaucoup freiné le rythme et s'est pris de passion pour les arrangements.
Ses disques sont tous atypiques et souvent passionnants. Son petit dernier (après six de silence) ne renouvèle pas la formule. Une fois de plus elle est peaufinée par Ben Folds.
Tout est donc d'une finesse réfléchie. On adore aussi sa façon de croquer les petites choses de la vie avec ce goût pour la nuance et la mélodie. Il y a peut être un peu trop de nostalgie dans What Matters Most mais sa vision de la musique est quelque chose de rare donc précieux. Comme les autres briscards, leur expérience commence à faire la différence et dans ces trois cas cela réussit bien à leurs nouvelles aventures musicales qui pour une fois ne font pas dans la redite ronflant.
Noel Gallagher's High Flying Birds - Council Skies
The Foo Fighters - But Here We Are
Ben Folds - What Matters Most
Le beau mois de Mai… tal ! Lankum, Rodrigo y Gabriela, Metallica

Le beau mois de mai. La saison triste est derrière nous! Le jour s'impose sur la nuit. Le festival de Cannes va démarrer ! Les péteux vont s'installer sur les gradins de Roland Garros ! Et le Hellfest va rugir de nouveau !
Le métal n'est peut être pas le style de la maison mais il est de bon ton de s'y intéresser. Depuis un an, FIP diffuse une Web radio sur le sujet. Et que l'on n'aime pas les hurlements et matraquage de batteries n'empêchent d'étranges subtilités qui trouvent de l'écho dans nos petites têtes et nos petits cœurs. D'ailleurs les hardos sont réputés pour être de douces personnes en festival ou concert. Un pogo et de la courtoisie : un savant mélange !
Car cette musique de barbares qui va être célébrée au controversé Hellfest (trop gros trop cher trop tout) peut se trouver au delà de ses convention ultra identifiables !

Par exemple, False Lankum le dernier album des Irlandais de Lankum ! Ce que l'on entend : du folk et de la tradition. Ce que l'on ressent : du bizarre et du sombre !
Le quatuor serait un rejeton du Moyen-Age de tous les groupes de métal qui crachent leur malaise et la folie du Monde. Virtuoses avec de vieux instruments sortis d'un bois ancestral, les musiciens de Lankum proposent un style obscur et fascinant.
Les chansons s'articulent sur un côté lugubre que l'on porte peu au folk. On connaît les ballades tristes mais les Irlandais poussent leur musique vers une vraie angoisse qui s'expriment sur des styles plus extrêmes. Pour ceux qui ont peur des décibels. Lankum est une solution.

Si vous vous voulez approcher le style sans trop vous abîmer les tympans ou craindre la foudre, il y a aussi les acoustiques Rodrigo y Gabriela.
In Between Thoughts...A New World, leur sixième album est de nature calme et posée. Ce qui est étonnant pour ce duo qui vient de la scène trash mexicaine. Connus pour leurs reprises acrobatiques de hits du hard rock, ils reviennent avec de nouveaux bidouillages autour de leurs six cordes.
Ça peut être très élégant sur certains morceaux avec des textures de chansons assez expérimentales! De temps à autre on est plutôt dans une bande son d'un film de Robert Rodriguez, entre Desperados ou Machete.
C'est kitsch mais ce n'est pas forcément un mal. Et on sent toujours et encore ce goût pour le spectaculaire venu des années électriques du duo.

Après ces deux étapes exotiques, revenons vers des choses plus électriques et le retour des vieux pistons du métal. Metallica revient et c'est totalement accessible à tous ! Les puristes vont râler une fois de plus mais bon après 40 ans de service, le groupe californien n'arrive plus à sortir la perle noire, concise et agressive...
A la place, on a le droit à un enchaînement de morceaux de bravoure ! Le bassiste nous fait hérisser les poils avec quelques lignes bien écrasantes tandis que le batteur brutalise son instrument avec une impressionnante dextérité.
Les guitaristes se découpent les doigts sur des riffs héroïques et on assiste à un cours sur le tricot métallique !
Comment l'ensemble finit par être un truc harmonieux et abordable ? Lars Ulrich et ses potes ne veulent plus faire peur. Ils défendent leur métal bien sous tout rapport et si ça énerve les anciens, on remercie Metallica de ne pas essayer de choquer le bourgeois. Ça ne serait pas trop crédible.
A la place, des chansons simples et généreuses pour faire des grand huit sonores avec tout le barnum du genre : thématiques glauques, pas de slow et pirouettes électriques assez efficaces! Metallica ronronne un peu trop longtemps mais en ce début de mois de mai, on va commencer mollo, profiter des ponts et si ça vous intéresse jetez une oreille sur la copieuse programmation du Hellfest ... en espérant que cette petite préparation vous aura aidée !
Lankum - false lankum
Rodrigo y Gabriela - in between thoughts a New world
Metallica - 72 seasons
Les larmes du Reich, François Médéline, 10/18


