J’ai rencontré Laura Alcoba dans un train il y a quelques mois. Lorsque je l’ai interrogée sur ce qu’elle faisait dans la vie, elle m’a répondu doucement : « J’écris ». Je lui ai demandé de préciser : « Je suis écrivain ». Elle l’a souligné, tout bas, presque timidement.
Laura Alcoba est née en Argentine. Enfant, le nom de Buenos Aires me faisait rêver.
Laura situe Minuit à bord en Argentine mais aussi dans les Pyrénées françaises. On lui propose de s’installer dans une résidence d’écriture, un paquebot des années 1930, le Belvédère. L’endroit est remarquablement décrit, on peut imaginer y déambuler avec l’auteure, comme elle à la fois intriguée et un peu effrayée. Elle s’y perd, s’aventure, curieuse.
Mais cet hôtel « échoué » n’est qu’une partie de l’histoire. Car c’est là que l’auteure y ouvre sa « mallette Benjamin Fondane ». Elle y a rassemblé des notes pour son travail sur Fondane. Ce poète roumain né en 1898 est arrivé à Paris en 1923. A l’époque, de nombreux artistes étrangers optaient également pour la « ville lumière », notamment Tristan Tzara et Brancusi.
Mais cette période n’est pas celle que privilégie Alcoba. Un temps proche du surréalisme, il s’est intéressé ensuite à l’existentialisme. On devine à travers les mots de l’écrivain une personnalité forte qu’en quelques mots elle décrit avec talent. Mais sa recherche porte surtout sur Tarira, l’unique film de Benjamin Fondane. De sa malle, Laura extrait des notes. Ses visites en Argentine sur les traces de Fondane contribuent aussi à intriguer. Il y a autour de ce film disparu un mystère. Car il n’en reste presque rien : quelques photos et des archives.
Laura Alcoba campe aussi des personnages très vivants. L’écrivain Victoria Occampo, Line et Geneviève, sa sœur et sa mère. Des personnages qu’on aurait aimé connaitre. Grâce à l’utilisation de flash-backs savants, on se plonge dans Minuit à bord aisément. Un livre qui mêle un style à la fois ferme, net et doux.
Benjamin Fondane est mort en octobre 1944 à Auschwitz.
Minuit à bord, de Laura Alcoba
paru le 05 février 2026 chez Gallimard
20€ | 190 pages

