Le Révizor, Nicolas Gogol, Paula Giusti, Montansier

(c) Dominique Vallès

 

L’histoire se passe il y a très longtemps « quelque part entre la Russie et l’Argentine ». Le bourgmestre d’une petite ville est informé de la visite prochaine, impromptue et incognito, d’un inspecteur du gouvernement. Et comme tous les notables locaux ont quelques « petits péchés » sur la conscience, ils se démènent pour dissimuler le chaos qui règne dans la ville. Au tribunal, les gardes élèvent des oies dans le hall tandis que le juge, passionné de chasse, y a installé un chenil. A l’hôpital, les (trop) nombreux malades sont soignés sans médicaments car, s’ils doivent guérir, ils guériront.

 

Or justement, se sont récemment installés dans un auberge un saltimbanque fauché comme les blés, Ossip, et son pantin. Les deux inconnus sont immédiatement pris par nos braves mais malhonnêtes notables pour l’inspecteur (le Révizor) et son serviteur. Ossip comprend vite l’aubaine qui se présente et emmène la ville dans un tourbillon mythomaniaque. Plus les mensonges sont gros et plus la ferveur se déchaine car tous pensent avoir à faire à « quasi un général, tant qu’à faire, un généralissime ».

 

Le Révizor effraye les hommes et charme les femmes, et les événements surnaturels se multiplient. A l’hôpital les malades « guérissent comme des mouches », tandis que l’argent remplit miraculeusement les poches d’un Ossip qui prétend collecter les pots de vin pour son soi-disant maître : « mon maître, il aime que le manger il soit le plus mieux », et il aime qu’on me traite avec égards « moi qui ne suit qu’un esclave ».

 

Si l’histoire du « Révizor ou l’inspecteur du gouvernement » de Nicolas Gogol est bonne, la représentation proposée dans le magnifique Théâtre Montansier de Versailles (un bijou de théâtre à l’italienne) est excellente à plusieurs égards. Le décor est sobre mais nous n’avons pas besoin de plus pour nous projeter volontiers dans l’histoire. L’interprétation des comédiens est juste : tous dosent parfaitement le ridicule de leur personnage pour nous faire rire sans cabotinage. La scène où les hommes viennent tour à tour corrompre Ossip est très drôle ; il y a juste ce qu’il faut de rythme et d’absurdité pour ne pas verser dans une bouffonnerie trop lourde. Le travail avec la marionnette mérite lui-aussi le détour, particulièrement le tango argentin dans lequel il emporte les femmes subjuguées par le charme qu’elles lui prêtent. Enfin, la musique jouée en direct se met au diapason et au service de l’action, sans se mettre en avant.

 

Si le Révizor passe dans votre ville, courrez céder à sa folie !

 

 

Auteur: Thibault Dablemont

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