En 1951 dans la campagne française, un couple paisible est retrouvé assassiné tandis que leur fille a disparu. Un étrange inspecteur est dépêché de Lyon pour tenter de résoudre ce crime qui a un rapport avec la Seconde Guerre Mondiale.
François Médéline soigne son écriture et l'on sent qu'il aspire à être un écrivain littéraire. Il ne résiste pas au plaisir coupable de se livrer à des descriptions lyriques. C'est poétique, mais un rien ampoulé.
" La façade drague le midi pour cueillir le soleil de l'hiver. Elle est recouverte d'un ampélopsis pour se cacher de l'été. Par delà reprend la prairie, délimitée par des haies, une charmille de mûriers et puis, il le mettrait à quatre lieues, un massif anthracite dessinant, en son extrémité septentrionale, trois becs de calcaire. " (page 16)
Heureusement, on rentre vite dans son style, et dans le vif du sujet. Très rapidement, on pressent qu'avec son vélo et ses obsessions, le personnage principal, "l'inspecteur", est plus que limite. Et c'est ça qui est bien ! C'est cette étrangeté du flic, du héros, qui rend le livre si particulier et intéressant. Il prie avec bien trop de ferveur pour être catholique ! Le suspens monte efficacement et il vous faudra un peu de patience pour comprendre ce qu'il cherche à résoudre exactement dans cette affaire de double meurtre et de disparition, la clé n'étant donnée qu'à la fin du livre.
Ce roman qui se lit d'une traite est bien fichu et instructif, avec un regard légèrement décalé sur l'histoire de la dernière guerre mondiale. Un petit plaisir, même si le sujet est grave.
Paru en poche le 06 avril 2023
chez 10/18 Polar
192 pages / 7,50 €
Jeanne du Barry, Maïwenn, Le Pacte


Maïwenn, enfant terrible du cinéma français, se dresse un autoportrait qui amuse et agace en même temps. Plaisante reconstitution, Jeanne du Barry serait-il un gros ego trip ?
La réponse est simple : oui. Il y a du Maïwenn partout. La comédienne est de tous les plans. Son énergie est tenace et résiste au ripolinage historique. Pourtant les instincts de la cinéaste sont nettement plus atténués. C’est aussi ce que l’on aimait chez elle.
Ici, tout est compensé par des chouettes ornements. Versailles est un lieu magnifique que la réalisatrice exploite sans retenue. L’image est délicieuse et pleine de détails. On apprécie aussi la douce musique et des cadres au soin royal. On est à mille lieues de Polisse, son coup de maître.
Grosse personnalité, la réalisatrice se filme donc ici sous toutes les coutures. Celles d’une roturière qui va gravir doucement mais sûrement l’échelle sociale pour débouler dans le lit du roi Louis XV. Un type finalement mutique qui s’ennuie dans sa fonction et pleure les drames personnels de sa vie.
Elle le divertit et lui tente d’aimer. C’est une jolie comédie qui se prépare entre Jeanne Du Barry et le Roi de France. Maïwenn a de l’aplomb pour faire face à Johnny Depp, lui aussi figure brisée du cinéma. C’est le problème du film. Il n’existe plus par lui-même mais par ce qu’il se passe en dehors de l’écran. Les deux acteurs sont sulfureux et il est impossible de ne pas faire le lien avec la « vraie » vie. Depp semble amorphe et en même temps cela va très bien au personnage. Maïwenn De Barry rend fous la cour et le système. C’est pareil.
Mais que reste t-il du film en lui-même ? Un beau livre d’images ? Un drame romanesque ? Une guerre de chiffons ? C’est très difficile de savoir. Il y a de beaux moments et des ratages évidents.
Plus troublant : l’œuvre n’est pas du tout féministe. Il faut voir le portrait de femmes qui se succèdent à l’écran : ce n’est pas glorieux. Désolé mesdames ! On devine alors l’envie plus individualiste de la comédienne réalisatrice.
Alors oui, il y a de l’énergie qui fait plaisir à voir dans ce genre de spectacle poudré mais le parasitage de la fiction par la réalité finit par nous arracher à l’émotion qu’aurait pu être le film. C’est dommage.
Sortie le 17 mai 2023
Avec Maïwenn, Johnny Depp, Benjamin Lavernhe et Pierre Richard
Le Pacte – 1h56
C’est qui qu’a fait quoi ? Julie Estève, Pascal Demolon, l’Oeuvre


