Après Paul McCartney, Madonna et Deep Purple au mois de juin, voici le dernier opus des Rolling Stones. Le groupe existe depuis 1962 ! Et vous savez quoi? Il est franchement pas mal ce disque des papys du rock.
C’est peut être la guerre, la chaleur, ou d’autres angoisses existentielles qui nous obligent à s’attacher à des vieilleries. Il peut s’y cacher une certaine consolation ou un souvenir de moment d’existence où tout semble plus serein.
Le nouveau disque des Rolling Stones fait un peu cet effet. On s’y sent tout de suite bien. Faut éviter la pochette hideuse (un peu moins pire que la précédente) Les guitares de Ron Wood et Keith Richards sont toujours aussi complices. Steve Jordan remplace parfaitement Charlie Watts. Darryl Jones confirme à chaque album qu’il est impeccable. Jagger, lui, fait du Jagger.
Il minaude et sa voix est protéiforme. A 82 ans, il a l’air en forme et les chansons montrent toute l’étendue de son talent. Une sorte de best of de Jagger, de la version fumeuse des années 70 à la voix rauque et sensible des années 90 et 2000. Ce disque est beaucoup moins anodin que les derniers efforts du groupe.
Il semble dire des choses sur quelques messieurs trop tranquilles. Jagger et Richards accordent leur son et profitent d’un producteur astucieux, Andrew Watt, qui les enferme un mois dans un studio avec des conditions de live. Peu de filtres donc, mais pas mal d’inspiration. Ils reçoivent aussi la visite de quelques amis comme Robert Smith et Chad Smith. Ça stimule. On est en tout cas loin de l’ambiance d’un ehpad !
C’est rugueux, futé et ils ont quelque chose de rassurant sur ce Foreign Tongues. Par les choix de style (c’est vrai que Jealous Lover est une cure de jouvence), les papys montrent une vitalité qui fait plaisir à entendre. On est à mille lieux des chefs d’œuvre blues du groupe mais il y a des mélodies et de l’émotion dans ce disque inattendu finalement. Ils font ce que l’on attend d’eux mais le plaisir semble presque revenu.
Octogénaires, les Rolling Stones ont quand même donné quelques purges où l’on sent qu’il n’y a plus de plaisir, d’envie ou de joie. Pour compléter cet article, voici donc les mauvais albums des Stones.
Impossible alors de ne pas parler de Dirty Work, le bien nommé. Ce fut la plus grosse crise des Stones. Après ce disque, les Glimmer Twins se sont séparés. Richards ne supportait pas l’idée que Jagger se lance dans une carrière solo. L’enregistrement se fait dans la douleur et tout le monde soupçonne le chanteur de se garder les bonnes chansons pour lui. En tout cas, il livre ici les pires avec son vieil ami.
De plus, la section rythmique est à la ramasse. Bill Wyman s’entiche d’une jolie jeune fille de 14 ans et Charlie Watts est dans le dur au niveau des addictions (on découvre pour la première fois Steve Jordan pour le suppléer). Comme d’habitude, Ronnie Wood garde son calme légendaire. Les Stones sont totalement à la dérive.
Encore aujourd’hui, le disque est dur à suivre. Le son est trop eighties. La pochette tout en fluo montre à quel point les Stones sont loin de leur base initiale. Richards s’offre un reggae paresseux (too rude) et on entend des synthés qui enterrent définitivement l’affaire. Les deux têtes pensantes vont bouder un sacré bout de temps avant de se retrouver…
Mais Dirty Work est une vraie rupture. La créativité des Stones à ce moment là ne sera plus la même. Ils avaient l’art de se confondre avec les modes et les époques. Désormais les Stones devaient assumer leur statut de groupe longue durée donc catalogué. Et stéréotypé.
Avec l’album suivant, Steel Wheels puis l’excellent Voodoo Lounge, le groupe va donc s’asseoir sur son trône fait de blues et de riffs pour ne plus en bouger. Les rois fainéants ! Ce que va confirmer A Bigger Bang en 2005.
La machine à cash est enclenchée et les Stones font semblant de créer. Foreign Tongues a quelque chose de virevoltant, qui aurait même de l’intérêt sur scène. Rien ne sort de A Bigger Band. Tout sonne plat. L’ennui endort toutes les mélodies.
Les Stones ne font ça que pour justifier une tournée onéreuse. Enregistré au Château de Fourche, le disque n’a aucun appétit. C’est un appel d’offres. Les Glimmer Twins sont en pilotage automatique et la seule chose positive de tout cela, c’est le tournage du documentaire de Martin Scorsese, Shine a light, qui parvient à retrouver un peu de la grandeur stonienne. Autrement : rien de chez rien !
Mais ne boudons pas notre plaisir: Foreign Tongues est un bon album des Rolling Stones. La pop et le blues se complètent parfaitement. La surprise est bien là. On s’étonne de cette cure de jouvence. Reste à savoir si ça sera le dernier ! Ça aussi c’est une question qui devient éternelle



