Nelken (1982), Pina Bausch, Tanztheater Wuppertal Cie,
Mai14

Nelken (1982), Pina Bausch, Tanztheater Wuppertal Cie,

  Un horizon d’œillets. La transparence des tiges, le plein des fleurs, clignez des yeux tout se noue se joue le cœur bat, l’image est sublime, notre corps entier, notre perception sensible sont déjà sollicités, viennent les danseurs, les 23 danseurs de cette chorégraphie – Nelken – dans un champ d’œillets. Champ de beauté, sol encombré, pour Palermo Palermo c’était le mur tombé qui obligeait le corps et la pensée à des tours, des détours, ici les œillets dressés forment la frontière fragile entre le public et la scène. Tandis qu’ils s’avancent, les danseurs, hommes et femmes, leurs jambes floutées par 9000 tiges fines, un effacement optique qui donne aux corps encore plus de chair, encore plus d’aplomb, tandis qu’ils s’avancent la mer d’œillets vibre, ondule, l’immobilité chavire. Lever haut les jambes, contourner l’abîme ne rien abîmer, obstacle palpable, sortir de scène toujours haut levés, comment ne pas froisser la beauté, comment dire le monde fragile ? Ainsi. En silence, langue des signes, Lutz Förster parle, The Man I Love, à présent la voix chaude, les mains signent toujours, nous apprennent nous parlent, la danse est langue des signes, à présent chaque geste sera signifiant, notre œil, oreille, notre ouïe, vision, nos mains, notre peau, récepteurs, Pina Bausch excelle à multiplier les perceptions, à nous rendre vivants. D’éblouissement en éblouissement l’écriture chorégraphique raconte et suggère, elle propose et creuse, solos ou chahut, chaos ou extase, se jouent se parlent et se dansent. Le cœur battant. Micro posé sur la poitrine de l’un ou l’autre, ça bat, de peur de course d’amour. Et le vôtre et le nôtre de cœur comment battent-ils ? Bat-il toujours, êtes-vous vivants, comment êtes-vous vivants ? S’enterrer à la petite cuillère, allez, elle vous montre elle dévoile elle met à jour sur cette scène peu à peu, pas à pas dégradée, les violences du quotidien, violences langagières et corporelles accompagnées de la musique du cœur, chaque mot mesuré au sismographe du cœur au micro, ne vous remettez pas ne fermez pas l’œil, une femme nue en culotte blanche habillée d’un accordéon s’approche, elle fait son entrée, elle fait sa sortie, fend l’horizon d’œillets en talons hauts et voici des hommes en robes de gamines, des mutations, des bonds enjoués et en fond de scène, en fond de conscience, sur la ligne de l’Histoire Universelle de vrais gardes de vrais chiens de vraies peurs des vrais coups des vrais contrôles d’identité. Ruptures de tons, d’images, des histoires d’autorités et de place, de territoire, de fuite et de liberté. Les élans interrompus par les contrôles de passeports, à chaque contrôle moins de place pour la liberté, il/elle danse sur les...

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Pichet Klunchun and myself, Jérôme Bel, Théâtre de la Commune
Avr08

