Journal d’un corps – Daniel Pennac – Théâtre du Rond-Point

pennac1Quand Pennac cultive l’art du naïf

Un plateau. Une table de lecture recouverte de gazon. Dessus un bonsaï. Comme pour mieux figer le temps et la longévité.  Deux chaises, une à cour perdue dans l’espace, une derrière la table de lecture. Un cyclo sur lequel sont projetées les dates clef du journal. Et Pennac… Pennac, pantalon-papi-bretelles, veste, petites lunettes regard malicieux. Puis la lecture. Journal d’un corps. L’idée est bonne. De 12 ans à 87 ans, le narrateur raconte les épisodes marquants de sa vie, entre maux, joies et tracas, avec au centre, les surprises d’un corps en perpétuel mouvement. Comment ne pas s’étonner devant l’évolution du soi intime qui suit la course du temps ?

D’une voix de plus en plus assurée Pennac nous lit un journal. Celui qu’il a écrit pour ce narrateur imaginaire qu’il n’est pas. Force est de constater que sa lecture apporte davantage à la lecture que nous pourrions en avoir. Avec humilité et malgré lui, les mots qu’il a écrits le transcendent. La lecture et son interprétation vont au delà de nos représentations. Le corps de Pennac parle pour lui, le regard, les pauses donnent une nouvelle mesure, une nouvelle partition au texte.

Il en ressort alors de magnifiques moments d’une drôlerie mémorable, le clou du spectacle étant la bataille du polype, scène descriptive absurde durant laquelle un médecin fait de son affaire personnelle le retrait d’un polype dans le nez du narrateur. Des scènes d’une extrême tendresse également, quand la mort emporte Viviane alors que le narrateur enfant pêche à la truite ou quand celui-ci prend conscience tardivement de l’affreux manque physique de ses chers disparus.

Le journal de Pennac théâtralisé est un joli moment d’humanisme et d’humilité, un doux corps à corps dans lequel  les mots s’amusent à témoigner de l’histoire d’un corps fatalement voué à sa perte. On ne peut que s’incliner avec sagesse devant l’inéluctable. La femme est un mystère pour l’homme et pas l’inverse dixit Pennac, le corps reste quant à lui toujours un mystère pour les deux. Quel plus beau lieu que le théâtre pour en exposer ses sensations les  plus intimes ? Un joli moment d’humanité.

 http://2013-2014.theatredurondpoint.fr/

 du 3 juin au 5 juil.2014

pennac     pennac3

Auteur: Sébastien Mounié

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