Musique

De la qualité d’être inoffensif (Mumford & sons, Noah Kahan, Glen Hansard)

Être inoffensif est-ce une mauvaise chose ? Reprenons la définition : « Qui ne fait pas de mal, qui n’est pas capable d’en faire. » Ils sont certes rares les albums qui veulent nous agresser sauvagement, mais la musique connaît des genres assez radicaux ou spectaculaires, qui poussent les limites des conventions. C’est le grand plaisir d’écouter de la musique : rebondir d’un genre à un autre, voir comment une génération interprète les faits d’armes des anciens, recycler avec plus ou moins d’hardiesse les règles du rock ou autres.



Mais certains préfèrent respecter les normes et en essayant de les sublimer. Ainsi le groupe britannique Mumford & sons a stoppé ses tentatives peu convaincantes d’échapper au pop folk qui a fait sa gloire. Le succès est un chewing gum dont il est difficile de se débarrasser.

Retour aux sources donc ! Les jolies ballades et une franchise renouvelée. Le chanteur a eu la bonne idée d’exorciser ses démons sur un album solo. Il revient ainsi avec ses camarades sereinement. L’humilité de leur sixième album surprend. Le groupe s’était un peu perdu, le revoilà sur les chemins de mélodies délicieuses et d’harmonies gourmandes.

Il n’y a rien ici d’exceptionnel mais on a bien l’impression de retrouver des vieux copains en forme. Après la déception, c’est un peu la réconciliation. La pochette montre un zippo allumé. La flamme est de retour entre les quatre musiciens. Ils n’osent rien du tout mais font ce qu’ils savent faire de mieux. Peut-on leur en vouloir ?



On peut imaginer la même chose de Noah Kahan, nouveau héros du folk américain. Ce type là fera Bercy (pardon l’Accor Arena) au mois de décembre et on doit avouer qu’il est passé sous nos radars : il chante des chansons tristes. Depuis qu’il est tout petit. Depuis qu’il poste sur les réseaux. C’est ainsi qu’il s’est fait un nom et une incroyable notoriété. Mais a-t-il un incroyable talent ?

Dans son nouvel album, on profite de l’authenticité du jeune homme de 29 ans : il raconte très bien les histoires et ses chansons sont agréables comme une confession devant un feu dans la cheminée avec une tasse de thé à la cannelle et au sureau. C’est boisé et harmonieux.  C’est un peu triste comme une fin de journée d’automne. Noah Kahan a une certaine franchise qui fait plaisir à entendre…

Sur dix sept chansons tout de même ! Le banjo et les guitares nous bercent mais on s’ennuie poliment. Le garçon a visiblement beaucoup de choses à nous faire entendre. Il devrait se méfier : il ne va tarder à faire un duo avec Coldplay. Quand on est bienveillant ou inoffensif, il ne faut pas devenir fade.



Ce n’est pas le cas de l’intrépide Glen Hansard. Ami de Pearl Jam et de U2, l’Irlandais a tout du copain doué mais trop lisse. Il a prouvé auparavant qu’il pouvait chanter comme personne des chansons d’amour qui finissent mal en général.

Heureusement pour lui, c’est un aventureux. Il respecte les règles mais il aime repousser les limites aussi. Sans trop en faire. Pas besoin d’être démonstratif. Sa carrière est désormais longue et intéressante car il s’est beaucoup appuyé sur le cinéma (il est le guitariste des Commitments d’Alan Parker et le héros de Once de Joe Carney).

Il revient donc avec un album live qui se veut un best of épuré de toutes aventures solos et dans différents groupes. Et quelle surprise ! Enregistré à Berlin, le disque est effectivement une tentative de dépouillement de belles ritournelles pour en faire un cri du cœur ultime.

Le disque est une captation abrupte de chansons jouées sur scène par Hansard et son groupe. En vieillissant, Hansard tend vers autre chose que des ballades pour traverser l’Ouest américain à bord d’une vieille Ford : il se redécouvre une hargne incroyable dans son rôle de songwriter romantique et tourmenté. C’est un sacré chanteur habité : l’album donne à voir une nouvelle facette d’un type qu’on avait déjà condamné à être un éternel second couteau, à l’ombre des géants.

Non, il vaut que cela. Sans violence, sans surprise, il montre l’émotion qui a toujours hanté ses albums. Inoffensif mais terriblement humain. Don’t Settle est une vraie expérience musicale, pas loin de rappeler les heures ténébreuses de Unplugged, avec Nirvana ou Alice In chains : une mise à nu musicale et d’une sensibilité rare. Tout cela sans aucune provocation gratuite : oui cela a du bon d’être inoffensif de temps en temps.

Prize Fighter, Mumford & sons
The Great Divine, Noah Kahan
Don’t Settle, Glen Hansard

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