Cinéma

Kraken, Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes

Loin d’être le film parfait, Kraken est bel et bien un ovni français très plaisant. Pour un public qui aime la viande saignante !

Le film de Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes rappelle cette période glorieuse où le gore à la française faisait son petit effet. Martyrs, À l’intérieur ou Calvaire (spécialité belge) sont les grands noms d’une époque très crade pour le cinéma hexagonal. Les corps étaient transformés en steak tartare et les limites de l’acceptable étaient joyeusement dépassées dans un grand sentiment de révolte culturelle.

Il y a un peu de ça dans Kraken. Pas de créature aquatique géante… cependant des hectolitres de sang pour montrer des corps dépecés par un serial killer qui se prend pour un condé défoncé au crack. Le programme est charmant et dénonce une fois de plus le sort des banlieues parisiennes.

Elles ont été envahies par des zombies dans le mésestimé La Horde. Elles se sont fait envahir par des araignées affamées dans le surestimé Vermines. Cette fois-ci, c’est plus terre à terre : un bon gros vieux psychopathe masqué qui aime bien faire exploser les crânes.

Il a différentes techniques. Elles font toutes des taches sur les murs d’un immeuble abandonné mais qui sent encore très fort la misère sociale. Ce sous texte n’est pas nouveau mais il est passionnant lorsqu’il devient le décor d’une fiction qui évidemment échappe à la réalité. 

C’est de la série B quasi old school mais qui se marque d’une mythologie cinématographique qui va très bien dans l’espace ultra balisé de la banlieue. Les clichés pleuvent mais ça fonctionne avec un slasher conscient d’être lui aussi stéréotypé.

On ne va pas se lancer dans l’étude sérieuse: il s’agit de frissonner et de fermer les yeux devant quelques scènes cradingues. Quand on rentre dans cette salle, on sait ce que l’on va voir et on veut le voir. Les auteurs ont de la suite dans les idées lorsqu’il faut découper le petit racaillou de banlieue. Avec une toute petite pointe d’humour, le plaisir (déviant) est total.

On appréciera surtout le traitement habile autour du tueur. C’est plus l’antre qui nous fait flipper que ses réactions violentes. Ça se visite comme la grotte d’un ogre et on se découvre une espèce d’empathie pour ce monstre sanguinaire, très résistant à la douleur. Le développement du personnage a une vraie originalité.

Évidemment il y a quelques défauts mais ce Kraken est une nouvelle tentative dans un genre très craint sur notre territoire. Il faut encourager ceux qui s’y aventurent et échapper ainsi aux habitudes tranquilles d’un cinéma trop calibré.

Au cinéma le 30 septembre 2026
avec Manon Bresch, Alassane Dion, Bilel Chegrani et Guillaume Gouix
1h37 – Marvellous productions. 

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