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La Grande Arche, Laurence Cossé

Il y a presque trente ans de cela, le quartier de la Défense était loin d’être achevé. Des constructions modernes, dont le CNIT, bordaient alors une immense dalle en forme de boulevard que rien ne venait clore. Un concours international d’architecture fut donc lancé en 1983 pour l’aménagement de la « Tête-Défense » (situé à l’extrémité de l’axe historique parisien). Concrètement, il s’agissait de combler un terrain vague dans le plus grand quartier d’affaires français.

Monarchie républicaine oblige, le Président Mitterrand eut le dernier mot dans le choix du vainqueur.

Surprise lorsqu’à l’ouverture de l’enveloppe anonyme, il apparait que le Président de la République a opté pour le projet de Johan Otto von Spreckelsen, un danois inconnu du tout Paris de l’architecture. Ce professeur d’architecture est avant tout un théoricien et un artiste. Concrètement, il n’a jusqu’alors construit que « (sa) maison et quatre églises ».

Très vite, le chef de l’Etat appréciera l’homme tout autant que le projet et l’Architecte, comme Spreckelsen se désigne lui-même (avec une majuscule, s’il vous plait) se croira doté de l’immunité propre au fou du roi. Ne comprenant rien aux méandres de l’administration française, notre danois oublie un peu vite que notre monarque n’est que républicain et qu’il ne peut (et, surtout, ne voudrait pas montrer qu’il a le pouvoir de) décider de tout.

Outre ces complications administratives, Spreckelsen ne veut pas admettre que l’architecture ne se limite pas à un geste et que les chantiers pharaoniques obligent parfois à des compromis avec le réel. On lui adjoindra donc un architecte bâtisseur, français celui-là, qui gérera les aspects techniques de la construction.

C’est une enquête méticuleuse en forme de tragédie que nous raconte l’écrivaine : l’histoire passionnante d’un homme sans compromis sacrifié sur l’autel de la politique.

Une fois commencé, vous ne pourrez plus lâcher ce livre avant de l’avoir fini.

L’écriture de Laurence Cossé est d’une élégance folle et d’une fraicheur revigorante. L’autrice signe une enquête rigoureuse et passionnante qu’elle agrémente de parenthèses et autres digressions parfaitement délicieuses. Elle est ainsi capable d’insérer dans des descriptions éminemment techniques (considérations précises et documentées sur la texture du béton ou sur la portance des poutres) à des anecdotes au ton beaucoup plus personnel (description de sa visite aux archives, ou encore histoire d’une poule rencontrée chez l’un des protagonistes).

 » Une enquête est toujours l’occasion de rencontres improbables. La grâce animale, la plume qui a l’air d’une fourrure, les coups de menton d’une orpington aristocratique, ce que véhicule de féérique un oiseau doré, débonnaire et déterminé, la poésie veut qu’on en rende compte. »

400 pages / 8,20€
Gallimard – collection Folio
Prix du Livre d’architecture 2016
Prix François Mauriac 2016

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