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Abattre la Bête, David Goudreault, 10-18

Grâce au talent de son avocat, celui que l’on surnomme La Bête échoue en hôpital psychiatrique plutôt que d’atterrir en prison. Celui qui (se) trouve toujours une bonne raison de commettre des agressions sauvages n’est pas responsable ; c’est officiel. (« C’est documenté » comme il le dirait lui-même.)

« La psychiatrie, c’est comme la prison, en plus désinfecté. On joue sur les termes pour mettre la main sur des subventions spécifiques, mais au fond c’est pareil. Le trou s’appelle pièce consacrée à l’isolement, la cellule se nomme notre chambre, les menottes s’appellent médication et la détention s’appelle thérapie, mais faut pas se tromper, c’est la même violence psychologique, la pire: l’enfermement de l’homme par l’homme. » (page 24)

La Bête rêve de s’évader car il est persuadé que retrouver sa mère lui apporterait la stabilité. La première scène, celle où il s’échappe de l’hôpital, est très rythmée et assez tordante. Le reste du livre continue sur le même mode.

« Rares sont les occasions de se divertir à l’Institut universitaire de psychiatrie ¨Philippe-Pinel. Privé d’alcool, de drogue et de pornographie, faut se rabattre sur la médication et la violence. L’humain est créatif de nature, et je suis très humain. » (page 11)

David Goudreault aligne aphorismes, zeugmas et saillies aussi drôles que de mauvais goût. On croirait lire une chronique radio qui s’étirerait sur près de 200 pages. L’auteur manie avec délice l’argot québecois, une langue mêlée d’anglais (les couples qui se frenchent dans la rue…) et ponctuées de jurons religieux (tabarnak, crisse, ostie etc. ; un glossaire figure à la fin du livre si vous êtes perdus).

Avec son débit de mitraillette, La Bête tire sur tout le monde : les femmes, les noirs, les asiatiques, les homosexuels, les flics bien sûr. « De toute façon, je ne suis pas sexiste ni raciste, moi, je méprise tout le monde égal. » (page 124) C’est savoureusement politiquement incorrect, même si l’auteur n’ose pas franchir la limite de certains tabous. Si vous aimez l’humour trash et le second degré, vous rirez à chaque page.

« Tout s’emboîtait, comme des poupées russes ou des échangistes. » (page 96)

C’est amusant, c’est réjouissant, ça se lit rapidement ; c’est donc un livre parfait pour un voyage en train vers votre lieu de vacances. Pour autant, si les cent premières pages se lisent facilement, le récit devient un peu longuet. Sincèrement, cet opus ne m’a pas donné envie de lire l’entière trilogie que vient clore Abattre la Bête.

Paru le 16 juin 2022
chez 10-18
192 pages / 7,60€

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