Art-scène, Théâtre

Le petit terroriste, Omar Youssef Souleimane, Hervé van der Meulen, Montansier

Au lendemain des attentats de 2015, Omar Youssef Souleimane (un syrien réfugié en France) s’est rappelé sa jeunesse en Arabie Saoudite, où l’enseignement salafiste aurait pu le transformer lui aussi en terroriste. Il en a témoigné dans un roman qui est aujourd’hui adapté au théâtre.

Lorsqu’il était enfant, Omar Youssef Souleimane a vécu quatre ans en Arabie Saoudite, où ses parents, deux dentistes syriens, s’étaient installés. Son père religieux pratiquant s’épanouit dans ce pays berceau de l’Islam et souhaite faire de ses fils de bons croyants:

« Ordonnez à vos enfants de prier quand ils atteignent l’âge de sept ans et frappez-les s’ils la délaissent quand il atteignent l’âge de dix ans. »

Oui mais voilà, le petit Omar fait rapidement la prière buissonnière ! La religion, pourtant omniprésente dans son pays d’adoption, ne l’intéresse pas vraiment, d’autant qu’il se rêverait plutôt poète ou Bruce Lee. Sans compter que les interdits religieux pèsent trop sur ses désirs (pré)adolescents.

Or voici que les choses changent avec les attentats du Onze Septembre. Le pays est en liesse tandis qu’Omar éprouve quelque difficulté à se réjouir de la mort d’innocents, fussent-ils américains. Certes, mais Omar entrevoit dans le djihadisme un facteur d’intégration dans une société raciste où il ne fait pas bon être syrien. Et puis, il suit l’exemple de ses parents qui vénèrent Oussama Ben Laden.

« Mange bien, pour devenir un grand djihadiste. Comme Oussama. »

Omar se révélera finalement doté d’un esprit trop indépendant et rebelle pour suivre aveuglément un embrigadement religieux.

La pièce est un témoignage particulièrement intéressant et on lui pardonnera bien volontiers ses quelques défauts. (Le texte est assez décousu et tient davantage de la succession d’anecdotes que de la dramaturgie. Le comédien est charmant mais il butte régulièrement sur un texte peu naturel car truffé de passé simple.)

Ce spectacle est montré à des lycéens yvelinois dans le cadre du parcours de lutte et de prévention contre la radicalisation, et s’accompagne d’ateliers d’écritures. Omar Youssef Souleimane fait donc un gros travail d’accompagnement afin d’expliquer qu’il ne s’agit en aucune façon de stigmatiser l’Islam, mais plutôt de démontrer que la foi sincère (quelle que soit la religion) peut être dévoyée et instrumentalisée à des fins violentes. Au théâtre, cette pièce était suivie d’un débat et sympathique et éclairant.

Bravo au Théâtre Montansier qui a produit cette pièce salutaire, intelligente et non dénuée d’humour.

10 & 11 mars 2022
Omar Youssef Souleimane
mise en scène Hervé van der Meulen
son et vidéo Charles Leplomb, lumières Stéphane Deschamps

avec Elie Youssef
Théâtre Montansier Versailles


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