45 ans

Beau film sur les non­dits qui fissurent les couples les plus résistants, 45 ans vous remue. C’est un film qui vous fera travailler : tout est suggéré et c’est à vous de remplir les blancs.

Si vous venez de voir la suite de Star Wars ou celle de Rocky Balboa, il est de temps de remiser au placard le sabre laser et le gant de boxe. Passons à quelque chose de plus subtil.

Geoff et Kate Mercer passent leur retraite à la campagne. Le film découpé jour après jour, commence au début de la semaine; Le couple s’apprête à fêter ses 45 ans de mariage, le week ­end. Geoff a travaillé en entreprise, Kate a été professeur. Ils n’ont pas d’enfant. Il a l’air fragile. Elle a une réserve très insulaire.

Ils sont interprétés par les géniaux Tom Courtenay et Charlotte Rampling. Ce sont tous deux d’immenses acteurs mais ils incarnent profondément Geoff et Kate et l’aura des grands interprètes s’efface derrière les personnages.

Au début du film, Kate apprend qu’avant de l’épouser, Geoff avait vécu un grand amour avec une certaine Katya. Il l’avait gardé pour lui et n’en avait jamais parlé. Cette nouvelle va peu à peu bouleverser leur existence. Geoff plonge dans les souvenirs de cet amour jamais tout à fait oublié. Kate lutte pour ne pas se laisser submerger par la jalousie. Ce retour du refoulé va mettre en perspective jusqu’à son mariage.

Ils sont chacun emportés par le flux de leurs émotions. Le tout est filmé simplement par Andrew Haigh dont c’est le troisième film. La caméra est un peu en retrait : elle enregistre l’action. Il n’y a pas d’effet de style. On a plutôt l’impression d’être chez un entomologiste ou dans un numéro d’Histoires naturelles sur TF1 dans la nuit. Mais au lieu de s’intéresser aux chèvres du Haut­Poitou, c’est l’être humain qui est disséqué.

Qu’est­ce qu’un couple ? Qu’est­ce que l’usure du temps ? Le film tourne autour de ces points. L’émotion affleure. Elle peut nous submerger. Mais la mise en scène ne nous tient pas par la main et tous autant que nous sommes, nous ressentons différemment ce film.

Il est agréable d’ailleurs de discuter ensemble d’un film où chacun apporte son vécu. Pour finir sur une note légère, Charlotte Rampling a été nominée aux Oscars pour son interprétation. Souhaitons que cette grande dame obtienne la statuette au nez et à la barbe de Jennifer Lawrence (oui, je sais : Jennifer n’est pas barbue, c’est une image.)

Avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James et Dolly Wells – Ad Vitam – 27 janvier 2016 – 1h35

Auteur: Philippe Sendek

Partager cette chronique sur

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

? * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

IP Blocking Protection is enabled by IP Address Blocker from LionScripts.com.