Vers l’autre rive

Le réalisateur de Cure raconte une histoire d’amour entre un fantôme et un vivant. Et nous livre une lente réflexion qui doit tout à une exceptionnelle mise en scène.

En 1997, nous découvrions un cinéaste au nom assez difficile à porter, Kiyoshi Kurosawa! Comme le grand Akira! Cure était un polar existentiel presque parfait, jouant avec les limites du fantastique. Un exercice de style qui a marqué le début d’une évolution chez ce cinéaste de plus en plus contemplatif et amateur d’abstractions à l’intérieur de genres codifiés.

Son oeuvre est inégale et souvent déconcertante. Mais elle a le grand mérite de surprendre à chaque film. L’étrangeté trouve chez lui une beauté esthétique et l’humain se replace au milieu de récits bizarres mais passionnants. Ils peuvent aussi dérouter.

Vers l’autre Rive réserve son lot de surprises. Il suppose une idée simple. Un homme a disparu. Cela fait trois ans que sa femme continue de vivre seule. Un soir, il revient. Comme ça. Il lui annonce qu’effectivement il est mort noyé mais il est de retour.

Elle vivait par la disparition de son mari, dans le passé. Il va lui faire apprécier le présent et peut être envisager l’avenir. Les deux êtres doivent réapprendre l’amour… pourquoi pas physique. Mais ce n’est pas facile lorsque vous êtes un ectoplasme.

Comme le suggérait le titre du film de Pascale Ferran, il faut faire des petits arrangements avec les morts. C’est un vrai concept de cinéma quand on y pense. Un moteur de fictions. Il faut vivre avec les absents, assumer leur départ, comprendre ce que ca peut apporter. Ce que ça brise. Au pied de la lettre, le revenant fait effectivement son retour dans la vie de sa femme. Sans prévenir. On pense à une autre fiction bien de chez nous, Les revenants avec cette envie de confronter le fantastique à la réalité.

La mise en scène souligne la moindre ambiguïté avec un jeu de lumière, un cadre qui se désaxe ou quelques notes de musique qui s’imposent. Le personnage du fantôme donne des cours sur Einstein et ses théories sur la relativité. Effectivement il faut relativiser au maximum pour apprécier la lenteur et la douceur de ce drame sentimental entre l’au-delà et le Monde.

Rêverie autour du deuil et histoire d’amour contrariée, le réalisateur de Shokuzai démonte avec un plaisir non dissimulé la figure au combien importante pour l’industrie locale du fantôme japonais. Il nous tend un piège plein de tendresse et nous propose une envie de poésie que l’on ne peut qu’accepter… Un film franchement exotique venu du Japon!

Avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asan, Yû Aoi et Akira Emoto – Version Originale condor – 30 septembre 2015 – 2h07

Auteur: Pierre Loosdregt

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