Art-scène, Concert, Musique

Dans le cœur de George, Livane, Xavier Berlioz, Théâtre de dix heures

Pour cette deuxième première, la salle est pleine, pas une place de libre. La moyenne d’âge, quoiqu’ élevée, n’empêche pas quelques jeunes, voire tout jeunes, d’être présents. C’est déjà réjouissant…

L’idée est bonne, la pièce cohérente, la mise en scène simple et efficace.

La comédienne, l’artiste, Livane se met dans la peau de Joha Heiman (mieux connue sous le surnom de Püppchen) et raconte une partie de l’histoire de celle qui partagera la vie de Brassens qu’elle aime et accompagnera pendant trente-quatre années.

Trente-quatre années qui auront vu Georges devenir un chanteur populaire admiré. De ses premiers pas avec Patachou qui, au départ, chantera ses chansons avant de réussir à le convaincre de monter sur scène. Jusqu’à son ascension dans le cœur de ceux qui l’écoutent où il se fixera durablement, ainsi que dans leurs esprits, elle sera à ses côtés. C’est la mort de Brassens qui les séparera.

L’ année 2021 aurait vu Brassens fêter son centième anniversaire. Il nous quittera en effet en novembre 1981 âgé de soixante ans tout juste (né un 22 il meurt un 29). Libération titrera “Brassens casse sa pipe ». Ce spectacle participe de la mise à l’honneur bien méritée de Brassens dans les écoles comme dans les parcs. Brassens est désormais un monument de la chanson et, pour moi, de la poésie, française. Mais cette fois-ci, c’est à l’intérieur du cœur de Brassens que nous plongerons.

Le choix des chansons est bon et suit la logique du spectacle. L’orage, l’auvergnat, saturne, supplique pour être enterré à la plage de Sète et bien d’autres.

“Le bulletin de santé” les “trompettes de la renommée” sont pour moi les grandes absentes de ce spectacle. “Le testament” aussi. Je dis de “ce spectacle » parce que je trouve qu’elles y auraient eues leur place.

Je voudrais féliciter Livane pour son admirable appropriation de “la Jeanne ». Je me suis laissé complètement emporter à redécouvrir une chanson que j’aime énormément et c’est à mon avis le point culminant du spectacle. “je me suis fait tout p’tit” est vraiment bien aussi.

Petite interrogation : un autre texte parlant de Brassens par Brassens – “la mauvaise herbe” ou “je suis un voyou” – ne serait-il pas révélateur et ne n’aurait-il pas permis de le découvrir encore un peu plus en profondeur ?

L’utilisation du “looping » musical est plutôt réussie mais n’apporte en définitive pas grand-chose à la chanson. Je pense que les chansons de Brassens n’ont pas besoin d’être touchées, retouchées. Maxime le Forestier le fait très bien quand il chante les cahiers. Certaines mélodies m’ont parues ici desservir les chansons.

Pourtant j’ai été comblé. J’ai cru ressentir à quel point l’artiste pouvait aimer et respecter Brassens, jusqu’à l’admirer sans doute.

Ses yeux, son sourire quand elle chante le montrent bien. On y retrouve parfois la même espièglerie que celle qu’on lisait sur le visage de Brassens lorsqu’en concert il chantait les phrases de son répertoire les plus grivoises, tendancieuses ou simplement prêtant le plus à sourire .

Se sachant dépassant les limites, bon enfant, il en souriait avec dans les yeux toute la beauté d’un sourire combiné avec celui de la bouche. Seule manière de véritablement sourire, il gardait ce côté pudique et espiègle que j’ai été heureux de retrouver sur scène et de pouvoir partager avec la personne qui m’accompagnait.

Nous avons ensuite regardé le tour de chant mythique filmé en public à Bobino en 1972. (Il existe un coffret de trois DVD en édition limitée mais qui peut encore se trouver je suppose “Elle est à roi cette chanson Georges Brassens »).

J’aime bien que l’on traite bien Brassens et j’ai passé un excellent moment en compagnie de quelques-unes de ses plus jolies chansons interprétées par une artiste qui lui rend un bel hommage. Très personnel, mais un bel hommage.

On découvre en plus des chansons revisitées sur le plan musical quelques informations pertinentes, offrant à ceux qui iront voir ce spectacle sans bien savoir le genre de personne qu’était Brassens, une belle ouverture sur son approche de la vie.

Entendre sa voix en ouverture est une brillante idée. C’est sur l’un des conseils ou plutôt l’une de ses réflexions les plus avisés (que je vous laisse le plaisir de découvrir) que s’ouvre le spectacle… Ça m’en a donné un frisson de contentement et de gratitude pour ceux qui ont fait ce choix.

Le spectacle est fluide, dynamique, les chansons s’ enchaînent bien, s’imbriquent dans le fil de l’histoire avec à-propos.

J’aurais tout de même aimé pouvoir chanter un peu plus. Même si à deux reprises le public, pourtant enthousiaste, s’est vu invité à participer, le mouvement a été trop peu suivi. La chanson n’était pas, je pense, celle que les gens connaissent le mieux.

En rappel j’aurais été curieux d’ entendre chanté par l’artiste (on a le droit de rêver) le poème de Richepin “les oiseaux de passages » mis en musique par Brassens…

Merci pour ce bel hommage. À l’homme et au chanteur. Je redoutais ce que j’allais voir, j’ai été agréablement surpris, étonné même par l’admiration, la sincérité et la justesse de l’artiste comédienne/chanteuse/musicienne.

Je recommande chaudement à tout le monde, en famille, en couple, seul, peu importe… allez-y ! Mais aussi, et surtout, prenez le temps d’écouter, de comprendre le sens des chansons et du message et, peut-être, de vous en approprier le contenu.

Cela permettrait  sans aucun doute de diminuer le nombre de “cons” dénoncés par Brassens et qui nous entourent (ou dont nous sommes). Même si pour lui “le temps ne fait rien à l’affaire » Livane nous offre un moment drôle et fort agréable par son interprétation de cette chanson. Libre à vous de participer (ou non ;-))

Dans le cœur de George
Jusqu’au 25 avril 2022
Théâtre de dix heures
Lundi 28 Mars 20h00
Auteur et interprète: Livane
Metteur en scène : Xavier Berlioz
Durée : 90 minutes

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