Chanson d’actu: disparition de Chris Cornell

La mécanique des jours

Face à l'industrie du disque très frileuse, des types comme Jeanphilip font plaisir à entendre: un rock sans concession, qui ne veut rien lacher et qui chante avec ses tripes: décidément Québec est l'Eldorado du rock en version française!

Il roule effectivement des mécaniques! Jeanphilip aime les riffs qui rongent les guitares et des rythmiques très américaines. Pour lui, le rock ca cogne. C'est de l'énergie. C'est un moment de vérité. Canadien, Jeanphilip a cette double culture entre le rock nord américain et la chanson française.

Il n'a pas peur (comme beaucoup de ses camarades québecois) d'assumer cette passion franco américaine. Sur son disque il y a de jolis clichés de Paris mais ce chanteur n'est pas un enfant de Barbara ou de Bobino. Avant de souligner ses sentiments, le gars aime sortir les tripes!

La mécanique des jours est donc basé sur un moteur nourri par deux essences. La carosserie de l'ensemble est très américaine. En version française, cela fait du bien de voir qu'il y a des personnes qui n'ont pas peur de rougir face aux voisins américains.

L'adjectif c'est "efficace" mais heureusement les paroles sont elles aussi sensibles, personnelles et précises. On oublie les références car le binoclard réserve des surprises avec des titres sacrément tendus qui dépassent la démonstration de forces!

C'est le rock engagé, intime et urgent qui explose dans ce disque. Solide, La mécanique des coeurs, fait battre le notre avec sa fabrication sincère et sa science électrique. Ce n'est pas nouveau, mais franchement, qu'est ce que c'est bon!

Bunker d'auteuil - 2016

chansons d’actu: Début du festival de Cannes

Alien Covenant

Ridley Scott n'en finit pas de recycler son magnifique monstre qui date tout de même de 1979. Est ce vraiment une bonne chose?

On ne parlera pas ou peu de Prometheus qui voulait initier une nouvelle saga autour de la créature baveuse la plus célèbre du cinéma. Parfois grandiose, parfois raté, cette préquelle avait plutôt déçue mais cela a décuplé l'envie de Ridley Scott de continuer à raconter la genèse du monstre.

Dans les interviews, à 80 ans, il dit vouloir faire encore des films sur le sujet. En attendant voilà donc la suite directe de Prometheus, Alien Covenant, un titre qui montre bien qu'ici il y aura du métamorphe et ca ne va pas rigoler. Mais est ce bien que Scott s'acharne sur sa création et sa créature?

Car on a le droit de se poser des questions sur l'ambition artistique d'un cinéaste admirable. Il a des défauts mais il s'agit tout de même d'un auteur important, originale et formaliste. Il a toujours tenté des choses. Il n'aime pas le confort et on aime ses erreurs autant que ses réussites. On lui doit quelques mythes mais le temps passe et l'envie de nouveauté lui échappe.

C'est ce que pourrait prouver ce nouvel épisode. Pourtant l'auteur ne trahit pas la science fiction. L’interrogation sur la création, la créature et bien entendu le créateur. La première scène est belle, dépouillé et résume parfaitement l’ambition philosophique du film. Bah oui, Alien Covenant ferait plus dans la science-fiction que dans l’horreur.

Les fameux monstres mettent du temps à arriver et fait de ce volet un film assez bavard. Il recycle abondamment tout ce qui a été fait avant. Il y a pas mal de citations autour du second volet, le plus guerrier et technique signé James Cameron. Mais Scott, à bientôt 80 ans, n’oublie pas d’être un cinéaste sceptique et un peu dépressif depuis le suicide de son frère, Tony Scott, lui aussi responsable de nombreux blockbusters.

Ce qui donne un ton ! On n’a plus l’habitude d’une œuvre qui refuse l’humour. C’est aussi un film d’action mais la violence n’est pas seulement graphique : elle est intime. On doit hélas supporter des personnages un peu trop stéréotypés. Pourtant il y a une vision mélancolique des relations humaines, puisque les spationautes sont tous des couples : la rencontre avec la bête affreuse n’en est que plus rude car chaque victime est liée à une autre.