Pichet Klunchun and myself, Jérôme Bel, Théâtre de la Commune

Conversation en mouvements entre une étoile de la danse de masque thaïlandaise traditionnelle, le khon, et le trublion Jérôme Bel, inventeur de la non-danse… Au début, c’est l’esthétique du premier qui paraît assez impénétrable; répondant à l’interview béotienne de Jérôme Bel, il explicite dans un anglais approximatif les codes de cette pantomime où chaque geste est le fragment d’un long récit mythique. Danse-théâtre de doigts et de regards, pour quatre types de personnages (femme, homme, démon et singe), elle se déploie dans une fluidité extraordinaire selon un principe organisateur, le tracé d’un cercle puis le retour à des jonctions corporelles qui rassemblent et ramène l’énergie vers l’interprète. Ces spectacles, offrandes aux statues des temples, durent jusqu’à plusieurs semaines; la mort évoquée fréquemment au cours de ces longs récits ne peut être représentée directement sur scène… Au fil de cette causerie, hypnotisés par la beauté et la fluidité de Pichet Klunchun, nous voyons de plus en plus claires les formes tracées par son corps, nettement imprégné de ce vocabulaire. Nous entendons que Pichet a été destiné à cet art dès la naissance, et que son nom même est intimement connecté à cette pratique… Aujourd’hui le khon est en plein déclin en Thaïlande et se pastiche autour des piscines pour des touristes mis à l’écart de la société thaïlandaise… Pichet Klunchun explique son œuvre de reconnexion à la tradition, dans la nouvelle donne contemporaine.. Jusque-là Jérôme Bel, presque condescendant, semblait traiter cette Autre danse comme étrangère… Puis c’est au tour de Pichet de l’interroger, et le rapport de force bascule. Jérôme Bel n’est plus un danseur; il n’arrive plus à l’être reconnaît-il, il n’est pas un chorégraphe non plus… Jérôme Bel est un chercheur qui a posé son doute sur scène: « qu’est-ce que c’est être face public; pour y présenter quoi? » Alors il sidère Pichet, lui aussi dans un anglais approximatif, lorsqu’il tache d’expliquer que la non-danse est une rupture avec le spectacle classique, qu’elle vise à niveler la frontière entre le performeur et le spectateur… Qu’il y est question de la mort du corps, de comment s’arracher au rien pour devenir dansant… Que ce qui est bon à montrer c’est ce qui va amener le spectateur à penser; et que c’est un pari. Et Pichet Klunchun dit qu’il y a des choses qu’on ne veut pas voir dans son pays et que ces choses-là on les montre aux touristes dans des lieux où les thaïlandais ne vont pas… Cette confrontation questionne finalement les modes d’accès à la culture: quel sont les spectacles qui élèvent, ceux qui aliènent… Qui est ici le touriste sur la scène? Quel touriste de la danse...

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Afropéennes, Carreau du Temple
Mar17

Afropéennes, Carreau du Temple

Le spectacle Afropéennes, présenté au Carreau du Temple dans le cadre de la semaine « Africaparis », célèbre avec beaucoup d’intelligence et d’émotion la France noire et multiculturelle. Un savoureux moment qui apporte de la couleur et une jolie réflexion, dans cette période un peu morose ! Dans ce spectacle, Eva Doumbia raconte la vie quotidienne, les questions et les contradictions de quatre femmes prises entre tradition et modernité, mémoire et réalité. La metteuse en scène, française d’origine ivoirienne et malienne, allie une nouvelle fois les textes de Leonora Miano à une mise en scène dynamique. Mêlant théâtre, danse et chant, elle déconstruit l’image de la femme noire française et propose un nouveau qualificatif « afropéen » pour décrire cette réalité vécue. Les femmes que dépeint ici Eva Doumbia, comme souvent dans son travail, se sentent et se revendiquent avant tout françaises et parisiennes. Elles sont infusées dès leur enfance d’histoires et de représentations qui les classent comme génétiquement noires mais elles se rêvent avant tout comme des femmes de leur temps. Il faut signaler la qualité des acteurs qui nous embarquent ici dans le monde d’Eva Doumbia. Il semble qu’une partie au moins de la troupe suive la metteuse en scène depuis plusieurs années déjà. Ensemble, ils nous émeuvent et nous font vibrer ou rire avec eux. Ils interpellent le public, par exemple avec ce second couplet de la Marseillaise revisité qui donne un frisson tout particulier. Africaparis nous aura permis pendant une semaine de découvrir des créateurs « chercheurs » de modernité. Si le reste de la programmation d’Africaparis pouvait nous parfois nous interroger, Eva Doumbia et son spectacle « Afropéennes » sont une très belle incarnation de cette France moderne. Une artiste et un spectacle à...

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D’après une histoire vraie, Christian Rizzo, Arsenal, Metz
Mar07

D’après une histoire vraie, Christian Rizzo, Arsenal, Metz

Entre tradition et danse contemporaine, une danse folklorique masculine apparaît et disparaît, portée par les percussions de deux batteries. Christian Rizzo est de retour à Metz pour deux spectacles (le deuxième sera présenté dimanche 8 mars au Centre Pompidou-Metz) qui interrogent les résonances de la danse populaire dans les rythmiques et les gestualités d’aujourd’hui. Dans D’après une histoire vraie, huit danseurs travaillent les synchronismes et leurs variations dans une construction formelle qui parfois rappelle subtilement les recherches chorégraphiques d’Anne Teresa De Keersmaecker. Toute narration est absente de cette pièce, où les danseurs ne sont que mouvement et gestualité évocatrice. La chorégraphie populaire surgit au fur et à mesure, toujours détournée de ses puissances explicites par un savant travail sur le geste contemporain, d’abord sous forme d’allusions légères, puis avec de plus en plus de netteté. Le rythme des deux batteries présentes sur scène accentue l’énergie grandissante qui envahit les corps. La multitude de combinaisons des contacts entre ces corps masculins est travaillée avec une sensualité significative de laquelle surgissent les mouvements anciens, dévoilant leur polysémie et leur richesse sociale. D’après une histoire vraie est une pièce en suspens, qui tourne autour de l’idée de suggestion : entre ébauches et changements de directions continuels, pendant une heure le folklore est effleuré sous divers aspects, jusqu’au déchaînement final qui semble presque vaincre les danseurs à leur corps défendant. En enchantant le public messin, Christian Rizzo questionne de l’intérieur la danse populaire et son éloquence...

