L’effort d’être spectateur, Pierre Notte, Solitaires intempestifs

Vendredi dernier je suis retournée au théâtre du rond-point, pour voir Exécuteur 14, une super pièce. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans mais la magie a opéré et à la fin toute mon attention était tendue vers cet être flamboyant: l’acteur seul en scène dans l’œil de la poursuite…

J’ai noyé mon masque de larmes, j’ai étalé mes genoux et mes coudes grâce aux gestes barrière, ce furent de belles retrouvailles.

Malheureusement le lendemain j’ai appris l’assassinat de Samuel Paty et tout m’est revenu de novembre 2015: je sors du théâtre (l’Usine Hollander à Choisy-le-Roi) où j’avais vu la pièce, là aussi remarquable, Jeunesse sans Dieu de Von Horvath, sur la montée du nazisme… et j’apprends l’attaque en cours au Bataclan, la nuit d’attentat au cœur de Paris… 

J’en ai tellement marre que le théâtre soit si prophétique, que l’horreur de la réalité dépasse celle de la fiction! J’ai la trouille d’aller au théâtre maintenant, je l’avoue.

En flânant à la librairie du Rond-Point je suis tombée sur ce livre un petit livre dense et intense de Pierre Notte, c’est son premier « essai » théorique sur le théâtre, ça s’appelle L’effort d’être spectateur. Ça nous concerne absolument et je me suis beaucoup retrouvée dans ce qu’il tente de cerner comme essentiel dans sa définition du théâtre.

C’est lui notamment qui avait mis en scène cette pièce que j’ai adorée au Théâtre de la Reine Blanche : La magie lente , une pièce de Denis Lachaud. Un seul en scène déjà, c’est une forme que j’affectionne.

Il termine son essai en soulignant cet effort supplémentaire, pour le spectateur de 2020, consistant à braver sa peur de sortir dans un lieu festif, ou de culture. Et il faut désormais s’arracher tôt aux tâches professionnelles, courir au théâtre et courir chez soi avant le couvre feu!

Mais on continuera toujours. Il suffit que je lise la Terrasse, et de multiples envies me réchauffent et m’animent: je vis, je respire, je sors au théâtre !

On devrait moins critiquer les spectacles, et davantage partager notre expérience aimante de spectateur : le rituel de la lumière qui descend dans la salle et qui monte sur la scène; la qualité de silence accordée ; la communauté des spectateurs et le type d’expérience qui les relie; la chaleur éventuelle, la torpeur éventuelle, l’ennui éventuel! Qui ne peut pas effacer les autres composantes du rituel… 

Bref j’ai hâte de retourner au théâtre!



L’effort d’être spectateur, Pierre Notte
88 pages
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs (14/11/2016)

Auteur: Audrey Bigel

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