Wonder Wheel

Si on oubliait quelques instants la polémique autour de Woody Allen pour se consacrer à la critique de son dernier film… peut être le vrai dernier à Hollywood.

Puisque l’on balance tous les porcs par la fenêtre en Californie, Woody Allen et sa sulfureuse réputation est devenu une personne peu désirée du coté d’Hollywood. Coupable ou victime, ce n’a pas d’importance. Ce que l’on juge ici c’est son dernier film, Wonder Wheel, qui pourtant porte un regard foudroyant sur une femme humble, passionnée et si fragile.

Hélas, rien de nouveau. Ca sent fort la redite. On pense à Blue Jasmine. On imagine très bien une pièce de théâtre classique américaine. Woody Allen regarde plutôt derrière lui. Cela fonctionnait très bien dans le très classe Café Society et son romantisme désuet. Ici, ca sonne un peu faux.

Cela dit, comme son précédent effort, Wonder Wheel rappelle l’immense talent du directeur de la photographie, Vittorio Storaro. Le bonhomme compose des couleurs criardes sur le parc d’attraction de Coney Island des années 50 qui vont un peu plus loin que la simple nostlagie. Elle baigne les tristes héros du film dans une ambiance rétro mais chaleureuse.

Pourtant, Allen est une fois de plus défaitiste: comme dans Blue Jasmine, le sort réservé à son héroïne ne sera pas glorieux. Ses rêves et ses désirs vont se cogner à la triste réalité. Ou aux rêves et désirs des autres. En tout cas, l’enfer c’est clairement les autres pour Ginny, serveuse de quarante ans, prise au piège dans un parc d’attraction bruyant et photogénique.

Elle a un mari, Humpty, réparateur de manège, qui rêve de boire un verre d’alcool. Elle a un fiston d’une dizaine d’années qui prend son pied à mettre le feu à tout ce qui passe devant lui. Arrive dans cette famille, Carolina, la première fille de Humpty, qui fuit un mari gangster et qui aimerait lui faire la peau. La demoiselle veut se faire discrète. Elle veut changer de vie.

Toutes les envies des autres passent devant Ginny, ancienne actrice déchue. Mais elle retrouve le goût des choses en tombant sous le charme d’un maître nageur de Coney Island, qui a l’ambition de devenir un écrivain. Elle ne veut plus être corvéable: elle veut vivre!

Mais comme souvent chez Woody Allen, tout se termine sur de lourdes désillusions.  Le destin n’est pas tendre et l’amour serait une chimère. Le constat est rude mais le ton est doux amer. Sans surprise, Woody Allen offre un magnifique portrait de femme à la lumineuse Kate Winslet. Tous les autres acteurs sont épatants. La partition est parfaitement jouée.

Bizarrement, elle est moins jubilatoire. Moins virtuose. Sans coup d’éclat. La déprime du personnage central semble un peu envahir le spleen pourtant créatif du clown triste qu’est Woody Allen. Il se remet à la beauté de l’image pour tromper son monde et jouer avec le désenchantement de l’existence. Wonder Wheel est un film recommandable, plus que son auteur en ce moment, mais il semble un peu arrivé après la bataille. comme la roue ou un manège, cela tourne un peu en rond.

Avec Kate Winslet, Justin Timberlake, Juno Temple et Jim Belushi – Mars films – 31 janvier 2018 – 1h40

Auteur: Pierre Loosdregt

Partager cette chronique sur

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

? * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

IP Blocking Protection is enabled by IP Address Blocker from LionScripts.com.