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Focus NeedCompany MaisonDahlBonnema – Rhythm Conference feat. Inner Splits / Maarten Seghers & the Horrible Facts – What do you mean what do you mean and other pleasantries
Mar07

Focus NeedCompany MaisonDahlBonnema – Rhythm Conference feat. Inner Splits / Maarten Seghers & the Horrible Facts – What do you mean what do you mean and other pleasantries

Dans le cadre du Festival Artdanthé, le Théâtre de Vanves propose un double spectacle de danse autour du rythme de la parole. Dans le spectacle de la compagnie MaisonDahlBonnema, deux hommes et deux femmes (le duo Anneke Bonnema et Hans Petter Dahl, accompagnés du batteur Nicolas Field et de la comédienne Catherine Travalletti) sont habillés de blanc, portent un long chapeau pointu blanc et se déplacent dans un espace complètement blanc. Dès le début, tout évoque l’univers : la pièce est une longue réflexion sur la terre, la vie, les images, les nouvelles technologies, l’humanité dans une perspective résolument apocalyptique. Une mise en scène assez pauvre, un travail sur le lien entre le rythme de la batterie, la parole et le mouvement qui tourne en rond. Entre pathos et ironie, sentencieux et décalage, Rhythm Conference se révèle un hymne à la vie new age au premier degré, assez frustrant, que seule la dernière partie (énumération-catalogue interminable de « choses » sous fond de musique krautrock) parvient à sauver de la banalité. A l’opposé, avec une mise en scène très simple et surprenante, la pièce de Maarten Seghers travaille en profondeur la parole, la limite entre le sens et le rythme, avec une ironie et une inventivité scénique impressionnantes. What do you mean… expérimente toutes les nuances de la satiété sémantique, lorsque la répétition des phrases, rythmées jusqu’à l’épuisement, perd son sens et devient pure sonorité. En parallèle, Maarten Seghers travaille le non-sens corporel, une gestualité à la fois absurde et sobre qui se joue autour d’une planche en bois collée au visage, en transformant le corps en un objet empêché, mais extraordinairement musical qui communique joyeusement avec le dispositif sonore du décor-caisse de résonance. Une mise en scène dépouillée et imaginative, où les répétitions, les silences, les attentes, portés par ce corps maladroit et hilarant, enchantent pour leur construction...

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Les Nuits, Ballet Preljocaj, Arsenal, Metz
Fév22

Les Nuits, Ballet Preljocaj, Arsenal, Metz

Le Ballet Preljocaj enchante une grande partie du public messin avec une pièce chorégraphique, inspirée des histoires des Milles et Une Nuits. Créée à l’occasion de Marseille-Provence 2013, Les Nuits s’ouvre par un tableau vivant du Bain Turc d’Ingres. Des mouvements hypnotiques et saccadés, une gestuelle précise et symétrique, un travail formel captivant sur la durée et le rythme : l’entrée en matière dans l’exotisme mystérieux de l’Orient sensuel est tout à fait réussie. Après ce début remarquable, la pièce se poursuit (et se perd) dans un défilé de séquences insistant de manière de plus en plus effrénée et, à notre avis, triviale, sur cette sensualité embrasée hétérosexuelle et homosexuelle correspondant à plusieurs clichés érotiques qui se révèlent involontairement comiques et cocasses. Les costumes et les musiques ajoutent de la grossièreté et du pathos au premier degré à cette suite de tableaux sensuels dans lesquels, parfois, les mouvements de groupe ne sont pas à la hauteur de la volonté formelle du chorégraphe. La pièce nous semble rester à la surface des questionnements culturels et, si l’on veut rester sur le plan purement chorégraphique, de la gestuelle érotique que le recueil de contes Les Mille et Une Nuits pourrait susciter aujourd’hui. Quelles corporalités donner à voir ? Quelle sexualité interroger et déployer ? Quelle vision de l’Orient mettre en jeu ? Ici, la danse ne creuse aucune question : Preljocaj nous semble fuir ces questions extrêmement politiques liées à l’émancipation du regard et des actes (notamment féminins) pour nous endormir avec une vague provocation sensuelle frivole et...