C’est une performance d’acteur. Pascal Demolon, second rôle à l’œil pétillant, se livre pendant une heure quarante à un exercice de haute voltige. Il interprète plusieurs personnages. Il parle avec une chaise. Il devient une mobylette. Il fait passer des émotions à travers des esquisses de personnages pathétiques.
C’est un seul en scène qui ne veut pas se laisser aller à la facilité. Pascal Demolon grimace, éructe ou crache mais pourtant, l’histoire qu’il nous conte va se révéler au fil des minutes beaucoup plus nuancée.
Toto est un drôle de gugusse qui s’ennuie dans son petit village. Il a des copains bizarres et craque pour Florence. Cette dernière sera retrouvée morte : il sera le suspect idéal. Mais le simplet va tout de même enquêter sur cette tragique disparition.
On fonce dans un univers rural et pourtant marginal. Pascal Demolon convoque Les Valseuses ou Les Démons de Jésus, deux films sur les décalés, les simplets ou les loubards. La pièce est une adaptation d’un roman de Julie Estève qui observe un petit microcosme bien sombre et toxique.
Alors Pascal Demolon passe de la dérision et l’humour à la sidération et l’émotion tranchée. Pas toujours facile de suivre le fil de son triste héros, mais il parvient à tendre un suspense qui s’éparpille puis se recompose soudainement. Comme son héros, il tente un jeu avec le spectateur.
Ça marche. On est parfois pris au dépourvu. On a tout à fait le droit d’être déconcerté. Mais cette drôle d’enquête remue. Il faut digérer mais la performance du comédien, cette digestion de personnages meurtris et cette énergie sur scène… non, cette pièce est un peu plus qu’une performance d’acteur. Un souvenir qui se médite. C’est pas mal déjà !
Jusqu’au 1er Juillet 2023
Théâtre de l’œuvre
D'après Julie Estève , mis en scène par Pascal Demolon et Bertrand Degremont
Les Gardiens de la Galaxie volume 3, Studios Marvel


Cette saga estampillée Marvel a un grand mérite dans la grande farandole des super héros : elle a du caractère. Elle a du style. Elle a une attitude. Alléluia !
Elle le doit essentiellement à son metteur en scène, James Gunn. Petit artisan de séries B (et Z) dans les années 90, il est désormais le nouveau boss pour remettre en route d’autres franchises en collants ou latex : Batman, Superman etc. vont être sous sa production.
De Marvel, il est donc passé à la concurrence, DC Comics mais cela prouve bien que James Gunn a une grosse personnalité pour performer dans cet univers qui commence à ennuyer tout le monde. Hollywood ne sait plus quoi faire de tous ces super héros devenus si ordinaires. Ce dernier volet des Gardiens de la Galaxie ressemblerait donc à une grosse carte de visite !
Car James Gunn est un sale gosse, à la manière d’un Joe Dante dans les eighties. Il y aura du spectacle. Il va vous ébahir avec des dialogues succulents et des effets spéciaux incroyables. La bande son est, comme les précédents films, un jukebox pour vous hérisser les poils. Et bien entendu, de l’action, il y en a en pagaille !
Et puis derrière le cinéaste va gentiment se moquer de l’Amérique qui encense tant ces irréprochables êtres vertueux et virevoltants. Et c’est bien là que James Gunn, reste ce rigolard un peu anarcho, qui gratte le vernis de l’American way of life comme il le faisait avec Horribilis, film d’horreur qui reste sa matrice artistique.
Dans ce troisième volume, nos Gardiens de la Galaxie ont plutôt le spleen lorsqu’ils se retrouvent face à un nouveau méchant horripilant et grimaçant qui rêve de perfection et de monde idéal. Ils ne sont plus les pirates de l’espace flamboyants de leurs débuts. Et c’est justement cette mélancolie qui fera la différence dans ce film malgré tout épique.
Car Gunn développe des personnages moins lisses qu’avant et les emporte dans des aventures rythmées, colorées et ironiques. On appréciera d’ailleurs une lecture biblique assez rock’n’roll mais assumée de ce nouvel épisode. Ça ne faiblit pas malgré quelques longueurs autour du personnage velu de la bande, Rocket.
Dans toute cette débauche, les héros parviennent à exister et en ce moment, à Hollywood, cela relève un peu du miracle. La messe est dite pour ces héros galactiques. Ainsi soit-il. Et on suivra d’un œil amusé les prochaines créations d’un auteur qui n’a pas vendu totalement son âme au diable !
Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Karen Gillan et Dave Bautista
Marvel studios - 2h30
Hanna Bervoets, Les choses que nous avons vues, 10/18


