Composer en danse, Yvane Chapuis, Myriam Gourfink, Julie Perrin, Les presses du réel
Mar30

Composer en danse, Yvane Chapuis, Myriam Gourfink, Julie Perrin, Les presses du réel

Dix chorégraphes dressent une cartographie de l’écriture de la danse où nous sommes invités à voyager, de verbes en actions, d’expériences en pratiques. « Mais quand on n’est pas un danseur ; quand on serait bien en peine non seulement de danser, mais d’expliquer le moindre pas ; quand on ne possède, pour traiter des prodiges que font les jambes, que les ressources d’une tête, on n’a de salut que dans quelque philosophie », écrit Valéry dans sa Philosophie de la danse (1939). « ADRESSER » Si l’ouvrage Composer en danse n’est pas à proprement parlé un ouvrage de philosophie, il répond cependant à la question jusqu’ici sans réponse : qu’est-ce que la danse ? « Il est beaucoup plus simple de construire un univers que d’expliquer comment un homme tient sur ses pieds. » (ibid.) Et comment il danse, pourrions-nous ajouter. « CHOISIR » Livre infini, sorte d’encyclopédie du mouvement dans ses états exceptionnels, dans une durée faite d’énergie et d’instabilité, Composer en danse est le livre des vies intérieures, dans une perspective aussi bien historique que contemporaine. « CITER » Par des pensées savantes et spontanées, élaborées et souvent parallèles – car elles abordent tous les champs de la création, les dix chorégraphes esquissent des pas d’interrogation, des pas de réflexions, à travers les expériences vécues dans leur corps même, dans leur langue, leur mouvement, leur scène, leurs échanges. « COLLECTIF » Les chorégraphes jouent et se jouent de la pesanteur, et les définitions qu’ils nous livrent ici permettent l’observation, mais aussi l’approche de cet autre monde. Les actions qui produisent l’œuvre, son rythme, sa poésie, se déclinent en repères formant autant d’entrées et de références : ainsi nous allons, au gré de nos propres trajectoires,  de l’organique au logique, de l’humain à l’animal, du spectateur au danseur. « CONTRAINTE » Invitation permanente, le livre dans son ampleur créé les terminaisons nerveuses qui facilitent notre immersion dans cet art. « DRAMATURGIE » Production incessante de travail, l’état dansant active un vocabulaire qui lui est absolument propre. Singulier et sans cesse sur l’arête des mots et des sensations, ce vocabulaire compose une syntaxe motrice qui articule le mystère des corps. « ESPACE » Enfin, signalons la beauté plastique du livre, sa mise en page graphique et iconographique, montage de haute qualité, où l’œil et l’esprit circulent aisément. Les verbes cités en tête de paragraphe sont extraits de la table des matières du livre. Composer en danse – Un vocabulaire des opérations et des pratiquesYvane Chapuis, Myriam Gourfink, Julie PerrinLes presses du réel,...

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Gainsbourg, 5 bis rue de Verneuil, Marie David, Plon
Mar28

Gainsbourg, 5 bis rue de Verneuil, Marie David, Plon

Tous les fans de Gainsbourg ont entendu parler de sa maison située au 5 bis rue Verneuil à Paris, aux murs noirs et aux objets étonnants. Certains ont même couvert d’inscriptions la façade du lieu. Marie David a choisi d’évoquer le grand Serge à travers le prisme de ce lieu et de ce qu’il représentait pour lui. Acheté et pensé au départ pour Bardot, c’est finalement Jane qu’il a accueillie. Avec sa fille Kate et bientôt Charlotte. Sans oublier son fidèle chien et son majordome. C’est un autre Gainsbourg que la réalisatrice nous donne à voir avec justesse et pertinence. La réalisation d’un documentaire sur l’artiste lui a donné envie d’écrire sur la face cachée de l’homme. Et surtout de la relation qu’il entretenait avec sa maison. C’est là qu’il a passé dix ans avec Jane, qu’il a accueilli ses amis — dont Françoise Hardy et Jacques Dutronc—, c’est là qu’il a collectionné des objets, composé ses musiques. Dans cet univers où chaque objet avait sa place, où le faux brouillon pouvait dévoiler son goût pour la rigueur et la précision, un certain sens du rangement, il avait fait installer deux pianos. Il y recevait aussi parfois quelques rares fans. Le livre est pensé  comme un documentaire, précis et chronologique, du jeune auteur encore timide qui rêvait de vivre « chez lui » à l’artiste malade qui souffrait de solitude. Un voyage dans la tanière de l’homme à tête de chou, de l’amant de Melody et de l’amoureux de BB. Cet antre était son refuge lorsqu’il perdait confiance et ne croyait plus en son travail. Lorsque la reconnaissance n’était pas au rendez-vous. Plus tard, quand ce sera le cas, c’est là que Vanessa Paradis ira y préparer l’album « Tandem ». Gainsbourg est ici devenu Gainsbarre, souvent insupportable et vulgaire, son double torturé.  Parmi ses souvenirs et ses objets, c’est rue de Verneuil qu’il est mort il y a trente ans. Seul. Le livre de Marie David aborde tout en délicatesse ces thèmes et d’autres encore, au travers de chapitres qui fourmillent d’anecdotes et de petits secrets. Il est juste un peu regrettable qu’on y trouve de temps à autre des fautes d’orthographe et de...