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L’Autre, Françoise Gillard, Comédie Française
Fév18

L’Autre, Françoise Gillard, Comédie Française

Nouvelle collaboration avec la chorégraphe Claire Richard, c’est aussi une nouvelle occasion pour ses camarades du « Français » d’abandonner leur langue habituelle (en vers ou en prose) et de s’essayer à cette chose étrange qu’est le langage du corps. Corps projeté, abandonné, maltraité, sauvé, embrassé ou porté. L’autre, c’est peut-être tout simplement le danseur pour le comédien et vice-versa.

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Afropéennes Eva Doumia
Fév17

Afropéennes Eva Doumia

Dans le cadre d’un week end Africaparis, le Carreau du temple se met aux couleurs et aux saveurs de l’Afrique. Créations artisanales, cours de danse, ateliers lecture et débats, contes et dégustations, une première afropéenne certainement suive de nombreuses autres!

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Le parlement des invisibles, Anne Collod, Arsenal, Metz
Fév09

Le parlement des invisibles, Anne Collod, Arsenal, Metz

Une pièce chorégraphique qui questionne l’influence des morts sur les corps vivants et qui réactive la puissance de la gestualité expressionniste. Dès le début, la nouvelle pièce d’Anne Collod nous plonge dans une ambiance sombre et captivante dans laquelle vaguent des corps-squelettes. Des silhouettes abstraites, des mouvements précis et stylisés : tout évoque clairement une ambiance expressionniste, dont l’intensité est redoublée par des projections sur les rideaux noirs du fond et sur des écrans-miroirs portés par les danseurs. Cette référence historique assumée par une abstraction géométrique extrême est le fil conducteur de la pièce, dans laquelle les corps des danseurs figurent la vie et la mort, leurs possibilités représentatives, leurs dialogues discontinus et imparfaits. Le parlement des invisibles travaille le concept de vitalisme (la séquence carnavalesque en est l’apogée), sa survivance à un siècle de distance ; elle questionne le sens que ce courant philosophique peut acquérir aujourd’hui. En travaillant différentes couches et qualités d’images, le flou des corps dans l’obscurité, l’ambiance de mystère associée à la puissance des compositions de Camille Sain-Saëns reprises par Pierre-Yves Macé, Anne Collod pousse le spectateur à un effort constant de compréhension des actions jouées sur scène et le surprend par moment avec des images puissantes et énigmatiques. La force conceptuelle de l’expressionnisme est ici réactivée comme image pure.    ...

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Barbe-neige et les sept petits cochons au bois dormant‏
Fév03

Barbe-neige et les sept petits cochons au bois dormant‏

  Du Perrault version Rita Mitsouko. Métissage réussi entre danse hip hop, personnages classiques et humour sans limite. A voir! Du Perrault version Rita Mitsouko. Métissage réussi entre danse hip hop, personnages classiques et humour sans limite. A voir! Dans le cadre de la 23e édition du Festival Suresnes Cité danse qui se déroule du 16 janvier au 10 février, Laura Scozzi est revenue avec son succès « Barbe-neige et les sept petits cochons au bois dormant ». Pour le plaisir du public séduit. L’italienne Laura Scozzi marie les contes de notre enfance avec les battle et la génération 2.0. Les décors sont flashy et les petites abeilles portent des Adidas blanches. A la fin, la bonne fée se fait rattraper par ses personnages et on tombe dans le quotidien en écho à la chanson Cendrillon de Téléphone. Ici Barbe Neige semble échappée d’un conte jusqu’à ce que la nuit tombe et qu’au réveil l’envers du décor entonne un air… « Les histoires d’amour finissent mal en général ». Dans cette version actualisée loin du Walt Disney, la Belle au bois dormant ne se réveille pas, Cendrillon perd ses Birkenstocks à paillettes en sortant de boite de nuit et les sept Blanche neige se ruent sur le pauvre nain après avoir ingurgité une Pink Ladie aphrodisiaque… Eclats de rire dans la salle. Autant dire que si tu viens pour le hip hop et Marvin Gay, c’est raté mais si tu viens pour rigoler c’est gagné! En même temps, difficile de breaker avec un déguisement d’ours en peluche. Quoique, les deux videurs de la boite de nuit de Cendrillon ne s’en sortent pas si mal… On sort enfin réconcilié avec le Prince charmant qui n’est pas du tout grand beau et fort mais plutôt gringalet, puéril et bourré. Du vécu? Heureusement Barbe bleue fait diversion avec un jeu de fesses d’enfer et un show de crooner digne de Barry White! Un vent de bonne humeur souffle sur Suresnes et son festival. Festival Suresnes cités danse – 23ème édition Durée 1h15...

