Cinéma

Disclosure day, Steven Spielberg, Universal

On le dit tout de suite : Steven Spielberg ne signe pas son chef d’œuvre. Il réalise néanmoins le meilleur épisode de la série X Files.

Parce que oui, il est revenu à l’une de ses passions premières : les petits hommes verts. Le début du film s’ouvre sur un match de catch. Une façon pour Spielberg de dégager directement la vulgarité de l’entertainment yankee et de passer à autre chose.

En quelques scènes, nous rentrons dans une ambiance sombre, faite de faux semblants et de mystères opaques. On retrouve le rythme de Tintin qui a tellement marqué l’auteur d’ET. Sauf que le héros ici est un type auquel on s’attache automatiquement. Un héros spielberguien : un homme ordinaire en face d’une situation extraordinaire.

Le réalisateur double la mise avec une présentatrice de météo qui se met à parler d’autres langues dont une venue de l’espace. Une fois encore, c’est une femme qui va se faire entrainer dans un complot implacable qui la dépasse.

Et tout le film est lui aussi un faux semblant : ce n’est pas un film de science-fiction mais plutôt un thriller avec un début mystérieux et une fin qui a la tête dans les étoiles. Entre temps, on plonge dans une paranoïa orwellienne et un pessimisme apparent qui rappelle Minority Report ou La Guerre des Mondes.

Sauf que Spielberg prend le parti de défendre l’émerveillement. Comme toujours, il faut voir comment il souligne les regards de tous les personnages, y compris le méchant, machiavélique à souhait et joué avec intelligence par un Colin Firth très appliqué.

Il doit défendre un scénario pas si convaincant. Le film est une démonstration de mise en scène qui dépasse les faiblesses d’une histoire signée par David Koepp, complice du réalisateur depuis Jurassic Park. Après réflexion, le film serait une faible série B s’il n’y avait pas la présence virtuose du cinéaste et de son vieux complice de toujours, John Williams.

Steven Spielberg avait ces derniers temps une tendance à rendre hommage au classicisme qui l’avait fait rêver quand il était jeune. Il se sert de ce scénario un peu placide pour enchaîner des scènes prenantes et qui refuse d’être anodine. Même une discussion banale dans une voiture semble avoir été pensée pour donner le tournis et introduire le moment suivant qui fera monter un peu plus d’intensité. Disclosure Day est un film virevoltant.

On excuse donc quelques facilités de production parce que l’auteur de Rencontres du 3e type est en pleine confiance. Il câline les acteurs, propose des hommages à Hitchcock qu’on n’imagine plus en 2026 et crache avec une rare politesse sur le règne de Donald Trump.

Son film ose ainsi la sensibilité et la douceur. Il permet d’apprécier les symphonies mélancoliques de John Williams. Il soulève une question de spiritualité.

Effectivement, comme dans la série X Files, il apparaît une description étrange de l’humanité, presque baroque, dans une œuvre au sujet spectaculaire qui aurait dû se suffire à lui-même. Disclosure Day ne ressemble à aucun autre blockbuster actuel. Il en devient de temps à autre déconcertant. Mais il fait appel à notre intelligence et nos vertus naturelles. Hors de toute mode, le film est un ovni !

Au cinéma le 10 juin 2026
avec Josh O’Connor, Emily Blunt, Colin Firth et Eve Hewson
Universal – 2h20

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