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Richard Jewell, Clint Eastwood
Mar13

Richard Jewell, Clint Eastwood

J’ai enfin pu voir l’excellent dernier opus de “ce bon vieux Eastwood” qui n’a rien perdu de sa lucidité et de sa capacité d’indignation contre les travers de son époque. J’ai enfin pu voir l’excellent dernier opus de “ce bon vieux Eastwood” qui n’a rien perdu de sa lucidité et de sa capacité d’indignation contre les travers de son époque. Travers qui affectent son pays depuis fort longtemps et le nôtre aussi, désormais sous contrôle de l’hypocrisie d’une bien-pensance mondialisée alliée naturelle d’une idéologie dominante anglo-saxonne partout répandue grâce à la puissance de médias chiens de garde zélés (et pour cause !) d’un monde soumis aux marchands. Il y a beau temps que le journalisme digne de ce nom n’existe plus aux USA. Logiquement, il est à l’agonie ailleurs, en voie de disparition. Eastwood, dans son film, ne montre pas un emballement médiatique qui serait épisodique. Il montre ce que font les médias quotidiennement. Ce qu’ils font c’est ce qu’ils sont. Ils ne sont pas menteurs, ils font ce pourquoi ils sont grassement payés, raconter des histoires (comme le cinéma) quels qu’en soient les conséquences. Nul besoin de décrire un quelconque mécanisme pour éclairer la lanterne du spectateur sur les médias. Chacun les voit à l’œuvre, en est la victime même et surtout quand il s’imagine qu’il ne l’est pas. Ce qui est proprement consternant et hélas sans issue puisqu’accepté et justifié par le troupeau docile et confiant dont ils ont la charge. Troupeau dont fait partie ce pauvre Mr Jewell, soudain contraint de mettre en doute un système dans lequel il croit. Il va y être aidé par un avocat, looser sympathique revenu de tout, figure classique du cinéma américain généralement sous l’apparence désabusée du détective privé. C’est ce personnage qui osera balancer quelques vérités bien senties à la face de la journaliste qui sera bien en peine d’argumenter quoi que ce soit pour se défendre puisque l’irresponsabilité est son gagne-pain. La retenue dans le traitement de l’émotion, signature du cinéma eastwoodien, ne se dément pas. Paul Walker Hauser est étonnant de justesse dans son rôle ingrat de benêt yankee amateur d’ordre, professant une foi naïve dans les institutions légales de son pays, voulant bien faire, bientôt trahi, maltraité, déconsidéré par cela même qu’il révérait. Kathy Bates, sa maman, est admirable de retenue dans ce bouleversement brutal de l’existence paisible qu’elle essaie de mener. Les larmes versées ne le sont jamais de trop, préserver sa dignité, cette dignité des pauvres gens tellement maltraitée de nos jours, et celle de son fils étant plus fort que tout. Le délicieux Sam Rockwell joue l’avocat avec décontraction, empathie et fatalisme, c’est à lui que l’on s’identifie volontiers, il nous fait du bien face aux affreux jojos. Ceux-là...

