Joker

Will Ferrell est un clown. Grace à ses succès, il aurait donc révélé des auteurs. Ses réalisateurs font désormais des films amples, sérieux et décompléxés. La preuve avec un film qui nous venge des super héros.

Adam McKay, complice du héros de Ricky Bobby, roi du circuit, est l’heureux papa de deux films américains importants, The big short et Vice. On n’attendait pas cet auteur de Saturday Night Live à ce niveau là.

Todd Philips a réalisé un film culte, Retour à la Fac avec une fois encore Will Ferrell. Il a fait ensuite dans la comédie lourdingue avec la trilogie de Very Bad Trip. Désormais il a gagné le prix le plus prestigieux du festival de Venise avec un film qui nage à contre courant d’Hollywood.

En effet Joker est jubilatoire pour toute personne qui commence à en avoir marre des super héros de toute taille et de tout poil. On parle de la starbuckisation de la société. On peut parler aussi de la Marvelisation de l’industrie cinématographique. Lissé, poli, universel. Tout ce que n’est pas le film de Todd Philips. Ouf!

Comme McKay, la bouffonerie cache un esprit plus sarcastique et c’est le cas de ce Joker, sombre et violent. Pour faire passer la pilule, le cinéaste rend un hommage à Martin Scorsese. Celui des débuts.

Gotham devient une triste ville, sale et dangereuse. L’espoir n’existe plus. Les plus faibles sont obligés de devenir de sérieux criminels. Le film raconte donc la lente transformation d’un homme simple(t) en sociopathe coloré.

Joaquin Phoenix incarne vraiment le célèbre ennemi de Batman. Le Joker nait sous nos yeux dans un ballet désespéré et urbain. Evidemment que le comédien est parfait mais ça, on le sait depuis un paquet de compositions. Aucune faute de gout (sauf la musique un peu trop expressive). Philips applique toutes les lecons de Scorsese avec un soin qui dépasse la pale imitation.

Le film réussit à gérer le malaise que suscite le personnage loin de la frilosité hollywoodienne qui a bien trop peur de choquer le “consommateur”. Philips a le mérite de tout remettre à sa place. La violence. La haine. La société. Le film déforme à peine la réalité. Ce conte désorienté par la folie de son héros solitaire vient taquiner les valeurs refuge comme la famille.

Mais là où Adam McKay invente, Todd Philips reste encore un peu schématique et roublard dans sa mise en scène. Il flatte le spectateur en citant les nobles références du cinéma des années 70. Il retrouve presque le souffle. Mais manque un peu d’originalité là où le personnage pouvait permettre tous les excès.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Joker est une oeuvre agressive, faisant un pied de nez aux conventions super héroïques. Peut être racoleur, Joker a le grand mérite de ne pas ennuyer et même de passionner! Mais de Will Ferrell à Joker, Todd Philips a eu raison de jaunir les sourires!


Avec Joaquin Phoenix, Frances Conroy, Robert de Niro et Zazie Beets – Warner Bros – 9 octobre 2019 – 2h02

Auteur: Pierre Loosdregt

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