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Contact, Philippe Decouflé, Théâtre de Chaillot
Jan16

Contact, Philippe Decouflé, Théâtre de Chaillot

  Des Dieux de l’Olympe à West Side story en passant par Charlie Chaplin et Pina Bausch, Philippe Decouflé passe en revue l’univers des comédies musicales. Succès mitigé. La Compagnie DCA (diversité, camaraderie, agilité) rassemble des jeunes, des moins jeunes, une femme enceinte, un tatoué, un beau noir, en tout seize danseurs, acteurs, musiciens sur la scène de Chaillot. Un monsieur Loyal mi Faust-mi Jean Claude assure la transition entre danse et cirque. Dans un ensemble décousu sans vraie histoire, des scènes dansées alternent avec l’envolée poétique de la voltigeuse de talent Suzanne Soler. On note des longueurs et des tableaux assez inexpressifs. Maître du déjanté, Decouflé nous perd quelque peu dans son touche à tout. Ce qui séduit par ailleurs dans Contact reste bien l’alchimie du spectacle vivant et de la vidéo. Des kaléidoscopes décuplent la force des images. Accompagnés de la musique de Nosfell parfois envahissante, les corps se rencontrent, la beauté apparaît. Sitôt on l’aperçoit, sitôt elle nous ravit, voici le propre de l’insaisissable beauté. Comme en suspension, on prolongerait bien l’émotion alors que déjà elle nous échappe. Reste la perfection du corps sculpté du danseur Sean Patrick Mombruno qui mérite à lui seul tous les Contacts…   Jusqu’au 06 février 2015 Théâtre National de Chaillot Durée 1h40...

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Torobaka, Akram Khan, Israel Galván, Théâtre de la Ville
Jan05

Torobaka, Akram Khan, Israel Galván, Théâtre de la Ville

Rencontre au sommet de deux virtuoses de la danse. Akram Khan et Israel Galvàn offrent un spectacle novateur à la croisée du flamenco et du kathak indien. De l’Inde à l’Andalousie, Akram Kahn et Israel Galvàn interrogent les racines de leurs danses respectives. Le Britannique d’origine bangladaise, chorégraphe de génie inspiré par la danse kathak de l’Inde du Nord partage la scène avec le Sévillan et inventeur d’une forme contemporaine de flamenco. Leur création Torobaka tire son nom du rapprochement entre le toro et à la vaca (« vache »), leurs « animaux sacrés » respectifs. Dans une arène dessinée d’un rond de lumière au sol, les deux danseurs se rencontrent pour la première fois sur la scène du Théâtre de la Ville. Chacun apprend de l’autre et ensemble, ils inventent des formes nouvelles. Sur fond d’admiration réciproque perceptible, ils s’attirent, se défient, s’intriguent. Les claquettes aux talons rencontrent les grelots traditionnels aux chevilles. Sur fond de musique sacrée, BC Manjunath, percussionniste indien, renversant de technicité synchronise la musique à la danse. Son rythme accompagne à merveille le mouvement des corps. Avec une ingéniosité remarquable dans les chorégraphies, les gestes, le jeu des mains ils offrent des duos empreints d’une grande liberté. Dommage alors que les moments de danse ensemble se fassent rares au profit de solos qui trainent en longueurs sans grande émotion. Hormis une sublime séquence d’Akram Kahn, dansant assis sur une chaise, dans un tempo endiablé. Mémorable. Torobaka met ainsi en lumière la richesse multiculturelle de la danse contemporaine à travers deux artistes authentiques.   Jusqu’au 05 janvier 2015 Théâtre de la Ville, Paris,...

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Sara Baras Ballet – Voces
Déc27

Sara Baras Ballet – Voces

On sent combien la famille du flamenco porte le deuil de l’immense guitariste Paco de Lucia, combien son souvenir hante les mémoires. Mais alors le flamenco si empreint de douleur trouve son exutoire par la danse et la chanson. Place à la fête !

