Que ferait Neil Young face à la crise de l’énergie que nous traversons ? Dans sa biographie, un peu pompeuse justement, il se présentait comme un Géotrouvetout. Avec la musique, il semblait avoir une passion pour les voitures et il adorait les bidouiller. Il pourrait peut-être nous donner des idées pour faire baisser les prix du pétrole…
En attendant, il gratouille sa guitare sèche pour éviter de trop s’énerver. A 80 ans, Neil Young a toutes les raisons de s’agacer contre l’Amérique qu’il a tellement chanté. Mais il semble beaucoup moins remonté que son ami Bruce Springsteen. Bien entendu, il déplore la politique de Trump, mais plutôt que de monter sur son mur de sons électriques, le Loner s’installe à la campagne et nous refait le coup d’Harvest Moon.
Il prend donc son nouveau groupe, The Chrome Hearts pour un petit voyage à la campagne. C’est la vraie et bonne impression que donne Second Song, le cinquantième album de Neil Young. Alerte et bavard depuis des années, Neil Young prend le temps sur ce disque.
Il taquine les jeunes avec une certaine lenteur (deux morceaux de dix minutes) et montre aux vieux qu’il est encore inspiré. Il nous fait le coup du temps qui passe mais c’est très bien fait. L’octogénaire semble enfin assumé son âge et sa sagesse.
Le militantisme se cache dans une douce poésie. L’aspect acoustique est toujours aussi bien maîtrisé. Le rythme s’impose et donne à réfléchir. Second Song nous rappelle qu’un disque de Neil Young n’est jamais anecdotique.
On ne se dit pas la même chose lorsque l’on pense à la carrière de Beck. Des premiers albums explosifs et puis… plus grand-chose. Une réputation d’un gars sympathique mais toujours un peu malheureux. Le spleen a pris la place de l’inspiration. Spécialiste de la chanson triste, il assume enfin ce statut avec Ride Lonesome.
Eternel adolescent, le musicien a réduit les effets pop et les rencontres baroques. Son 15e opus est dépouillé pour chercher l’essence d’un sentiment difficile ou d’une passion bien entendu, finie ! Ce n’est plus le joyeux drille de Loser. La magnifique pochette de l’album donne à voir un artiste résolument mélancolique. Le vent souffle sur lui des mélodies désormais élégantes et puissantes. Le fantôme de Scott Walker et les orchestrations ressemblent à celles des Fleet Foxes. C’est beau.
Ça nous fait oublier les peurs qui hantent les informations, vous aurez donc remarqués que l’on cherche du réconfort vers ce que l’on connait. On poursuit donc cette chronique anti crise avec le groupe britannique, Echo & the Bunnymen. Vestige des années 80, le groupe semble increvable et défend toujours sa formule parfaite entre post punk et pop assumé.
Le résultat : beaucoup de légèreté. On pourrait appeler cela de la facilité si Ian McCulloch et ses copains n’avaient pas une certaine expérience. Il n’y a pas que les Beatles à Liverpool. Les morceaux s’enchaînent avec une joyeuseté que l’on connait peu finalement. Ce n’est plus à la mode cet esprit festif. Apples for Isaac est un disque de bonne humeur.
Ce ne sont pas des clowns cependant. Leur album fait référence à la gravité et ils arrivent après des décennies de carrière à nous faire décoller. Sans essence. Sans gazole. Quand on vous dit que la musique peut résoudre bien des crises…
Second Song, Neil Young & The Chrome Hearts
Ride Lonesome, Beck,
Apples for Isaac, Echo & the Bunnymen



