Livres, Roman

C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien, Editions Grasset

« C’était ça ou mourir » raconte l’histoire de Jonas Dorléon, un professeur d’histoire haïtien qui se retrouve confronté à la violence de l’émigration en voulant fuir celle de son pays. Le narrateur vit un long et désespérant périple sur le continent américain, tout en ne se départissant par d’un certain flegme qui aurait tout pour séduire. Et pourtant…

Avec un tel sujet, Thélysson Orélien avait tout pour faire un bon livre, un livre épique et bouleversant. Or je suis navré de dire que cette histoire ne m’a ému qu’en de trop rares occasions et que j’ai eu un mal fou à terminer ce livre que j’aurais dû dévorer.

Est-ce parce que l’auteur a eu recours à l’IA ? Peu m’en chaut en réalité. D’ailleurs, si l’auteur a vraiment fait écrire son bouquin par l’IA, alors il doit être un virtuose du prompt. Ça me fait penser à mon copain au collège qui passait plus de temps à rédiger ses antisèches que moi à réviser mes leçons. Et à la fin, il ne s’en sortait pas mieux.

Est-ce si grave qu’un auteur utilise les outils à disposition pour écrire son roman ? Pour moi, l’essentiel pour un livre est de porter un récit, de raconter une vérité. Mais après tout, qu’est-ce que la vérité en littérature ? (Vous avez deux heures !).
Au passage, je remarque que la polémique – sur un livre écrit par un noir et consacré aux migrants – fut relayée (créée ?!) par le chroniqueur d’un journal, le Figaro, qui s’extrême-droitise de plus en plus…

Mais quittons la polémique et revenons à ce roman qui a tous les ingrédients d’un page-turner : il n’est pas très long et son rythme se voudrait soutenu. Thélysson Orélien écrit par phrases courtes, mais cela ne suffit pas à créer l’énergie. De même, la succession ininterrompue d’anecdotes et d’aventures ne suffit pas pour  qu’un roman soit épique ; on dirait un simple empilage sans réelle structure narrative.

Je regrette de ne m’être pas attaché au personnage et d’être resté relativement insensible à son destin. Sincèrement, je ne pense pas avoir un cœur de pierre et je me laisse assez volontiers émouvoir. Or ici, même si tout ce qui est narré est édifiant, et certainement basé sur l’expérience vécue par plusieurs migrants, le récit ne sonne pas « vrai », il a quelque chose d’artificiel. Or je pense que l’intérêt de la littérature est, justement, de faire ressentir la réalité du monde à travers la fiction. (Encore une fois : qu’est-ce que la vérité en littérature ? Vous avez toujours deux heures , et sans vous aider ni de l’IA, ni d’une calculatrice !)

C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien,
272 pages – Éditions Grasset
Prix du roman Fnac 2026

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