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Asa Nisi Masa
Déc26

Asa Nisi Masa

Création originale et joyeuse du chorégraphe, metteur en scène et vidéaste, Asa Nisi Masa s’amuse de la rencontre de la danse et de l’image. Dans une synchronisation parfaite, l’écran suit les mouvements pour apporter le rire, le décalé.

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Tutu, Chicos Mambo, Bobino
Déc11

Tutu, Chicos Mambo, Bobino

  Une ode à la danse complètement déjantée. L’autodérision au masculin cartonne à Bobino. Allez rire ! Vous voulez voir un joueur des All Blacks danser en tutu? Découvrir une nouvelle chorégraphie de Dirty dancing avec un porté encore plus mémorable ? Ou encore une ballerine sur pointe suivie à la trace par une lignée de cygnes excités ? Les Chicos Mambo sont là pour vous. En vingt tableaux, six danseurs d’une beauté sculpturale revisitent l’univers de la danse. Du classique au hip hop, du tango à Pina Bausch, du rythmique à l’acrobatique, ils maitrisent tous les styles et s’en amusent. L’amour de la danse transparait de leur humour désopilant et la salle comble de Bobino semble le partager. Petits et grands, néophytes comme experts rient autant qu’ils applaudissent. Les chorégraphies parsemées de clins d’œil humoristiques alternent avec des solos à l’esthétique soignée. Dans des costumes et accessoires réussis de Corinne Petitpierre, ils passent de petit rat de l’opéra à fruit et légume, de cygne blanc à Patrick Swaize. Leur ton décalé plait, leur technique époustoufle. Avec autodérision et conviction ils tordent le cou aux a priori des hommes ayant épousé la carrière de danseur professionnel. À l’occasion des 20 ans de sa compagnie de renommée internationale, Philippe Lafeuille a redoublé d’imagination pour offrir au public un nouveau spectacle aussi étonnant qu’impressionnant. On comprend les prolongations. Profitez-en ! Jusqu’au 17 janvier 2015 à...

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Là où j’en suis, Florent Mahoukou
Nov28

Là où j’en suis, Florent Mahoukou

Une performance de danse contemporaine intéressante mais déstabilisante. Originaire du Congo Brazzaville, Florent Mahoukou rapproche dans ce spectacle son univers à celui de la danse japonaise. Deux pays qu’on ne verrait pas d’emblée si aisé de rapprocher. Des passerelles se créent à travers les pas et le maquillage traditionnel congolais tacheté dans la blanche peinture de Geisha. Sur le plateau parsemé de chaises en plastique, le corps de quatre danseurs congolais et une danseuse japonaise s’emmêlent. Mais sans rapport de séduction. La danseuse japonaise Arisa Shiraishi danse sur un pied d’égalité masculin-féminin. Quelques scènes de danse au ralenti accompagnées à la guitare offrent des moments de grâce. Le mouvement de Brazzaville, son sens de la débrouille, sa lutte, son entraide jaillissent. On semble admirer de belles scènes de rue au milieu de l’agitation urbaine. Mais la deuxième partie se montre plus obscure, plus décousue. Des bruits assourdissants agressent l’oreille. Puis une bâche noire recouvre le corps des danseurs. Sont-ils ensevelis sous le poids d’un sombre passé ? Ou rampent-ils pour montrer le risque qu’encourt l’homme face aux déchets plastiques ? Dans la continuité de Sac au dos et My Brazza, Florent Mahoukou explore de nouvelles pistes créatives. Façonné dans la terre congolaise, il trouve son inspiration dans l’énergie qui l’a vu grandir. Loin d’être déraciné, il porte un message d’espoir à travers la danse pour déjouer les clichés sur le continent. La découverte d’artistes et de leurs univers, telle est bien l’un des ingrédients si apprécié du Festival de danse Instances à Chalon sur Saône dont la douzième édition connut un grand succès. Là où j’en suis part en tournée en 2015, notamment au Cdn de Rouen en avril 2015  ...

