mémoires d’un lutteur de Sumô

Si l’on n’y prend pas garde, on peut penser que le sumô est un combat aussi inepte qu’éclair entre deux gros types qui se rentrent dedans sans finesse.

Mémoires d’un lutteur de sumô nous fait découvrir un univers complexe et passionnant où les enjeux dépassent la simple issue d’un combat.

Kazuhiro Kirishima est un garçon robuste et costaud. Il a 15 ans lorsqu’il est repéré pour entrer dans une école de sumô de Tokyo. Il lui faudra se résigner à quitter son village et les siens et faire preuve d’une abnégation admirable pour tenter de devenir professionnel.

La difficulté principale sera, pour lui qui fait à peine 90 kg, de prendre les kilos qui lui manquent pour faire le poids face aux autres lutteurs. Il évoquera pudiquement et humblement toute la difficulté qu’il y a à supporter des régimes hyper caloriques indigestes et qui lui ôtent tout plaisir de manger.

Kazuhiro Kirishima raconte sa vie simplement, avec une sobriété et une humilité toutes japonaises. Il nous explique le parcours d’un sumô et nous convainc de la difficulté à atteindre les sommets de la hiérarchie, et surtout à s’y maintenir.

On apprend aussi que la carrière d’un sumô n’est pas linéaire, que sa progression se fait en dents-de-scie et qu’un champion peut se retrouver assez facilement rétrogradé et perdre ses avantages. La rétrogradation n’est cependant pas forcément synonyme de baisse de popularité car le public n’apprécie pas le lutteur pour ses victoires mais pour son courage. C’est pourquoi un perdant peut être plus acclamé qu’un vainqueur.

Kazuhiro Kirishima démontre également que les sumôs, qui apprécient l’art et dont la formation comprend l’apprentissage de la calligraphie japonaise, sont loin d’être dépourvus de sensibilité, voire de grâce.

Il faut saluer le travail remarquable de la traductrice, Liliane Fujimori, qui complète le récit par des commentaires particulièrement bien documentés et intéressants et dont la passion manifeste pour le sumô (ou au moins pour Kazuhiro Kirishima) est assez communicative.

Mémoires d’un lutteur de sumô vous permettra en tout cas de ne pas être un de ces lourdauds qui se demandent : « Comment peut-on être fasciné par ces combats de types obèses aux chignons gominés ? », et qui affirment, à tort, que « Ce n’est vraiment pas un sport d’intellectuel ! »

Picquier Poche – 262 pages

Auteur: Thibault Dablemont

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