Les tribulations d’Ana, Lucernaire

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« Les tribulations d’Ana », au théâtre Lucernaire ? Si vous voulez passer un bon moment, où l’humour et la tendresse se partagent la scène, relayés par une actrice vraiment douée, n’hésitez surtout pas !

Il y a quelques années, Les tribulations d’une caissière avait connu un succès incroyable. D’abord par le bouche-à-oreille, puis l’originalité du sujet avait fini par titiller les médias. Drôle de thème, certes, mais tellement plus original que les émois nombrilistes et vains de bien des auteurs d’aujourd’hui.

L’ouvrage d’Anna Sam, paru chez Stock excusez du peu, est drôle. Tout simplement. Mais pas seulement : pertinent, lucide, mordant, incisif. Tendre. Au départ, il s’agissait d’un blog sur le web, elle compilait des anecdotes personnelles qui sont ensuite devenues un livre.

En le lisant, Sébastien Rajon a été séduit et a décidé de le mettre en scène.

Il fallait une comédienne pour porter ces mots, ces émotions, bref pour interpréter Les tribulations d’Ana. Vica Zagréba incarne à merveille cette femme. Sur scène, trois points, trois lieux ou presque. Au milieu, la caisse, point névralgique de l’histoire, dans laquelle on est plongés immédiatement. Pas de temps mort, ici, pas d’ennui, pas d’hésitation. Dès le début, la talentueuse comédienne campe une DRH comme on en a tous rencontré, un peu inculte, un peu méprisante, mais qui la prend à l’essai tout de même. De la formation au décomptage frénétique et affolant des articles (on n’est pas loin du Charlot des Temps modernes), à l’évocation du salaire –de misère – et des clients insupportables, rien n’est superflu, tout sonne juste. On découvre le SBAM (Sourire-Bonjour-Au-revoir-Merci) et les remarques perfides des acheteurs. Celle-ci fait particulièrement mouche : « Si tu ne travailles pas à l’école, tu finiras comme la dame. » Jeux de scène, jeux de postiches et d’accents, musiques réalistes : la comédienne a recours avec succès à des artifices, clins d’œil malicieux à une vérité douloureuse.

Car cette pièce, si elle est librement inspirée de l’ouvrage et nous fait souvent sourire, n’est pas, loin s’en faut, qu’une étude sociologique. C’est la peinture criante de vérité d’un monde où la frénésie absurde de consommation pousse à l’irrespect, où la perte du sens de la réalité remplace la considération et l’empathie. C’est fou comme un texte qui paraît léger peut, grâce à un metteur en scène et, surtout, à une comédienne inventive, se transformer en un moment unique.

 

Jusqu’au 24 janvier 2015

Théâtre du Lucernaire
Du mardi au samedi à 19h.

 

Auteur: Marie Leon

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