Il y a des idées comme celle-ci qui rendent le spectacle exaltant mais il y a aussi un cahier des charges que l’on finit par connaître par cœur au bout de six épisodes et des variantes en tout genre. On appréciera, entre autres ,la confrontation entre deux androïdes, joués par un glaçant Michael Fassbender, la description d’une civilisation morte et des décors magnifiques d’une nature elle aussi morte, qui montre un Ridley Scott triste mais tenace, toujours en forme pour une mise en scène presque enragée.

Il n’y a plus l’équilibre des débuts où il y avait presque une notion de conte avec une princesse et un dragon dans l’espace. On assiste à un ripolinage un peu maladroit, parfois brillant autour d’une créature qui restera de toute façon, après tous les traitements possibles, un visage unique de la terreur au cinéma. Et les humeurs de Ridley Scott n'arrivent pas à la démythifier. C'est déjà ca!

Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup et Danny McBride - 20th century fox - 10 mai 2017 - 2h

Chanson d’actu: le nouveau gouvernement

Chanson d’actu: l’heure du choix

Death Song

Les Black Crowes, les Black Keys, tout ce qui est black est souvent très électrique... et bon. La preuve avec ce cinquième album des perchés Black Angels!

C'est du rock vieillot, sorti du grenier! Ce sont des orgues hammond qui prennent de la drogue. Ce sont des guitares qui rentrent en fusion sur des riffs abrasifs. C'est une basse lourde qui s'assoit sur une batterie cognée. C'est une voix qui joue autour des échos musicaux.

Bienvenue encore dans le monde merveilleux du Psychédélisme, rock qui hésite entre le trip et les tripes. Dans le cas des Black Angels, ils ne choisissent pas. C'est du rock qui a une âme. En un seul morceau, les anges descendent sur Terre pour envenimer les régles du rock de papa.

Venus du Texas, les rockers ailés apportent une force au style assez surprenante. Ils viennent vous chercher et vous embarquer dans une promenade diabolique dans la musique américaine, où les doutes de notre époque ne sont pas cachés par la démonstration des musiciens.

Car les guitaristes sont extrêmement doués pour des pirouettes bien lovées. Les rythmiques savent devenir hypnotiques sans être soporifiques. Et la voix qui fait dans le masculin féminin n'a pas peur des murs de son qui se fabriquent à toute vitesse.

Fans déclarés du Velvet Underground, les Black Angels ne peuvent pas renier leur héritage texan (si vous voyez trois zozos barbus prévenez nous, on les aime bien) et c'est ce mélange qui fait tout le charme psychédélique de ce groupe qui sait tendre les muscles mais le fait avec une intelligence d'écriture qui n'est pas si commune dans le genre. Avec eux on redécouvre les reverb et les échos. Petit miracle, mais miracle quand même!

Partisan - 2017

Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent

Un poème, Egalité de papier, débute ce disque d'une femme courageuse. Un moment de rage et d'élégance. Un état des lieux rude mais de la douceur dedans. Samuele est une guerrière. Et une excellente découverte!

Au Canada, on n'a pas froid aux yeux. On s'approprie les styles sans converger, sans détour. Au Canada, les femmes savent faire du rock et ne veulent pas ressembler à Céline Dion en roucoulant des paroles insipides. Samuele est une Canadienne qui sait qui elle est et elle l'affirme sur un très bon album.

Après son discours courageux sur la condition féminine et son expérience, elle enchaine sur de bons gros riffs qui ne déplairaient pas à Keith Richards ou Tom Waits. C'est un blues de détraqué où on se rend compte que Samuele est une écorchée.

Ce que va préciser le plus calme Coeur de Tôle. Et la suivante. Et la prochaine. Les titres se suivent, ne se ressemblent pas forcément mais surtout batissent une maison du blues très agréable. Elle est là la Montréalaise, fabriquant son histoire avec des bases solides et une guitare écho de ses doutes, sa révolte et ses joies.

Elle évite les clichés du féminisme en les mélant à une musique qui se révèle sensible à ses envies. C'est assez flamboyant. Une habitude chez les rockeuses d'Outre Atlantique. Samuele pourrait être la cousine de Marie Pierre Arthur, fantasme pour les franchouillards de la rockeuse idéale!

