Livres

Le droit d’emmerder Dieu – Richard Malka – éditions Grasset

C’est quand même autre chose que d’emmerder les antivax !

7 janvier 2022. Quel meilleur jour pour faire un retour sur le livre de Richard Malka ? Il y a 7 ans, des terroristes essayaient vainement mais avec la violence la plus extrême de faire disparaître Charlie Hebdo. « On ne peut pas tuer une idée » rappelle Richard Malka. Hommage à Charlie et à la liberté d’expression !

Richard Malka est l’avocat de Charlie Hebdo lors du procès des attentats de janvier 2015 ouvert le 2 septembre 2020 devant la cour d’assises spéciale de Paris. Dans le cadre de son activité, il écrit ses plaidoiries. En collaboration avec les Editions Grasset, il décide de publier la plaidoirie dans son ensemble, plus longue que celle finalement présentée le 4 décembre 2020 lors du procès qui a conduit à condamner les quatorze personnes poursuivies dont trois absents, de quatre ans de prison à la réclusion à perpétuité. « Le droit prime sur la force ».

En 85 pages, Richard Malka présente une plaidoirie qui se place dans une perspective historique, reprenant à la fois les valeurs et principes de notre République mais également la frise chronologique des manipulations, lâchetés idéologiques, politiques, religieuses, artistiques, qui ont existé avant, pendant et après l’événement tragique. Un retour en arrière qui doit aujourd’hui faire réfléchir de nombreux acteurs de la vie publique. Le temps a fait son travail. Pas l’oubli. Malka n’oublie personne. Chacun fera son examen de conscience.

Richard Malka revient dans un premier temps sur l’histoire des caricatures, l’escroquerie méconnue des caricatures au Danemark, puis l’histoire du blasphème en France depuis Maupertuis le physicien qui démontre que la Terre est aplatie en ses deux pôles en 1740 en dépit des croyances de l’Eglise, en passant par l’Encyclopédie des Lumières, jugée hérétique, la suppression du délit de blasphème en 1791, la loi sur la Liberté de la presse de 1881 jusqu’à l’arrêt Otto-Preminger du 20 septembre 1994 de la Cour européenne des droits de l’homme : «  ceux qui choisissent d’exercer la liberté de manifester leur religion, qu’ils le fassent en tant que membres d’une majorité ou d’une minorité religieuse, ne peuvent raisonnablement s’attendre à être exemptés de toute critique. Ils doivent tolérer et accepter le déni… Et même la propagation par d’autres de doctrines hostiles à leur foi ».

Malka revient ensuite sur l’histoire de Charlie et met en perspective la place et la nature du rire qui deviendrait « sacrilège », telle la partie sur la comédie de la Poétique d’Aristote disparue des bibliothèques, énigme historique reprise par le célèbre Le Roman de la rose d’Umberto Eco. Une frontière à ne pas dépasser. Enfin, la plaidoirie dénonce sans détour les personnalités qui par leurs propos ont « soufflé sur les braises », laissé avec complaisance progressivement croire qu’il était possible de rogner la liberté d’expression et le principe de laïcité pour accepter l’inacceptable.

Ce petit livre, d’utilité publique, est en somme une ode à la rationalité et à la liberté d’expression. Pédagogique dans son écriture, il permet de comprendre avec raison la fracture qui s’opère progressivement si la vigilance et l’engagement pour la défense de nos libertés ne s’exerce plus. Le Canard Enchaîné, journal satirique, le répète à l’envi chaque mercredi :  La liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas !

Une plaidoirie qui restera dans l’histoire par certains passages qui appellent à la veille des consciences et à notre rationalité. A lire et à partager.

C’est à nous, et à nous seuls, qu’il revient de réfléchir, d’analyser et de prendre des risques pour rester libres. Libres de nous engager et d’être ce que nous voulons. C’est à nous, et à personne d’autre, qu’il revient de trouver les mots, de les prononcer, de les écrire avec force, pour couvrir le son des couteaux sous nos gorges.

À nous de rire, de dessiner, d’aimer, de jouir de nos libertés, de vivre la tête haute, face à des fanatiques qui voudraient nous imposer leur monde de névroses et de frustration – en coproduction avec des universitaires gavés de communautarisme anglo-saxon et des intellectuels qui sont les héritiers de ceux qui ont soutenu parmi les pires dictateurs du XXe siècle, de Staline à Pol Pot.

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