Sans vidéo ni technologie futuriste, le musée des Arts décoratifs offre au visiteur une expérience immersive dans un âge d’or de la vie parisienne pour les privilégiés, avant la chute de l’Ancien régime : grâce à une habile mise en scène depuis la rue jusqu’aux multiples pièces d’un hôtel particulier typique, les objets, vêtements et meubles, souvent insolites, racontent la vie quotidienne de ses occupants au XVIIIe siècle.
Pour parfaire l’immersion, des fragrances et des sons différents sont associés à chaque espace : claquement de sabots et odeur de cuir suggèrent une cour pavée, tandis que chants d’oiseaux et parfum de jasmin éveillent l’image d’un jardin, par exemple.
Les hôtels particuliers parisiens, édifiés depuis le Moyen-Âge et jusqu’à la Belle Époque, sont une spécificité bien française. Demeures des aristocrates puis des grands bourgeois, ils étaient intégrés au tissu urbain quand les princes des autres capitales européennes préféraient bâtir des palais entourés de jardins.
À la fin du XVIIe siècle, il ne reste plus de terrains disponibles à l’intérieur des enceintes de Charles V ; pour satisfaire le désir de prestige des classes les plus fortunées, nombreuses à s’être enrichies, les faubourgs à l’ouest de Paris sont peu à peu lotis de prestigieux hôtel particuliers.
Le parcours de l’exposition se compose de deux espaces distincts : une première grande salle situe l’hôtel particulier dans la ville et dans la rue, détaille ses extérieurs (jardin et cour) et sa maisonnée ; puis, à l’emplacement des anciens appartements du palais du Louvre, sept pièces typiques d’un hôtel particulier sont reconstituées, correspondant chacune à un moment de la journée.
Pour la conservation des objets, toutes les baies ont été soigneusement occultées. La grande salle introductive est plongée dans une lumière bleutée, évoquant les premières heures du jour, tandis qu’une douce lumière tamisée rend leur intimité aux pièces de l’hôtel particulier, comme le firent autrefois bougies et chandelles.
La journée commence de bonne heure : à 5h15, le visiteur est dans la rue, où le peuple de Paris s’active déjà, face au majestueux portail d’un hôtel particulier, matérialisé ici par le très beau tympan cintré en chêne sculpté d’une porte cochère. Elle s’achève à 23h15 dans le salon de compagnie et le petit salon où Madame et Monsieur, avec quelques convives, s’adonnent aux plaisirs de la musique, de la conversation et du jeu.
Un grand nombre de figurines en porcelaine de Vincennes-Sèvres, Meissen (Saxe) ou encore Chantilly illustre dans la première salle le goût raffiné de l’aristocratie parisienne : toute une collection de statuettes expressives représentant les Cris de Paris, d’après les dessins d’Edme Bouchardon (1798-1762), des fleurs (roses, œillets, lilas), composant des bouquets impérissables, de ravissants oiseaux (canaris, perroquets) ainsi que des chiens (carlins, épagneuls) et quelques chats, témoins de la passion nouvelle, au XVIIIe siècle, pour les animaux de compagnie.
Des personnages de gouvernante et enfants, nourrice et bébé emmailloté, serviteur et esclave noir – dont le nombre augmente à Paris à partir du XVIIe siècle, avec l’expansion coloniale aux Antilles – offrent, en porcelaine, un aperçu la de diversité des hôtes de ces lieux.
Tout au long du parcours sont présentés des objets ingénieux dont l’usage s’est perdu, accompagnés de cartels très instructifs. Qui se souvient, ainsi, de la table pliante à rebords, parfaite pour voyager en berline, ou des socques surélevées dans lesquelles les élégantes glissaient leurs souliers fins pour éviter la fange du pavé ? Nos ancêtres avaient aussi inventé le pense-bête ou semainier, un objet oblong scandé par sept compartiments dans lesquels étaient insérées les informations relatives à chaque jour de la semaine. (Le terme de semainier désigne aussi une sorte de commode à sept tiroirs apparue sous la Régence). L’exposition permet d’en admirer une rare paire en bronze doré et ciselé de la fin du XVIIIe siècle.
Dans l’espace de la chambre et ses dépendances (cabinet de toilette et garde-robe), chaque meuble ou objet dévoile une étape du rituel du lever et de la toilette, qui commence vers 7h. Une extraordinaire baignoire en chaise longue en tôle émaillée, bois et cannage – encore exceptionnelle pour l’époque –, permet à Madame de paresser dans son bain avant de confier sa longue chevelure à une domestique, confortablement assise dans un fauteuil à coiffer au dossier échancré. Sur la coiffeuse en marqueterie de bois précieux sont posées plusieurs boîtes à poudre et une à mouches ; le minuscule objet en porcelaine qui ressemble à un coquetier est en fait une « baignoire » pour le soin des yeux !
Chaque pièce réserve de nouvelles curiosités, telle que l’écran à main, pour se protéger des ardeurs du feu de cheminée, dans le boudoir, le saint suaire portatif, naïve copie de la relique médiévale de Besançon, dans l’oratoire, ou encore, parmi les jeux de société présentés dans le petit salon, l’énigmatique « bague du tricheur ».
Jusqu’au 5 juillet 2026
au musée des Arts décoratifs (mAd), Paris Ier
TP 15€