Samuele est douce mais aime bien faire déborder le rock vers des moments rageurs et passionnants. Chaque chanson répond à son âme. On est bouleversé. On est chahuté. C'est un rock qui ne laisse pas indifférent. L'accent et la voix sont séduisants. Des notes qui se lie habilement à un combat personnel, inspiré et féministe, ca ne s'oublie pas comme ça!

C'est vrai qu'elle va où elle veut! Elle a bien raison: on la suivra partout! Les yeux fermés! Les oreilles grandes ouvertes.

In tempo Musique - 2017

Manu, Marine, Brigitte et Jean-Michel Perlimpinpin

Aaaaaaaaallllloorrrrss là y’a du monde hein, ah ça, pour se foutre sur la gueule depuis 6 mois avec les #jesuistrucmuche bien mais alors bien bien derrière nous, pour critiquer l’âge de Brigitte quitte à passer pour un gros beauf misogyne mais comme les copains du bistrot disent pareil alors tout est permis, pour s’envoyer des bâches par Facebook interposé à grand coup de « fumier de facho » « ouais bah toi t’es un mouton ultra libéral » « ouais tu vas avoir bonne mine avec ta Marine qui va te faire avancer à la baguette » « pauv con » « pauv con aussi » « bon bah à samedi chez tata » « Ok bises ».

Ahhhhhhh, y’en a du monde pour vouloir le retour à l’ECU du Franc, à l’ancien Franc, au Franc Suisso-Norvégien ou au Franc Coréen même s’il le faut puisque la dingue l’a dit, pour dire de Valls « ouaaaaiiiissss sale traitre » alors que c’est juste une recherche d’emploi légitime, pour s’avancer à de grandes phrases philosophiques comme « même au Fn y’en a ! Regarde Philippot ! De toute façon les nanas c’est toutes des gonzesses ! »,

Ahhhhh çççaaaa, qu'on le veuille ou non, c'est quand même dingue le nombre de français qui passent plus de temps à beugler sur tout, à être des sachants sans savoir, à se morfondre dans le "c'était mieux avant" et à se complaire dans l'étroit...le tout sans jamais cligner d'un œil pour contribuer à faire avancer le pays. Ahhhhhhhhh ce #jesuisMaGueule qui devient très mais alors très très  irritant, confins consternant, pathétique affligeant.

Ahhhhhh, yyyy’en a du monde le 7 mai au soir pour voir le quinquennat qui commence avec un concert de Magic System au Louvre alors que Sylvie Vartan et Michelle Torre étaient parfaitement disponibles et que, pour des questions uniquement de syntaxe, de grammaire, de conjugaison et plus simplement de « faut pas déconner quand même » personne n’a demandé à Jul. Mais par contre y’a personne non plus pour poser officiellement sa candidature au Ministère de la Programmation musicale des Grands Événements, alors que merde quoi !

Ahhhhhhh, elle est pas là la Fédération Française de Punchline pour revendiquer le désormais fameux « c’est de la poudre de Perlimpinpin » de Manu Macron et encore moins pour lui fournir une liste de mots/répliques basés sur des termes de 2017 et bannir définitivement les meilleures vannes de mon arrière-grand-mère.

Ahhhhh, il est resté bien planqué le consortium de scientifiques qui a annoncé la découverte du concept du vide intersidéral et qui aura désormais un nom : Marine Le Pen ! Après le visionnage du débat d’entre deux tours.

Ahhhhhhh, ça personne ne s’étonne que depuis le dimanche 7 au soir, ça flotte dans toute la France, que les vignes gèlent, que le temps varie comme jamais, alors que pour un mois de mai, hein, pour un mois de mai, hein, merde alors.

Ahhhhhh, maissssss comment elle va au fait Pénélope ?et Philippe Poutou, ça y est, il a repris le taf ? Et sans déconner, il y croyait vraiment Asselineau le coup du « je serai au deuxième tour » ? Et Nicolas, ahhhhhhhh, Nicolas Dupont-Aignan, le mec qui a du pif, qui a du flaire, the king of the tarin, droit dans ses bottes, l’homme des grands choix, du pas rampant pour deux sous, ahhhh ça non, le mec qui devait forcément hésiter entre la corde et le gaz depuis pas mal de temps pour s’auto assassiner à ce point, à se flageller lui-même, à foncer droit devant, « atttttteention Nico y’a un mur, tu vas te péter le nez à vie !!! » « M’en fous j’sui un déglingoo foufou, j’y fonce, j’y vais sans protection, même pas mal, aie putain mon nez, l’est pété » « Bah oui mon gars…bah oui ».

