Ready player One

La culture geek a complètement dénaturé et uniformisé le cinéma populaire et ses fameux blockbusters. Créateur du genre, Spielberg semble régler ses comptes dans un film d’aventures ambigu mais intéressant.

Spielberg est comme le fameux Halliday du film, une référence dans la contre culture, rebaptisée un peu rapidement la culture geek! Des mythes et des références, de nombreuses générations en doivent un paquet au papa de ET et de Jurassic Park. Il est un grand distributeur de rêves, de fantasmes et de plaisirs!

Il est aussi un peu comme le jeune héros de Ready Player One: prisonnier dans un monde en apparence libre. Oasis est un jeu virtuel qui permet à tous de s’évader dans des univers incroyables. Dans une société aux abois, le jeu est un échappatoire pour tous. Les pauvres comme les riches.

Wade Watts est donc accro au jeu et connait tout de son créateur, James Halliday. Ce dernier a lancé avant de mourir un défi incroyable: celui qui trouvera les trois clefs qu’il a caché dans son univers virtuel pourra être le propriétaire de l’Oasis…

Cela donne de l’espoir au jeune orphelin qui vit dans un sinistre endroit. Cela aiguise l’appétit d’une industrie qui veut s’en mettre plein les fouilles en obtenant la propriété de l’Oasis. L’imagination est l’enjeu d’un combat ultime.

Spielberg retrouve donc son univers adolescent mais les préoccupations sont celles d’un vieux maitre du cinéma qui s’interroge sur les mutations de l’entertainment. De l’aventure et de l’action, il y en a. Une course poursuite dans un New York biscornu est un pur trip visuel. Mais il y a dans chaque scène de l’amertume et un questionnement. Brillant metteur en scène, il nous emmène dans les arcanes d’une industrie. Comme son héros, il se pose des questions morales sur un art pris un peu trop à la légère.

Vous aurez donc du fun à chercher tous les détails extirpés des années 70 et 80. Mais le film respecte sur l’importance de la science fiction et confronte le spectateur à ses attentes et ses envies. Quelle est la place de l’imaginaire dans nos sociétés? Qui doit créer les mythes d’aujourd’hui? Comme subsiste le passé? Derrière l’aspect ludique, le film est assez étrange, se servant pas la bouillie comme le ferait un simple faiseur hollywoodien. Le divertissement est un noble art qu’il ne faut pas dénigrer ou réduire à quelques aventures de super héros ou de Jedi. Lucide, Spielberg rappelle qu’il est un conteur qui n’a rien perdu de son énergie juvénile.

Emporté par sa philosophie de vieux sage, Spielberg soigne la réalisation mais oublie un peu ses héros, un peu fades et enchainés à une histoire d’amour un peu simplette. Mais bon il ne faut pas bouder son plaisir: ce n’est pas du mercantilisme ou un produit de consommation roublard. Il y a plus que ça dans Ready Player One. A 71 ans, après le récent Pentagon Papers, Spielberg prouve qu’il est toujours un jeune homme, en pleine forme.

Avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Mark Rylance et Simon Pegg – Warner Bros – 28 mars 2018 – 2h15

Auteur: Pierre Loosdregt

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