Creepy

Kiyoshi Kurosawa est un petit chanceux. En France, on l’adore. On admire son sens de la mise en scène et le brio de sa métaphysique: son gout pour le fantastique cache mal une misanthropie et une désespérance sur le genre humain. Dernièrement Kurosawa a fait un film “français” et on se demandait si ses qualités ne devenaient pas ses limites. Kurosawa doit faire du Kurosawa: un labyrinthe d’images où le fantastique en dit long sur l’humanité.

Creepy est pourtant un petit retour au source pour le réalisateur japonais: un polar! Un vrai! Un sombre! Un truc qui va évidemment se détraquer pour nous faire tomber au fin fond de la violence la plus crasse! C’est la marque de fabrique du cinéma de genre asiatique qui réussit à atteindre nos grands écrans.

Chez les Coréens on n’hésite pas à passer du film policier à la fureur gore en quelques scènes. Ici, on glisse d’une enquête molle à une profonde destruction de la famille par une homme étrange. Ancien policier, Takakura est désormais un professeur d’université. Même son âme de flic l’oblige à s’interesser à une étrange histoire de disparitions dans un quartier tranquille.

D’ailleurs il vient tout juste de déménager avec sa femme et son chien dans un quartier champêtre. Un endroit calme, troublé par le comportement très étrange du voisin, l’imprevisible Nishino.

Ce dernier finit par s’incruster dans la vie du couple et les choses vont devenir très étranges. Il nous faut un certain temps pour comprendre le piège mais il est tissé en toute discrétion. Avec un goût pour l’ennui pourrait on se demander. Mais c’est exactement ce que veut nous faire comprendre le réalisateur de Cure: l’existence est un couloir de déceptions. Les illusions mènent aux crimes. L’amour n’est qu’une chimère. Le film glisse vers le polar glauque pour nous révèler ce qu’il y a derrière les jolies petits maisons de banlieue. Kurosawa pousse le bouchon très loin.

Un peu trop puisqu’il lui faut deux heures dix pour nous rapprocher d’une triste vérité et d’une angoisse sourde mais omniprésente. Son style minimaliste est écrasant. Parfois agaçant. Souvent efficace. Kurosawa possède tout de même cet art de la bascule. D’un seul coup, on passe d’un réalisme gris à un cauchemar baroque. Un personnage peut devenir un inconnu après après l’heure de film.

Kurosawa ne change pas sa formule mais son film conserve ce charme inquiétant que l’on peut trouver dans le cinéma japonais de genre. Les exagérations sont impressionnantes mais c’est dans la nuance que l’on préfère le cinéaste. Creepy est un polar inégal et devrait vous pousser à la même misanthropie: il faut se méfier de ses voisins.

Avec Hidetoshi Nishijima, Yuko Takeuchi, Teruyuki Kagawa et Masahiro Higashide – eurozoom – 14 juin 2017 – 2h10

Auteur: Pierre Loosdregt

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