Ahhhhhhhhh, on les a kiffés nos Insoumis, nos pas d’accord, nos chers ni-ni, nos « non mais nous bah ouais quoi, on est des ultra libres penseurs, à tel point qu’on fini par plus penser, enfin on sait pas, enfin si, enfin non faut faire barrage à Le Pen mais faut pas voter Macron, donc on va pas voter » « Bah oui mais ça va avantager Le Pen ça » « Ouais bah elle on n’en veut pas » « Bah faut voter Macron alors » « Bah non » « Bon bah merde alors t’es chiant »…et oui, la France s’apprêtait à choper le Sida de la démocratie, et les Insoumis aimaient à nous conseiller d’y aller sans capote car eux de toute façon ne baisaient plus.

Ahhhhhh, et le reste alors, aahhhhh bah on ne sait plus, bah on s’en cogne, bah mais qu’est-ce ça me foutre moi puisque j’ai eu mon prêt pour ma baraque, j’ai un barbecue tout neuf et mon carré de jardin est bien tondu, alors hein, le Venezuela c’est loin, la Syrie, bah euh comment dire, la quoi, connais pas !

Ahhhhh, c’était beau, ahhhhh, c’était bien, ahhhhh, on a tous pu s’exprimer, ahhhhh, on a tous pu mettre un petit commentaire sur les Facebook Live lors des meetings diffusés en simultané sur BFM TV, l’œil vaseux arrogant d’un côté, la tablette en sniper de l’autre, une photo de profil mode la roumaine à gros boobs qui a joué dans Gang Bang à Budapest, à fond la caisse dans les emoji de mécontentement, de « wow love », de « haaaannnn mé Macron il a maime pa de programe, enfain si, mé si vou regarder et lisé ma écriture, vous voyé bien que cé pas gagniez pour moua de lire un programe ! Vive Marine toute Manière ! ».

Ahhhhh, c’était beau, ahhhhh, c’était bien, ahhhhh, on a kiffé, hein mon lapin, hein Jean-michel Perlimpinpin.

J’vous embrasse.

 

Enfants Terribles

La génération Youtube renverse un peu les conventions du rap français. La preuve avec Columbine, sales gosses qui se racontent sans détour, mais avec un peu trop d'autotune

Les petits gars de Columbine ressemblent à des ados comme tous les autres. Eux aussi, ils ont grandi avec internet et la télé réalité. Ils ne jurent que par les réseaux sociaux. Columbine sort un disque aujourd'hui mais c'est un support comme un autre pour ses Bretons qui ont trouvé peut être de la potion magique.

Leur rap est étrange. On peut le dire: c'est du baroque! Ca part dans tous les sens et c'est totalement bizarre. Le flow des garçons n'est pas habituel. Ils ringardisent PNL en quelques titres. On a le droit de penser qu'ils utilisent un peu trop l'autotune mais leurs parolent compensent largement quelques faiblesses de production. On penserait même à une version urbaine de Fauve. Bien entendu ils sont branchés cul et bitume mais ce n'est pas comme d'habitude!

Connu pour ses clips et admirés par les lycéens, Columbine est un truc de jeunes. Pour les plus vieux, on a peut être du mal à comprendre. Ils sont déconcertants. Pourtant leur rap a quelque chose de particulier. C'est un truc flottant où le quotidien cru est transcendé par quelques mots bien placés.

Il y a bien de la poésie dans ce bricolage sonore parfois agaçant, parfois réjouissant. Ils sont sincères et nous rassurent un peu sur l'état du rap français, spécialiste de la gonflette et de la révolution de la beaufitude. Lujipeka et son collectif profitent d'une certaine candeur. Copains du lycée, ces jeunes adultes ne trainent pas leur amertume: ils la transforment et la malaxent dans un dédale de rythmes. Originaux, les enfants terribles sont aussi rassurants!

VMS - 2017

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