La Musica, La Musica Deuxième, Marguerite Duras, Anatoli Vassiliev, Comédie française

image1

 

La Musica, la Musica deuxième, mises en scène par Anatoli Vassiliev, traitent de l’impossible colimaçon de la séparation.

Vassiliev a fait du théâtre sous le joug soviétique; il en a développé un laboratoire du jeu où la voix et le corps, dans des modulations précises ou infimes, créent l’intentionnalité des personnages plus que les mots. La Musica datée de 1965 et écrite par Duras pour la BBC, est ici suivie de la Musica Deuxième qui date de 1985. L’ensemble évoque les exercices de style, la variation sur thème ou la répétition traumatique; comment termine-t-on la Passion, ou n’en termine-t-on pas..?

Sur le plateau, un escalier digne d’une illustration de Dante, qui ne part de rien et n’arrive nulle part de haut en bas; un autre plonge dans le sous-sol pour en ressortir aussitôt. Au milieu du plancher, un encombrement de meubles, les reliques de ce couple qui n’est plus, aujourd’hui divorcé.

Tout est “à l’avenant” comme “Lui” dit; tout est resté là, au début comme à la fin, comme il en va dans l’univers Durassien.

Il est dit qu’après la passion morte, l’adultère sans jalousie, l’on retrouve goût à la vie dans une relation contingente, superficielle…

Le problème dans cette proposition sera plutôt comment cela est dit.

Les deux sociétaires Thierry Hancisse et Florence Viala forment un couple mal assorti, ce qui n’est pas inintéressant; il est maladroit et mélancolique, elle trop légère, trop vive… Cela pourrait marcher; mais les émotions sont vacillantes.

La tâche est ardue il est vraie de reprendre deux fois de suite cette abominable récit de la destruction de l’amour, une première fois dans le marasme, la seconde au son d’un jazz dansant, couleurs vives, sourires hystériques…

L’ensemble reste esquissé, quelque chose n’est pas tenu…

On ne l’attrape pas facilement ce texte de Duras.

Elle ne savait pas écrire pour le théâtre, elle ne voulait rien lui lâcher (elle donnait des indications de jeu impossible, dans des didascalies insensées). Elle écrivait sans le savoir un théâtre imaginaire; je pense qu’il pourrait convenir aux textes théâtraux de Duras d’être simplement lus devant un théâtre d’ombres, je crois que peut-être on pourrait les danser…
Si les intentions scéniques sont bonnes, on en retire la déception d’une rencontre manquée; le spectateur finit donc parfaitement identifié à ce couple défait…

 

Du 16 mars au 30 avril 2016

La Musica, La Musica Deuxième
Théâtre du Vieux Colombier Comédie Française

Auteur: Nadège Sapede

Partager cette chronique sur

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

? * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

IP Blocking Protection is enabled by IP Address Blocker from LionScripts.com.