Le spleen contemporain poussé à l’extrême par une star de la littérature hollandaise. Heureusement que ce roman est court !
Le grand frisson qu’offre Hanna Bervoets réside dans ce sens de l’épure. Heureusement d’ailleurs. Sur un autre média, son livre serait un film d’horreur ou de terreur. Ou les deux!
L’idée est d’une simplicité redoutable: Kayleigh est embauchée pour être modérateur de contenus. Pour faire simple, la jeune femme découvre qu’elle classifie en réalité la tristesse du Monde, les actes désespérés et des monstruosités affolantes.
Face à cela, elle doit rester le plus neutre possible et juger si telle ou telle vidéo peut rester sur un réseau social ou disparaitre. Mais il y a des règles. Des centaines. Et certaines soulignent bien l’ignominie et le cynisme du système.
Vous l’aurez compris: Les Choses que Nous Avons Vues n’est pas une franche comédie. L’auteure condense toute la violence d’un tel métier et toute l’inhumanité qu’il est demandé désormais aux contemporains des réseaux plus si sociaux que ça.
Bervoets ne va pas aller vers la grande démonstration ou virer vers le thriller (on le pense à certains instants). Au contraire, elle observe son héroïne qui va se dépatouiller comme elle peut avec son quotidien professionnel.
Petit à petit, l’absurdité pénètre la vie de Kayleigh. En tombant amoureuse d’une de ses collègues, elle verra ses sentiments mis à mal par un boulot que l’on peut qualifier d’affreux et montrera comment l’amitié de certains va se transformer en animosité bien compréhensible face à l’horreur numérique.
Le discours sur le monde moderne n’est pas nouveau mais Hanna Bervoets frappe fort avec une rapidité salvatrice. Elle ne traîne pas. Elle va à l’essentiel. Pas le temps de s’apitoyer: dénoncer semble une obligation. Percutant !
Paru le 16 mars 2023
chez 10/18 collection Littérature étrangère
133 pages / 6,90€
Noëlle Michel (traduction)
A l’extrême, John Krakauer, 10/18


Auteur de Into the Wild et Tragédie à l’Everest, l’écrivain Jon Krakauer est obsédé par la nature, sa force, sa férocité et son rappel constant de la prétention de l’Homme.
A l’extrême continue de nous plonger dans cette solide obsession. Alpiniste et écrivain, Jon Karkauer a tout connu et n’a pas envie de rendre la tâche facile aux sportifs : ses papiers sont souvent des piqûres de rappel.
Il n’a pas de problème à raconter des drames sportifs qui relèvent presque du fait divers. Jon Krakauer aime décrire les fascinations des hommes pour la nature. Il dépeint le monde du surf et l’alpinisme avec une minutie et une clairvoyance rares.
Cette compilation de papiers écrits pour des magazines spécialisés souligne une solide ténacité : Jon Krakauer ne va pas vers le romantisme. Il ne fantasme pas le monde sportif. Bien au contraire. Il n’y a cependant pas d’aigreur ou de dénonciation. Il rappelle juste que c’est toujours dangereux de s’approcher d’une vague monstrueuse, de se promener dans l'Arctique ou de monter sur tous les toits du Monde.
L’aventure a un coût. La mort rôde dans les paysages fantastiques et les odyssées physiques. Krakauer, par son expérience, est un spectateur idéal qui raconte merveilleusement bien les grandeurs et les décadences de héros qui n’en sont pas.
Ce n’est pas une lecture triste : c’est juste un type qui détricote les mythologies autour des exploits et ne peut s’empêcher de rappeler que l’Homme a ses limites et la nature, beaucoup moins.
Paru le 16 février 2023
10/18 Non fiction
166 pages / 7,50€
Traduit de l'américain par Nathalie Serval
Julie Gasnier, Clair, Voyou