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Le Cirque invisible,  Victoria Chaplin, Jean-Baptiste Thierrée, Rond-Point
Mar08

Le Cirque invisible, Victoria Chaplin, Jean-Baptiste Thierrée, Rond-Point

Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierée entrent en scène pour nous faire rire et nous émerveiller. Jean-Baptiste Thierée est un papy magicien et un peu clown aussi, qui enchaîne à rythme effréné les tours de prestidigitation, les illusions et les blagues. Lorsqu’il nous promet de faire apparaître un chien, c’est le lapin Jean-Louis qui sort de la boîte, un running gag en forme de petite peluche qui sert de mascotte du magicien. Lorsqu’elle entre en scène la première fois, Victoria Chaplin est vêtue d’une longue robe mordorée qui l’avale avant de se mettre à danser et à cabrioler toute seule. Ici, les objets – et en premier lieu les costumes – ont une vie qui leur est propre et un pouvoir infini de transformation. Les objets prennent vie : les tables se métamorphosent en charrette, les vélos en sculptures à la Jean Tinguely, les rocking-chairs en dragon etc. Tout est possible et tout est incroyable. Les enfants – petits et grands voire très grands – se régalent des gags idiots de ce clown malicieux qui les fait rire aux éclats, tandis qu’ils restent bouche bée devant les prouesses épatantes de Victoria Chaplin. « Mais comment il fait ? » ne cessera de me demander ma fille de six ans, enthousiasmée et transportée par ce qu’elle voit. Même s’il est impressionnant de maîtrise, le Cirque invisible ressemble à un spectacle bricolé par deux enfants malicieux. Ce côté naïf pourrait agacer mais il n’en est rien. On est tout simplement conquis et émerveillé par ce que l’on voit. Car quel que soit leur âge à l’état civil, Jean-Baptiste Thierée reste un gamin, et Victora Chaplin une demoiselle à la souplesse de jeune fille ; et leur plus grand tour de magie, c’est de transformer tous les adultes du public en enfants pendant toute la durée de la représentation. Jusqu’au 05 avril 2020Théâtre du...

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Dark waters, Todd Haynes, Mark Ruffalo
Mar05

Dark waters, Todd Haynes, Mark Ruffalo

Rob Billot est un avocat du genre besogneux, de ceux qui se lèvent à l’aube pour préparer la salle de réunion mais qui ne sont pas conviés au déjeuner avec le client. Même s’il vient d’être promu associé dans le cabinet où il travaille, Rob n’est manifestement pas du sérail : pas la bonne université, pas la bonne bagnole, pas le bon style. Au fond, il est resté un péquenot, comme ne manquera d’ailleurs pas de lui balancer, en public, le directeur juridique de DuPont de Nemours, Car c’est à ce géant de l’industrie chimique que va s’attaquer Rob, par loyauté à sa West Virginia natale et à sa grand-mère qui lui a envoyé un éleveur bovin mal dégrossi convaincu que la décharge jouxtant sa ferme, et qui appartient à Dupont, fait crever ses vaches. Jusqu’alors avocat spécialisé dans l’environnement – du côté des pollueurs – Rob va basculer dans l’autre camp, celui des victimes. Mais attention, notre héros n’est pas flamboyant, ce n’est pas Erin Brokovitch ! L’interprétation de Marc Ruffalo est fine et juste, et la sobriété générale du film lui procure une puissance indéniable. Tout commence comme un film d’horreur ; l’on n’est jamais en sécurité, même lors d’une innocente baignade tout nus dans un lac. Ici l’ennemi avance masqué, la pollution est omniprésente mais savamment dissimulée par un industriel des plus cyniques (pléonasme?!). Si vous voulez vous remonter le moral avec un combat à la David contre Goliath où les pauvres gentils triomphent des méchants et où les vilains sont punis, ce n’est pas la peine d’aller voir Dark Waters. Par contre, si vous êtes prêts à affronter la réalité, y compris dans ce qu’elle a de plus noir, alors vous ne devez pas louper ce très bon...

