Musique

Bruce Springsteen, Only the strong survive

Bruce Springsteen sort un disque de reprises. Juste avant les fêtes de fin d’année. Comme par hasard, le boss met son plus beau costard cintré et se prend pour un chanteur de soul des années 50. Il est venu avec des beaux violons coulants et les cuivres de son mythique groupe le E Street Band. Ça pourrait être un disque de Noël.

Bruce Springsteen sort un disque de reprises. Juste avant les fêtes de fin d’année. Comme par hasard, le boss met son plus beau costard cintré et se prend pour un chanteur de soul des années 50. Il est venu avec des beaux violons coulants et les cuivres de son mythique groupe le E Street Band. Ça pourrait être un disque de Noël.

Il reprend donc les titres de son adolescence. Il se plie aux règles du genre. Il se prend pour un malicieux crooner. A 73 ans, avant de reprendre la route pour une immense tournée, Bruce Springsteen semble se laisser aller… et vous savez quoi, ça fonctionne à merveille.

Depuis quelques temps, les albums étaient anecdotiques et cet album de reprises ressemble d’abord à un véritable disque de Bruce Springsteen. Le style est plus velouté évidemment mais les nappes de synthés et la voix du boss trouvent leur place dans des morceaux soul et rétro. Springsteen semble jubiler à reprendre ses classiques rien qu’à lui.

L’exercice de l’album de reprises est souvent jugé comme un effort plus commercial qu’autre chose mais ici, on ressent à chaque refrain un vrai plaisir de jouer et faire découvrir des morceaux incroyables. Le tout est conforté par des arrangements soignés. Bien souvent, ces chansons parlent de premier amour et on devine qu’il s’agit de ça dans cet album hors du temps.

Seul le fort survit ! Le boss le prouve une fois de plus en réussissant brillamment un exercice peu aimé des mélomanes et des fans. D’ailleurs profitons de cette chronique pour saluer deux albums mal aimés du boss qui pourtant avec le temps, distillent un certain charme.

Évidemment il s’agit de l’album Human Touch en 1992. Sorti avec un autre disque du boss, Lucky Town, Human Touch fut un succès commercial mais tout le monde en voulait au boss d’avoir mis de coté le E Street Band.

Pourtant le disque est de très bonne facture. Le soleil californien brille dans ce disque. Cela change du New Jersey mais ça n’empêche pas le boss de parler de sa petite Amérique, celle qui fait sa gloire, son succès et son inspiration.

On voit bien que notre boss n’est plus au sommet du rock’n’roll. Le Grunge vient grattouiller le vernis des productions des années 80. Metallica rend le metal commercial et les Guns font du grabuge sur le reste du Monde. Alors, aujourd’hui, écouter Human Touch c’est un peu écouter un échantillon de la formule Springsteen.

Il y a du rock et de l’introspection. Il y a de la tendresse et du muscle. Il y a des synthés et des guitares. Il y a un homme qui visiblement est très heureux de chanter. On est sérieusement dans le cliché springsteenien. Le chanteur se rassure comme il peut en recomposant son destin artistique (les meilleurs disques sont passés, on peut le dire désormais). Tout semble un peu forcé dans ce disque, qui se révèle extrêmement attachant au fil des écoutes et des années.

L’artiste est nettement plus révolté en 2012, sur Wrecking Ball, un effort balaise dans sa carrière. Il ne faut s’étonner d’y croiser son nouvel ami, Tom Morello, guitariste de Rage Against the Machine. Après la disparition du saxophoniste Clarence Clemons, le boss fonctionne à la colère et l’énervement. Ce disque est abordable en surface mais le ton est monté, ce qui a déplu à certains.

Le disque ne renie jamais cette hargne et en fait son énergie. Qui part un peu dans tous les sens. On trouve des notes hip hop à côté d’un folklore irlandais. Une fois de plus, Springsteen gronde pour tout le monde et la diversité américaine. Il cogne sur le gouvernement et Wall Street. Comme Born in the USA, on pourrait confondre son humanisme avec un certain nationalisme.

Comme tout disque de Springsteen, il faut y revenir de temps en temps. Comme Human Touch, il y a une sensibilité nerveuse qui fait la différence au fil du temps. Du temps, le boss n’en a plus tant que ça et réalise aujourd’hui son rêve de gosse : être un chanteur de soul ! Quelle bonne idée : son disque est sûrement l’un des meilleurs de cette année !

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