La mort de Tintagiles, Maurice Maeterlinck, Denis Podalydès, Bouffes du Nord

tintagiles

 

Leur collaboration leur avait valu un franc succès avec le spectacle musical « LE BOURGEOIS GENTILHOMME », Denis Podalydès à la mise en scène et Christophe Coin à la conception musicale se retrouvent sur un nouveau projet : « LA MORT DE TINTAGILES » de Maeterlinck, présenté au Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 28 mai. Ils remportent ainsi un pari difficile : montrer une version troublante et attachante de cette pièce peu représentée.

Deux musiciens, Christophe Coin et Garth Knox, et trois comédiens-marionnettistes complices (Leslie Menu, Clara Noël et Adrien Gamba Gontard) interprètent cette forme originale. Christophe Coin a sélectionné des morceaux de musiques pour instruments à cordes du Moyen-Age à nos jours pour accompagner et animer cette fable symboliste : Ygraine et Bellangère, orphelines, vivent sous l’autorité de leur grand-mère, une Reine que l’on dit « énorme » et qu’on ne voit jamais. Elle règne du haut de la tour d’un château sombre et silencieux, sur un royaume d’où elle a fait disparaître tout prétendant à sa succession. Un matin, les deux sœurs voient réapparaître leur jeune frère Tintagiles, que la Reine a fait rappeler. Pourquoi ? Ygraine le sait sans oser l’avouer. Dans les premiers échanges entre le frère et la sœur réunis, on sent monter l’appréhension d’Ygraine et l’inquiétude gagner Tintagiles. Un échange tout en sous-entendus, plein de tremblements intérieurs. La nuit tombée, les sœurs s’endorment aux côtés du garçonnet qui sanglote, tandis que leur ami, le gardien Aglovale, surveille la porte d’entrée, car la Reine a semble-t-il déjà donné l’ordre d’enlever l’enfant. Dans ce Royaume, rien n’est sûr car « (…) on ne sait pas au juste ce que l’âme a cru voir. » Et d’ « âme », il en est souvent question ici, comme d’ « atmosphère », comme si Maeterlinck évoquait l’inconscient collectif et l’intuition personnelle, comme des outils puissants à affiner et à écouter, comme s’il fallait mieux tendre l’oreille pour comprendre ce que l’on sait déjà. Comme si l’épreuve (la menace puis le rapt de l’enfant) permettait une certaine élévation des consciences des personnages. C’est cette frontière qu’interroge intelligemment ce spectacle : le connu / l’inconnu, le visible / l’invisible, le conscient / l’inconscient, le su / l’insu, etc.

La présence blanche de la marionnette (Tintagiles), le clair-obscur, la résonance des cordes « sympathiques », et la belle présence des comédiens (bouleversante Leslie Menu en Ygraine, dans le dépassement de soi et la révolte) créent un ensemble harmonieux et propice à l’écoute de l’œuvre. En outre, la mise en scène ménage pour le spectateur quelques ruptures et images saisissantes.

La pièce d’une durée assez courte est précédée d’un prologue : des fragments de « POUR UN TOMBEAU D’ANATOLE » de Stéphane Mallarmé, lus par Denis Podalydès, accompagnés par Christophe Coin et Garth Knox. Un texte comme une tentative de Mallarmé d’exprimer le deuil de son garçonnet de 8 ans. Des fragments retrouvés après la mort de leur auteur, comme (comme le dit Denis Podalydès) « de minuscules fenêtres ouvertes sur le deuil, vécu, scruté, conjuré, indicible ».

Jusqu’au 28 mai 2015

Au Théâtre de Bouffes du Nord

Du mardi au samedi à 21h, en matinée les samedis à 15h30.

Réservations au 01 46 07 34 50 ou www.bouffesdunord.com

Auteur: Audrey Bigel

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