Musique

C’est la lutte finaaaaaaale ! Tom Morello, Protomartyr, Dropkick Murphys

Au secours, le jeune est de retour dans la rue. Les gens de gauche pensent être une inspiration au mouvement, et ceux de droite imaginent le début de l’apocalypse sociale. Bon. Visiblement, à la base, c’est juste une question d’injustice. Peu de professeurs. Des bâtiments vétustes. Des inégalités selon les régions. Un petit air de déjà vu ?

Cette fois c’est la génération covid qui s’exprime avec véhémence. C’est vrai qu’il est sympa le monde qu’on leur propose entre des guerres qui ne s’interrompent jamais, des tarés au pouvoir, un dérèglement climatique flippant ou une intelligence artificielle qui pourrait même aller piquer le boulot des bons élèves et des biens-nés. Trop jeunes pour voter mais déjà conscient des difficultés. Il est normal de les voir révoltés !


C’est à ce moment là que sort Everyone gets everything they want, le premier album solo de Tom Morello, le guitariste emblématique de Rage Against The Machine. Depuis la fin du groupe, il a multiplié les projets mais n’avait jamais sorti de disque sous son nom. Avec un Donald Trump infernal, Tom Morello a toutes les raisons d’assumer sa réputation de guitar hero de gauche, préférant toujours le collectif besogneux à l’individualisme triomphant.

Ce premier album a des défauts : l’ensemble souffre de chansons qui s’emboîtent mal. Une à une, elles sont percutantes et profitent du coté tête chercheuse du guitariste. Elles n’arrivent pas à se conjuguer les unes avec les autres. On assiste à des tours de force fascinants mais ça n’impose pas une vraie cohérence.

Ne nous plaignons pas : Tom Morello est un sacré exécutant. Son savoir faire est absolument incroyable. Aidé par son fiston même pas adulte, Tom Morello sait faire des morceaux de bravoure et continue de bien s’entourer pour s’opposer à toutes les horreurs du monde actuel. Il continue sa lutte finale avec une vitalité qui fait plaisir à entendre. Un militantisme exemplaire.

C’est peut être un peu trop cliché pour vous gros riffs et paroles hurlantes. On peut s’interroger sur la morale contemporaine, ou plutôt son absence, sans faire intervenir les décibels de l’enfer et de la révolution.



C’est ainsi que l’on reconnaît dans cette période trouble, l’importance de la nuance. Issu du post punk, les rigolos de Protomartyr, font aujourd’hui un rock particulièrement travaillé. Et très ancré dans la réalité. Leurs morceaux dénoncent et grognent. Les paroles cachent une déprime face à la connerie rance et les monstruosités évidentes.

Mais leur musique est un signe de résistance. Le groupe de Détroit (très apprécié d’Iggy Pop) tente l’album conceptuel en nous faisant visiter un hôtel. Délabré et inquiétant. Avec sa référence à l’Hotel California des Eagles, Protomartyr montre qu’il n’a pas peur d’assumer toute sa folie créatrice.

Pas étonnant alors de retrouver à la production de ce nouvel édifice, nommé Hotel Usona, Dave Fridmann, vieux complice de Mercury Rev et surtout des Flaming Lips, autre dinguerie qui refuse de toucher terre.

Il apporte un contour mélodique à toutes les colères du groupe. La voix de Joe Casey est le guide d’une promenade sombre mais passionnante dans une maison hantée que pourrait être les Etats Unis aujourd’hui. Les rythmiques sont agressives mais se font contrer par des idées de production qui n’enlèvent rien à la férocité du propos. C’est un vrai disque de guerriers, quelque part entre Nick Cave et Faith No More. Ce quatuor propose le son de son époque : faut pas s’étonner si ça pique un peu les oreilles et les yeux.



Car d’autres écrivent des chansons comme s’ils avaient pris de la lacrymo plein la tronche : en quelques mois, le groupe de Boston, Dropkick Murphys est devenu de le fer de lance contre le fascisme qui se planque sous la coiffure ubuesque de Donald Trump.

Dire qu’on pensait qu’ils étaient de petits nazillons au début de leur carrière. Depuis 1996, ils ont montré leurs valeurs bien irlandaises avec des centaines d’hymnes vivaces qui fustigent les forts et encouragent les humbles.

Après un repos acoustique, encouragé par la stupidité de l’administration américaine, le groupe est devenu à nouveau cette grosse boule de nerfs qui rappelle les Pogues comme les Clash. La colère devient une énergie positive qui fait réfléchir et vous invite à pogoter joyeusement. Les racines irlandaises sont toujours aussi bien portées par des punks engagés, qui possèdent désormais une force de frappe inouïe.

For the People donne le tempo pour une révolte saine et brillante. Alors mes petits lycéens ou étudiants, si vous avez le moral dans les chaussettes, vous pouvez compter sur ces œuvres pour vous montrer que rien n’est désespéré même quand le monde ne tourne vraiment pas rond. Une bande son idéal pour sentir l’insoumission et la rébellion. 



Everyone gets everything they want, Tom Morello
Hotel Usona, Protomartyr

For the people, Dropkick Murphys

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