Artemisia – Musée Maillol

 ARTEMISIA

La force d’un point de vue féminin au XVIIe siècle.

Artemisia Gentileschi est une artiste. L’exposition la suit au travers de ses voyages, de Naples à Rome en passant par Florence. Dès l’entrée dans le musée Maillol de Paris, la force des sujets et des thèmes représentés frappe l’œil du visiteur.Suzanne et les vieillards prévient le visiteur, pas de silence, de fuite, d’acceptation ou de renoncement. La femme choisit.

Ici, la femme refuse les avances des deux vieillards comme la Nymphe Corisca échappe théâtralement par la ruse au puissant Satyre. Les vieillards la font accuser d’adultère mais défendue durant le procès elle est innocentée et les vieillards sont condamnés. La prise de risque de cette décision est assumée, comme le style et les expressions picturales d’une étonnante justesse. Le bleu lapis-lazuli des tissus annonce la couleur du reste de l’exposition. Le bleu éclatant de lumière réapparaîtra dans plusieurs autres œuvres marquantes. Superbe peinture sur pierre du père d’Artemisia, le David méditant devant la tête de Goliath, injecté de bleu outre-mer lapi-lazuli est à vous couper le souffle.

Le choix des thématiques peintes met en scène la femme en position centrale avec à chaque fois une audace érotique qui éveille. Bethsabée au Bain resplendit, tourne le dos à David et choisit de se montrer au spectateur. En embuscade, la passion extrême veille, pouvant entraîner la femme jusqu’à la mort. Plusieurs Cléopâtre sont exposées. Cléopâtre humiliée préfère mourir que d’accepter l’échec amoureux. La femme impudique s’expose nue à la mort sur une étoffe rouge dans un cas ou allongée morte dans une étoffe bleue, dans l’autre cas. L’aspic est présent. Le bleu somptueux se heurte à la couleur blanchâtre de la peau.

Les corps des femmes plantureuses sont offerts à l’œil du visiteur dans des postures et des angles de vue inhabituels. Les inclinaisons des têtes donnent aux visages une fragilité, une attitude pensive, lunaire comme dans la Madeleine pénitente. Appuyée sur une tête de mort, la femme telle une Hamlet s’évade de la toile. Une Cléopâtre assise et mélancolique plonge dans une méditation tragique, aspic dans la main. Danaé s’abandonne à Zeus qui apparaît sous une pluie d’or et la féconde. Artemisia va jusqu’à peindre les pièces d’or sur le pubis de Danaé. L’œuvre est tout simplement magnifique.

Mais la femme comme l’homme sait tuer. La violence de cette humanité interroge. L’homme est aussi la proie de la femme. Yaël assassine Sisera avec un piquet de tente enfoncé dans la tempe, Dalila coupe, en présence de sa servante, les cheveux de Samson endormi. Judith décapite Holopherne avec l’aide de sa servante pour sauver sa ville. Elles sont peintes durant l’exécution ou avec la tête du général assyrien au sol – Judith et sa servante Abra avec la tête d’Holopherne .

Par ces choix thématiques et mythologiques, Artemisia Gentileschi dévoile une peinture puissante et une esthétique particulière où la femme joue un rôle phare. Entre séduction et machiavélisme, l’exposition montre finalement une femme sachant déjouer les pièges des hommes avec une volonté farouche. Avec un talent pictural évident, Artemisia méritait sans aucun doute ce nouvel éclairage.

Une exposition exceptionnelle à ne manquer sous aucun prétexte.

http://www.museemaillol.com/

 

Sébastien Mounié © Etat-critique.com – 03/05/2012

Jusqu’au 15 juillet 2012 MUSEE MAILLOL, PARIS. Horaires d’ouverture de 10h30 à 19h00. Vente des billets jusqu’à 18h15 Nocturne le vendredi jusqu’à 21h30. Vente des billets jusqu’à 20h45. Ouvert tous les jours, même le mardi et les jours fériés

Auteur: Sébastien Mounié

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