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Le cas Richard Jewell, Clint Eastwood
Mar04

Le cas Richard Jewell, Clint Eastwood

Richard Jewell est un loser même pas magnifique, un gros nounours trentenaire célibataire qui vit encore chez maman, qui aurait rêvé d’être flic et qui collectionne les armes. Viré de la police municipale et même de son poste de vigile, il se retrouve agent de sécurité aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996. C’est alors qu’il découvre un sac piégé sous un banc et permet ainsi d’éviter un massacre. Malheureusement pour notre héros, un enquêteur du FBI s’acoquine avec une journaliste impitoyable pour gâcher son heure de gloire et le transformer en suspect numéro 1. La vie du pauvre Richard Jewel bascule alors dans un cauchemar médiatique qu’il lui faudra affronter avec l’aide d’un avocat aussi raté que lui et qui fut jadis son camarade de jeux vidéos. Papy Eastwood saborde totalement cette histoire vraie, et assez géniale, qui aurait pu (qui aurait dû !) donner un très grand film. Certes, il est agréable de voir des scènes à l’ancienne, avec des vrais figurants (plutôt que des foules reconstituées par ordinateur) ; mais quelle lourdeur dans la réalisation ! L’image est très laide : les décors et les couleurs sont d’une pâleur dignes d’un mauvais feuilleton télé. La scène de l’attentat est un modèle de ringardise : ralentis appuyés, caméra subjective, gros plans pathétiques sur la mère et la fille qui mourront justement au moment où elles allaient partir etc. Lorsqu’il veut nous tirer des larmes, ce bon vieux Clint utilise systématiquement la bonne vieille technique du gros plan progressif sur le visage, accompagné d’une douce petite musique émouvante (trois notes jouées à deux doigts au piano et puis envoyez les violons!). Voilà pour la forme. Mais que dire du fond, si ce n’est qu’on le touche ? Le vétéran du cinéma se borne à étirer sur plus de deux heures des scènes creuses et qui sonnent faux. Il n’approfondit pas son sujet et ne propose ni psychologie du personnage, ni réflexion sur la mécanique de l’emballement médiatique, ni rien. Juste le spectacle d’un pauvre beauf gentil et naïf qui est manipulé par un flic méchant et roublard. C’est trop injuste, comme dirait Caliméro. Après le dérangeant mais quand-même moins raté American Sniper, Clint Eastwood continue de distiller aussi subtilement qu’il le peut son discours Républicain et pro-armes à feu : les fonctionnaires sont trop nombreux (police municipale, gardiens du parc où a eu lieu l’attentat et autre FBI se disputent la compétence du crime et semblent tous aussi nuls les uns que les autres), avoir des armes à feu (et même des armes de guerre) ce n’est rien tant qu’on est du côté des gentils, les femmes sont fourbes et les médias sont vraiment rien que...

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La voie de l’écuyer, Académie équestre de Versailles, sous la Direction de Bartabas, Opus 2020
Mar04

La voie de l’écuyer, Académie équestre de Versailles, sous la Direction de Bartabas, Opus 2020

(c) A. Poupeney Je ne connais pas le monde du cheval et nourris presque de la méfiance pour ce milieu qui me semble parfois excluant et autoritaire. Mais la curiosité et, avouons-le, un brin de fascination, m’ont donné envie d’aller voir ce spectacle avec ma fille de six ans. « La tradition est la déformation d’un message à travers les multiples maillons de la chaîne. Il arrive un moment où il faut revenir à l’origine ». C’est avec cette citation de Pierre Boulez puis une séance de kyūdō – trois archères tirent des flèches dans des gestes lents et solennels – que débute la reprise de l’académie équestre de Versailles, dirigée par Bartabas. Le contraste de l’enceinte : la sobriété de la pierre, du sable, du bois brut structurant les gradins et balcons, la majesté des miroirs immenses et des lustres aussi légers qu’imposants. Les portes s’ouvrent, les chevaux entrent… Les tableaux se succèdent, entrecoupés du passage d’un cavalier sur un magnifique cheval noir se déplaçant gracieusement, où la musique cède place à des citations sur l’art équestre et la science de l’écuyer. Il est question de dialogue en tête-à-tête avec le cheval, d’humilité, d’abnégation, de répartition harmonieuse du poids, d’équilibre, de sentiments, de cœur. Et en effet, l’on n’est point ici pour assister à une démonstration de force ou à de spectaculaires prouesses techniques. Le spectacle qui s’offre à nos sens est bien plus subtil. Tout y est sobre et majestueux : les costumes, le lieu, l’apparat des chevaux, la musique. Le contraste encore entre la maîtrise et la rigueur qu’impose la discipline et la légèreté et la joyeuse liberté. Quel tendre tableau que ces jeunes poulains gambadant librement, se caressant les uns contre les autres, se roulant dans le sable. Le spectacle, accessible à tous publics, semble imposer le respect : par miracle, nous n’avons pas aperçu un seul smartphone s’éclairer ou se brandir. Personnellement j’ai regretté un peu l’omniprésent fond musical ; j’aurais voulu mieux « sentir » la présence des animaux, leur odeur, le son des sabots sur le sable, le cliquetis des mors, le bruit du souffle exprimé par les nasaux. Qu’importe, on savoure tout de même cette délicieuse parenthèse de reconnexion au sensible. Bref, allez-y, c’est une thérapie de laquelle on revient comme d’une balade en forêt. Quant à ce qu’en a pensé ma fille : « c’était trop bien ! » A l’issue de la représentation, nous sommes invités à visiter les écuries. A partir du 17 février 2020« La voie de l’écuyer », Académie équestre de Versailles, VersaillesLes samedis à 18h et les dimanches à 15h. Tarifs : 16 à 25€. Réservation obligatoire....

