Cinéma

La guerre des prix, Anthny Dechaux, Diaphana


Le visage d’Ana Girardot est un marqueur précis et passionnant dans le film militant de Anthony Dechaux. Dallas n’est pas un univers impitoyable : c’est le monde des bisounours à côté de la vie commerciale des agriculteurs bien de chez nous, confrontés à la grande distribution.

Audrey travaille dans un supermarché ; elle bosse dur et intéresse sa direction. Elle est pugnace. Elle grimpe les échelons et propose à sa boss de faire travailler son frère sur la production de yaourts. Il a fondé une entreprise florissante avec des agriculteurs indépendants. Il y a donc de la réticence à s’allier à une géant de la distribution.

Le visage d’Ana Girardot peut être doux. Il est surtout dans ce film traversé par une tourmente constante. C’est l’enjeu de ce film qui bien entendu montre la dure réalité du travail des producteurs face des distributeurs intraitables.

La Guerre des Prix pourrait être un film manichéen si il n’y avait pas justement ces personnages hantés par tout le mal qu’on leur demande de faire. Il est une sorte de thriller: c’est de la fiction qui prend en charge la réalité.

Le cinéma devient alors un aiguilleur vers une vérité qui n’est pas forcément bonne à dire ou révéler. Le film n’est pas d’une grande subtilité mais il est politique : il veut raconter une réalité. Ce n’est pas un reportage: c’est un récit. Avec donc Audrey mais aussi son mentor joué par Olivier Gourmet, excellent dans un mutisme sincère. Lui aussi a du mal à cacher sa douleur et sa résignation dans un monde de brutes.

On connaît ce monde mais la description est clinique. Les héros sont fragiles, pris dans un piège commercial qui devient kafkaïen. L’individu se résigne et le cinéaste en fait une tension quasi permanente, ce qui a tendance à nous surprendre.

Ce n’est pas surprenant mais c’est vraiment prenant. Du début jusqu’à la fin. La mise en scène gomme les éléments prévisibles. Les acteurs nous prennent par la main dans ce dramatique jeu du chat et de la souris. C’est un film qui dénonce avec un goût assez exquis et une envie de nous convaincre. Autant de conviction au cinéma, ce n’est pas banal.

Au cinéma le 18 mars 2026
avec Ana Girardot, Julien Frison, Olivier Gourmet et Aurélia Petit
Diaphana – 1h35 

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