Edmond

C’est un réflexe: on se méfie toujours lorsqu’un auteur de théâtre décide d’adpater lui même son spectacle au cinéma. Pas assez de recul. Trop d’ego. Manque d’aisance avec le nouveau médium. Alexis Michalik, fine plus du nouveau théâtre populaire, voudrait donc être un cinéaste et offrir son plus gros succès, Edmond, au septième art!

On a le droit d’avoir peur mais Michalik a des qualités pour lui qui peuvent faire des merveilles: le sens du rythme. Le gout de la simplicité. L’humour éloquent… Quand on voit tous les nanars qui nous offrent la comédie française, l’adaptation d’Edmond semble même être une bonne et noble idée!

Pour son premier film, Michalik s’est mis sérieusement au travail. Très photo sépia. Chouettes costumes. Joli ritournelle. Belle troupe d’acteurs. Dans la forme, Edmond rassure. On apprécie le travail d’un auteur qui ne prend pas le public pour un imbécile. Populaire ne veut pas dire facile. Populaire chez lui, veut dire enthousiaste. Et là, Edmond ne se résout pas à la médiocrité.

Il y a de virtuosité et du lyrisme pour filmer le combat d’Edmond Rostand contre le temps, et l’écriture d’un chef d’oeuvre, Cyrano de Bergerac. Comme ce héros, l’art est une arme. L’art imite la vie. ou l’inverse. En tout cas, Michalik conserve la verve de sa pièce, la célébration de la création, l’envie de fêter tout cela.

Les acteurs sont excellents menés par un Olivier Gourmet roublard. Cela gomme les petites faiblesses à commencer par un style un peu vieillot, un peu réac mais que l’on veut bien oublier car c’est enlevé, frais et souvent bien fait. les quelques caricatures appuyés s’oublient dans les rires d’une écriture fluide et rapide.

Le jeune réalisateur évite les pièges d’une piéce adaptée au théâtre. La caméra s’accroche d’un personnage à l’autre avec une aisance que l’on connait peu au cinéma français. Michalik a réellement imaginé son projet pour le cinéma. Pour plaire. Pour faire vibrer. C’est rassurant. A la fin du film, ca nous touche!

Avec Thomas Soliveres, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner et Clémentine Célarié – Gaumont – 9 janvier 2019 – 1h50

Auteur: Pierre Loosdregt

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