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V.I.T.R.I.O.L. – Théâtre de la Tempête – Elsa Granat – Roxane Kasperski
Mar01

V.I.T.R.I.O.L. – Théâtre de la Tempête – Elsa Granat – Roxane Kasperski

Un fantastique voyage au fin fond de la complexité humaine et des différents niveaux de réalité. “Chaosmique !“ Trois comédiens, trois musiciens. Il n’en faut pas davantage pour entraîner le spectateur dans un vertigineux voyage aux frontières de la folie. Lui 1, Olivier Werner, entre seul sur scène sur un plateau composé d’un hémisphérique cyclo blanc en fond de scène, et de différents plans sur tréteaux qui viennent délimiter l’arrière du plateau et surélever la scène. Un canapé comme seul symbole évocateur d’un intérieur. Une table carrée en avant-scène jardin sur laquelle, Lui 1, donnera vie à ses personnages, ses craintes, ses délires. Pour cela, il use de poupées de bois représentant les personnages, son ex-femme, Elle – Roxane Kasperski – et sa nouvelle jeune conquête, Lui 2, interprété par Pierre Giafferi. Après avoir cité Garouste en entrant sur le plateau, Lui 1 joue avec ses poupées qui prennent soudain vie sur scène, une mise en abyme du théâtre dans le théâtre qui vient mélanger plusieurs dimensions d’une réalité fictive. Le spectateur comprend rapidement que le texte et le jeu de Lui 1 aura une importance fondamentale dans le déroulement de la pièce. Le spectateur comprend rapidement que la pensée et la force d’un texte tentaculaire seront les outils d’expression de la folie et constitueront devant les yeux du spectateur un vaste tissu mental, une mise en réseau presque infinie du sens et du non sens. Lui 1 entre progressivement dans la fable et n’en sortira plus, prisonnier de ses projections mentales et de sa fertile imagination. Il a invité pour ses retrouvailles avec son ex-femme trois musiciens, une violoncelliste, un percussionniste et un guitariste flutiste qui l’accompagnent dans son discours. La partition sonore est une détonation, un déclencheur de situations poétiques souvent joyeuses. Dionysiaque. Le texte, morcelé, superbe de lambeaux, en anglais, en italien, intègre des textes de Gilles Deleuze, de Félix Guattari, de Ronald Laing et de Franco Basaglia, défenseur des droits des individus psychiatrisés dans les années 1960. La réintégration de la complexité des individus, même dans la folie, fait entendre une autre musicalité contre la médicamentation thérapeutique actuelle et rappelle avec bonheur que d’autres chemins issus de la psychothérapie institutionnelle, il n’y a pas si longtemps, étaient encore possibles. En Italie, Basaglia réussit à obtenir la fermeture des asiles en 1978 avec la loi 180 dite Basaglia. On se réjouit de l’intelligence du texte et du jeu des comédiens qui alternent moments de violence, situations comiques, danses, rires et angoisses. On saluera le jeu spectaculaire et virtuose d’Olivier Werner, fou magnifique qui emmène dans son sillage les autres comédiens. Un théâtre bâti et pensé pour un...

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De pierre et d’os
Mar01

De pierre et d’os

L’odyssée glaciale et déroutante d’une jeune femme perdue dans le Grand Nord.

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