Un piano

Joos publie Un piano. Un album autobiographique mettant en valeur les chemins de la mémoire. Touchant car intime, réussi car graphique.

Joos est surtout connu du grand public via la littérature de jeunesse. Le Voyage d’Oregon est désormais un grand classique de la littérature de jeunesse qui permet à tous d’entrevoir des valeurs humaines issues du milieu circassien. Le don d’aller au-delà pour retrouver sa liberté. Simplement. Le don de soi.

Un piano est un autre don de soi. Sans détour, Joos se lance dans une fresque retraçant les chemins de sa mémoire avec ses traumas, ses névroses, ses angoisses, ses frustrations et ses joies. L’album s’il peut sembler difficile d’accès mérite qu’on s’y attarde, case après case. Les cases sont des photographies redondantes d’un processus mnésique mal défini. Le graphisme et les traits sont fugaces comme des flashs qui privilégient à chaque fois une partie de l’image. Le travail se fait sur les valeurs noirs-blancs , un crayonné qui révèle par cet apparent minimalisme l’angoisse choix de ce qui mérite ou non d’être valorisé.

Les images sont jetées sur le papier. Jetées pour célébrer la vitesse du désordre mental qui prend le dessus sur la réalité. Jetées pour ne pas se brûler. Les cases suivent le parcours d’un piano. Un piano légué sur son lit de mort par un père qui hantera la suite de l’existence de Joos. Le piano, figure imposante et troublante par son silence. Le piano, rappel incontournable des moments sur lequel il faisait des gammes avec son père. Des figures symboliques suivront désormais sa mémoire comme des présences fantomatiques immuables. Le père masqué d’un loup revient inexorablement à travers cinq moments. La vie du père croise celle du fils. Le loup ne le lâchera jamais. A moins que ce ne soit Joos qui ne lâche jamais le loup.

Joos dévoile ses centres d’intérêt et on comprend désormais le parcours d’un artiste qui s’est tourné vers la représentation de figures emblématiques du jazz (Charlie Mingus, Bud Powell, John Coltrane, Monk). Le père pianiste de jazz a connu un grand succès au début du XXème siècle. La quête du père ou du ressenti du père est un moteur pour l’œuvre de Joos. Alors quand on voit le clown Duke en page 19, figure emblématique du Voyage d’Oregon, embarqué sur un paquebot à destination des Etats-Unis, on sourit. On sourit de cette mise en réseau de l’œuvre, de ce clown spectateur de l’histoire du père. Tendresse.

A 70 ans, Joos revient sur son passé à travers un album touchant qui met à jour une cicatrice toujours ouverte. La perte trop rapide d’un père a laissé une ombre permanente sur le chemin de Joos. Petit garçon il n’a jamais pu entendre d’histoire sur les loups sans faire de cauchemars… Une ombre angoissante fugitive et énigmatique. La dernière planche dévoile l’ombre d’un loup dans le ciel de New-York. Comme pour mieux figer le passé. Rendre réelle une absence.

http://www.futuropolis.fr/

http://www.louisjoos.com/

112 pages – futuropolis

Auteur: Sébastien Mounié

Partager cette chronique sur

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

? * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

IP Blocking Protection is enabled by IP Address Blocker from LionScripts.com.