Il faut cultiver notre jardin! Les dernières paroles de Candide, héros du conte philosophique de Voltaire nous évoquent une possibilité de calme, de quiétude et de bien être. Tout en travaillant. En cultivant, peut-être, un art de vivre.
En face de tous les troubles qui nous titillent depuis des mois, rien de tel qu’un jardin pour s’y ressourcer et s’y épanouir. Pour ne pas s’user à des débats ou mésaventures vaines, un petit bout de terre peut nous faire retrouver le goût des bonnes choses.
Il y a des artistes chez nous qui fonctionnent un peu comme cela. Ils s’accrochent à l’hédonisme ou à une forme épicurienne de la musique. Ils ne veulent pas forcément répondre aux conventions et se cherchent un petit lieu bien à eux où ils expérimentent leur musique, atypique et bien souvent accueillante. Voici donc trois endroits bucoliques, vivants et rieurs qui s’écoutent.

Julie Gasnier possède un joli terrain fertile et d’une originalité folle. Il ne faut pas compter sur elle pour faire comme les autres. Ses orchestrations sont farfelues et servent des textes qui trouvent une densité étonnante.
Pourtant le style serait presque minimaliste. Et au bout des treize chansons de son album on est stupéfait par l’ampleur des sons. L’habileté de la jeune femme impressionne dès la première écoute, qui nous ferait croire à une folkeuse évaporée.
Feux de Nuit nous éclaire sur une artiste qui ne semble avoir peur de rien. Elle ne choisit pas la facilité mais se régale à nous surprendre. Les musiques frôlent des mots pour les rendre plus forts. On se fait bercer par sa poésie délicate et en même temps, très terre a terre. Du Sommet, De son bec, Ma Plaine ou Qu’il pleuve, voilà des titres qui en disent long sur son rapport à la nature et toute l’inspiration que ça provoque chez cette chanteuse surprenante.

Encore plus abordable semble être la sautillante Clair qui vous invite pour son premier effort dans sa Maison Magique. Là encore, c’est une bouffée d’air frais mais on reconnaîtra la patte du jardinier : Philippe Katerine.
Avec Clair, on retrouve un potager de pop rétro et rigolote. Le producteur continue à creuser dans son style entre humour vintage et efficacité redoutable et ne gomme pas cependant la personnalité de son ancienne choriste, Clair et sa voix séduisante.
On tombe facilement amoureux de la propriétaire de cette Maison Magique qui se trouverait vers Saint Gilles Croix de Vie selon les sérieux indices laissés sur le disque. Elle profite des petits riens, d’une fausse désinvolture pour nous faire apprécier de petites chansons subtiles, qui lorgnent sur une pop quasi californienne et captent une candeur bienvenue et bienveillante.
N’hésitez pas à vous installer dans son jardin face à la maison, dans un transat avec la ferme intention de ne rien faire. Ce disque est une invitation au farniente !

Mais s’il faut se perdre quelque part en ce moment, c'est dans Les Royaumes Minuscules de l’inévitable Voyou. Là encore on devine une proposition pour s’échapper de tout ce qui vient nous agresser.
Le Nordiste se prend désormais pour Thomas Fersen. Les animaux, leur observation lui donnent des idées et elles sont souvent charmantes. Il nous faisait penser à un Souchon hype ou un Dick Annergan français ; désormais il est un entomologiste qui se révèle être un ethnologue.
Sa musique continue de fanfaronner mais le regard du musicien est d’une poésie raffinée qui emberlificote le sort des hommes à son environnement. La légèreté ne veut pas dire la vacuité : son attention au monde qui l’entoure fait de Voyou, un vrai troubadour habile, rusé et amusant. Son royaume est joyeux, luxuriant et gentiment rétro. Les arrangements sont cultivés avec méthode et finesse.
Il nous faut cultiver notre jardin. C’est ce que font avec passion ces artistes, véritables pépiniéristes de la chanson française.
Julie Gasnier - Feux de Nuit
Clair - La maison Magique
Voyou - Les Royaumes Minuscules