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Vortex Temporum, Anne Teresa De Keersmaeker
Nov25

Vortex Temporum, Anne Teresa De Keersmaeker

Création de 2013, Vortex Temporum est une des multiples pièces récentes d’Anne Teresa De Keersmaecker travaillant la relation entre le mouvement et la musique contemporaine : une autre réussite de la chorégraphe belge. Depuis ses débuts, Anne Teresa De Keersmaecker choisit de se confronter à la musique contemporaine dans sa recherche gestuelle et spatiale. Il ne s’agit jamais d’illustrer les compositions sonores à travers les corps des danseurs : sa danse est toujours une analyse autant qu’une déconstruction de la musique, ainsi qu’une proposition sensorielle à partir de l’expérience physique provoquée par cette musique. La scénographie de Vortex Temporum, pièce qui s’engage à chorégraphier l’expérience de l’œuvre spectrale de 1994-1996 du compositeur Gérard Grisey, présente des rosaces dessinées au sol à la craie. Sans dévoiler dans les détails la structure de la pièce, à partir de ces formes géométriques, la musique et la danse sont présentées seules ou en association, en jouant avec la mémoire auditive et visuelle des spectateurs, les possibilités de mise en relation et les contrastes entre les sonorités et les mouvements. La pièce nous semble questionner, entre autres, deux éléments chorégraphiques essentiels : premièrement, la dynamique entre le solo et les moments d’ensemble. Vortex Temporum rappelle la complexe construction chorégraphique de Cesena (2011), jouant des énergies gestuelles des danseurs, de leurs corps agissant comme une seule entité ou se distinguant des autres dans les rythmes et les mouvements. L’écriture chorégraphique de Vortex Temporum travaillant à partir des formes circulaires dessinées au sol permet un réel travail spatial autour du concept de tourbillon, fait de mystères, surprises, évocations subjectives et pure énergie. Deuxièmement, Vortex Temporum questionne l’imaginaire qui se produit à l’interstice entre l’abstraction sonore et la corporalité chorégraphique. Quels mouvements pour (re)vivre l’expérience musicale de l’œuvre de Grisey ? Quelle relation entre les matières sonores et physiques ? Les partitions mises en place par De Keersmaecker, jouant des densités gestuelles, des relâches, des harmonies et des froissements, et s’accompagnant d’un riche travail sur la luminosité de la scène, permettent aux spectateurs une grande liberté intellectuelle dans l’expérience des sons et des mouvements, une ouverture sur leurs propres réflexions et sensations. Unissant le travail intellectuel d’analyse musicale et la proposition sensorielle de la danse, Vortex Temporum est une heure de pur plaisir du regard.   Représentation du 20 Novembre 2014 au Théâtres de la Ville de Luxembourg Cie Rosas & Ictus        ...

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Agamemnon, Opéra Hip Hop
Nov12

Agamemnon, Opéra Hip Hop

Les « Erinyes »? Les « Atrides »? La « Guerre de Troie »? Ces mots n’évoquent pour vous que de lointains souvenirs de leçons d’Histoire ou de Grec ancien? D’ de Kabal et ses fougueux camarades leur redonnent vie dans « Agamemnon », d’après Eschyle, le 9 octobre au Théâtre de Colombes et le 28 novembre au Conservatoire de Puteaux. La troupe de 17 comédiens / chanteurs / slameurs tient la scène pendant 2h15, livrant une performance physique impressionnante dans une interprétation qui réveille le genre de la tragédie antique*. Dans cette création, qui mêle intelligemment les cultures du rap et du théâtre classique, les personnages sont incarnés dans des corps profondément ancrés dans le sol et par des voix puissantes. Les interprètes du coryphée (Arnaud Churin) porte-parole du peuple, la pythie (Audrey Bonnet) prisonnière déracinée et voyante qui annonce la funeste fin, Clytemnestre (Murielle Colvez) l’épouse infidèle du héros qui revient triomphant de la Guerre de Troie, Agamemnon (D’ de Kabal) le Roi victorieux, assument tous parfaitement, et n’ont apparemment aucune crainte de jouer la folie. Les récits et échanges sont accompagnés et soutenus par 4 Human beatbox (Hutch, KIM, Kohndo et Scouilla). Il faut saluer notamment les voix touchantes de Gasandji et de Lorraine Prigent. Si le rythme trépidant se brise parfois, c’est pour nous laisser heureusement récupérer, car jamais l’énergie du collectif ne faiblit. Pari réussi pour cette troupe d’un nouveau genre, qui prouve que le mariage, plutôt curieux en théorie, entre rap et tragédie antique est, en pratique, censé et revigorant. Le souffle du chœur et la clameur doivent leur puissance (leur renaissance?) au flow des slameurs. La parole ici est intelligente, libre et forte. Une nouvelle forme d’expression est née: et si on l’appelait « la slam-tragédie »? A voir et à entendre à l’Avant Seine, Théâtre de Colombes le 9 octobre à 20h30 et au Conservatoire Jean-Baptiste Lully de Puteaux le 28 novembre à 20h45. *Ce spectacle a été vu en avant-première au Théâtre de Chelles le 7...

