Le temps qui passe, le héros malmené par le destin, la violence comme malédiction, Christopher Nolan réussit à se glisser dans la mythologie la plus classique. Son nouvel effort est une fois de plus total… mais inégal.
Car l’écriture de Nolan ne fait pas dans la nuance. Il rappelle le Oliver Stone des années 90 qui réalisait des films sincères mais boursouflés à l’extrême. Trop long. Trop sérieux. Trop dense. Toujours passionnant. Les deux hommes sont fascinés par l’héroïsme et Nolan continue de filmer les ambiguïtés d’un héros. Ici, Ulysse : archétype dont découlent tous les stéréotypes.
Il est flamboyant mais Nolan montre ce qui va le forger réellement : la guerre sans fin, la mer dangereuse, les dieux capricieux et les combats absurdes. Nolan s’attaque à un mythe avec son savoir-faire qui impressionne.
Pas de fond vert ici, les décors sont naturels et magnifiquement transcendés par l’image. Pas trop d’effets numériques. Nolan essaie quelque chose de plus organique dans sa mise en scène. Le sommet du film est la rencontre avec Circé, moment à part dans l’épopée. Moment quasi horrifique et étonnant, où seule la mise en scène nous donne le frisson. Les intentions de Nolan sont toujours aussi pleines d’envies.
La photographie fait plaisir aux rétines. Dommage que la musique ne suive pas. Les qualités du film nous sautent aux yeux. Difficile de dénigrer la production soignée. Les 2h50 de métrage donnent l’impression d’un blockbuster qui ne se laisse jamais aller à la facilité. On ne va pas s’en plaindre.
Pourtant les défauts sont aussi à la hauteur des énormes qualités. Si on apprécie la forme architecturale du récit qui manipule plusieurs temporalités (l’obsession ultime du cinéaste), on peut se plaindre de personnages féminins aussi nombreux que peu convaincants.
Le casting est impressionnant mais nous éloigne de l’intensité de l’aventure. Matt Damon trouve peut être son plus grand rôle mais le reste du casting est étrangement effacé. De plus, le point faible du cinéaste est ici évident.
Le réalisateur du Prestige sait construire des rubik’s cube cinématographiques mais il est peu inspiré dans les scènes d’action. Les moments de bravoure sont nombreux, mais ça devient une vraie faiblesse : ces scènes sont presque banales. Si la guerre de Troie trouve une illustration originale, le reste répond à un cahier des charges assez fades.
Ce qui donne un résultat inégal. Il est passionnant parce Nolan aime son sujet et l’embrasse une fois de plus avec gourmandise et intelligence. Mais on oscille constamment en joie et agacement. Le film est grand et beau. Il ne peut pas échapper au côté sentencieux de son réalisateur, toujours à la recherche du film parfait… Son odyssée personnelle et frustrante. Pour lui comme pour nous.
Au cinéma le 15 juillet 2026
avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway et John Leguizamo
Universal – 15 juillet 2026 – 2h53

