Dans la torpeur de l’été, les sorties se font rares et, franchement, le disque des Stones fait son job avec de jolies ritournelles (si on excepte leur reprise fade de Amy Winehouse) et un savoir-faire retrouvé.
Une fois que cela est dit, il est quand même bon de rappeler que les Stones sont bons quand ils sont ensemble. Les envies de carrière solo ne sont pas empreintes de réussites majeures. Là, il faut l’avouer: les Beatles ont fait largement la différence. Des albums solo de ces derniers sont restés dans la légende du rock. Ce n’est pas le cas des Stones.
L’actualité étant au ralenti, nous avons tenté de trouver trois bons disques des Stones en solo. Et ce n’était pas évident. Les stars des stades deviennent souvent de gros pantouflards dès qu’ils veulent tirer la couverture vers eux. Mick Jagger s’est pris les pieds dans la mode. Ron Wood décortique sagement le blues sans éclat. Les discographies sont bien tristounettes. Mais on a trouvé tout de même trois pépites qui valent le coup d’œil ou d’oreille !
Et nous commenceront par le très discret Bill Wyman, bassiste au regard triste, qui fut le premier à réaliser un album solo. En 1974, il tente l’aventure avec l’album Monkey Grip. Et qu’est ce que l’on entend ? Un type qui ne chante pas très bien et qui en plus essaie de faire comme Mick Jagger. Heureusement le bassiste est un excellent musicien et il maîtrise un rock’n’roll totalement jubilatoire.
Il est arrangeur et producteur de l’album ; on croise des vieux sorciers du blues comme Dr John ou Leon Russell. Le disque est très bien fait. On y devine une envie de s’imposer, avec style. Si ça pêche sur la voix, cela compense sur tout le reste. Produit en Californie, la musicalité du disque est assez forte avec une production dense et passionnante au fil des écoutes.
Le Droopy de la basse semble bel et bien se faire plaisir et répare toutes ses petites frustrations avec un blues rock effectivement assez ensoleillé. Il se met au milieu de la formule stonienne mais la nourrit avec toutes ses petites nuances rien qu’à lui. C’est beaucoup moins sombre que les compositions des Glimmer Twins. Monkey Grip n’est pas un chef d’œuvre mais c’est le California dream d’un type un peu trop discret dans la grande histoire des Rolling Stones.
Si le titre du meilleur album solo doit être remis à quelqu’un, c’est bien entendu ce pirate de Keith Richards qui obtiendrait un trophée. Avec sa personnalité et son absence de compromis, le guitariste réalise en 1992, son second effort, Main Offender, un disque qui lui ressemble : blues détraqué et rock sans aucune mesure.
Les Stones sont revenus les rois du Monde avec la sortie de Steel Wheels et sa tournée. Keith Richards redevient alors ce guitariste roublard et ce chanteur mal luné. La pochette de l’album capte son regard de faucon. Il est toujours ce type qui se passionne pour le blues, délavé, jamais repassé.
Il mélange tout cela avec du funk et du reggae mais son disque possède un dépouillement qui révèle le musicien, habitué aux scandales et aux humeurs changeantes. Ici, il fait glisser ces fameux riffs sur des morceaux qui semblent spontanés. Richards a besoin de sortir de son confort et cela s’entend sur cet album délicieusement décalé, souriant mais grinçant. Une petite pépite de décadence musicale, tout en contrôle.
Et pour terminer, on trouvera une autre pièce rare et ravissante : on la doit au très sage Charlie Watts, batteur calme et mesuré du groupe. Avec sa tête de mohican et son style carré, il semble être la pierre sur laquelle s’est bâtie le royaume des Stones.
On sait aussi la passion du batteur pour le jazz. Une fois le succès dans la poche, il s’est toujours acoquiné avec des musiciens et fréquentait les meilleurs clubs de la planète. Ce live avec le Danish Radio Big Band montre l’élégance du monsieur.
Il se fond dans la formation et offre des reprises bien évidemment des Stones mais aussi des efforts musicaux fascinants. On baigne dans un jazz stylisé où la virtuosité vous met la tête à l’envers. Watts n’a jamais voulu attirer la lumière mais ici il nous fait découvrir une formation spectaculaire et enthousiaste.
Héros discret de l’histoire du rock, Charlie Watts et tous ses petits camarades ont prouvé que l’union faisait la force.
Main Offender
meets the Danish Radio Big Band