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Le sacre du printemps, SHE SHE POP et leurs mères, au Théâtre de la Ville les Abbesses
Oct24

Le sacre du printemps, SHE SHE POP et leurs mères, au Théâtre de la Ville les Abbesses

Collectif féministe fondé en 1998 et basé à Berlin, SHE SHE POP organise des spectacles sans metteur en scène, ni auteur, ni acteur. Pour « LE SACRE DU PRINTEMPS », ils mettent en place un rituel, entre témoignage, pièce de théâtre et ballet (ni tout à fait l’un ni tout à fait l’autre) et interrogent les notions de « victime » et de « sacrifice » dans une perspective féministe, en témoignant de leurs souvenirs d’enfance et en convoquant les souvenirs de jeune mère de leurs propres mères… le tout sur la musique du ballet de Stravinski (ballet qui illustre le mythe sacrificiel de jeunes vierges qui, avant de mourir, dansent pour la communauté un hommage à la Terre printanière). Quatre membres du collectif (3 femmes et 1 homme) ont réalisé des interview vidéo de leur mère où chacune résume d’abord son parcours de vie de femme, puis se prête à la danse et à la confession. Un designer et un chorégraphe sont venus compléter l’équipe. Ce sont seulement les images et les voix des mères qui nous parviennent. Leur présence seulement « virtuelle » autorise chacune à raconter ses souvenirs, des plus ingrats aux plus tendres. Un second artifice met le récit à distance et évite l’impudeur de tout dévoilement autobiographique: chacun raconte des souvenirs qui ne sont pas les siens , mais ceux d’un autre membre du chœur, sur le mode: « l’une d’entre nous, dans telle circonstance, a dit ceci »… Les moments les plus réussis sont ceux des confidences qui font mal, des aveux d’un sentiment de sacrifice mal compris ou mal assumé. On (le collectif et nous, public) s’approche tout près, avec émotion, de l’ambiguïté des amours maternel et filial.  A ce propos les SHE SHE POP déclarent: « Cela n’a pas été facile de prendre la décision de faire une pièce avec nos mères. (…) mais nous, SHE SHE POP, aimons bien les sentiments désagréables; la gêne, la honte, la peur. Nous aimons travailler avec ça. » Et c’est une bonne raison de s’intéresser à leur travail, car ils grattent là où ça fait mal et nous propulsent loin de notre zone de confort.   Du 20 au 24 octobre 2014 au Théâtre de la Ville-les...

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Via Sophiatown, VIA KATLEHONG DANCE
Juil30

Via Sophiatown, VIA KATLEHONG DANCE

Rien n’est impossible. Les larmes, les éclats de pleurs étaient à l’époque des éclats de rire. C’est l’avant apartheid que l’on veut nous compter. La compagnie de danse, Via Katlehong Dance, nous raconte l’histoire de Sophiatown, quartier multiracial, avec émotion et puissance. Les courants s’entrechoquent et se complètent de la traditionnelle pantsula, danse syncopée et ultra-rapide née dans les rue dans le quartier à la gumboot (danse en bottes de caoutchouc), le step, le jazz… J’espère que vous avez les yeux et les oreilles bien accrochés ! A l’origine, Via Katlehong Dance, avait pour vocation de permettre aux jeunes du quartier de ne pas sombrer dans la violence et le crime en leur proposant de danser. L’un des co-directeurs et le chorégraphe principal, Vusi Mdoyi, a lui-même rejoint la troupe à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, il s’agit avant tout d’une compagnie de danse qui veut continuer à relayer un message de paix et de l’importance du métissage, de l’échange. Leur spectacle, Via Sophiatown, retrace l’histoire d’un quartier mixte de Johannesburg qui attira de nombreux artistes et futurs politiciens. Un bouillonnement artistique régnait dans ces lieux permettant de stimuler la création et la propagation d’idée à la fois artistique et idéologique. Avec la mise en place de la politique d’Apartheid, le visage du quartier change brutalement. Les noirs sont déplacés à Soweto tandis que les blancs restent seuls maitre des lieux. Plus que la découverte historique d’un quartier, la compagnie Via Kathelong Dance donne à voir l’émancipation identitaire d’une communauté d’un point de artistiques : musique, chant, danse et vestimentaire… Un spectacle plein d’espoirs qui nous laisse un sourire béat et néanmoins songeur.   Jusqu’au 3 août 2014...

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