Spotlight

Film dossier à l’ancienne, Spotlight a toutes les (bonnes) raisons de surprendre. Une vraie leçon de journalisme qui devrait intéresser ceux « qui s’informent que sur internet »… La vérité est ailleurs!

C’est un film de bureau. Rien de plus. Rien de moins. Cela évite tout de suite le sensationnalisme. Michael Keaton est un patron de presse bienveillant. Il a trois journalistes sous ses ordres. Ils font de l’investigation pure et dure pour un journal de Boston. Dans cette bonne vieille ville catholique, très marquée par l’héritage irlandais, ils doivent surmonter un mur de silence autour de la pédophilie de certains prêtres.

Le sujet est donc délicat mais le traitement est d’une sécheresse remarquable. Le film ne cherche pas à choquer le spectateur ou le conduire au jugement naturel. Il observe une longue enquête et les contours qui vont se dessiner autour d’une demi-douzaine de journalistes.

Bien entendu on pensera au maitre étalon du genre, Les Hommes du Président. Le réalisateur Tom McCarthy joue la carte de l’épure, jusqu’à l’austérité. On ne baille pas car le courage des personnages maintient l’intérêt mais nous ne sommes plus habitués à ce genre de spectacle, sobre et d’une subtilité assez rare à Hollywood.

C’est donc un film d’acteurs. On retrouve, un an après Birdman, tout le charme entêté de Michael Keaton en chef de meute qui comprend bien l’aspect politique de l’enquête. On appréciera aussi l’humanité de Mark Ruffalo et de tous les autres comédiens, à la recherche de la vérité, face au mépris des conventions et des non-dits qui enferment l’institution religieuse. Au lieu de nous écoeurer sur les bassesses des religieux, le film étudie minutieusement le travail de fourmis des journalistes, butés et conscients de leurs devoirs.

Le scandale est là. Il pourrit silencieusement la communauté de Boston. Le quatrième pouvoir est glorifié comme une voie vers la vérité. Les victimes sont humanisées sans prendre trop de place.  A l’heure où tout le monde s’informe n’importe comment sur le net, cette mise en point est salutaire et donnerait l’envie de s’abonner à un quotidien.

La distance et la mesure sont les valeurs défendues par le film. C’est intelligent car il montre que l’immédiateté est un vice et que le recul est nécessaire à toute enquête. C’est une vraie leçon d’éthique que nous donne Spotlight. Ca fait du bien quand on s’adresse à l’intelligence plutôt qu’à l’émotion. C’est rare donc essentiel.

Avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo et Stanley Tucci – Warner Bros – 27 janvier 2016 – 2h05

Auteur: Pierre Loosdregt

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