Ça y est je me situe dans la case vieux con. Je suis totalement dépassé. J’ai encore découvert un nouveau genre il y a quelques jours. Les petits jeunes avec qui je travaille aiment bien l’hyper pop… Vous la voyez là, la mouche qui vole pour pimenter le silence gêné ? “La génance” comme ils disent.
J’ai donc écouté de l’hyper pop. Je n’aime pas. Je n’ai pas les références. Désolé. Pourtant ça ressemble presque à de la musique savante mais trop compliquée pour moi. Trop émo (ouais j’ai osé). En attendant, cela a permis une discussion entre deux générations.
Et évidemment, vieux con oblige, j’ai tenté l’exigence. Oui j’aime le rock mais il y a aussi des musiques qui sortent des sentiers battus. Il y a des artistes qui expérimentent et interrogent. Il y a des aventuriers qui nous montrent des chemins différents et intéressants.
Par exemple, je leur ai conseillé de jeter une oreille sur Marc Nammour & Loic Antoine. Le rappeur et le poète. Leur précédent disque était d’une beauté confondante. Le second, Portraits crachés, qui inspire un spectacle, scrute avec une délicatesse musicale unique, le quotidien et les maux de notre société.
Mais tout se fait dans la nuance. Ils nous content ici onze personnages. Onze histoires. Onze délicieuses chansons qui nous montrent sans démontrer. C’est l’immense qualité de ce duo qui ne veut pas se laisser aller à la facilité.
Il capte la colère, le dépit, la détresse, l’espérance, la jeunesse et la violence. Mais pas de manichéisme. Pas de gros bruit. Pas d’esclandre. Juste des émotions racontées avec une intelligence lumineuse. Musicalement, c’est tout simplement parfait. Les arrangements participent à l’ambiance sociétale mais fantasmée par deux artistes qui méritent un succès hyper mérité.
Jonathan Benisty lui aussi cherche une certaine vérité. Sur les traces de Piers Faccini, le musicien fabrique des petits ponts entre les styles et les continents. Cette fois-ci, l’inspiration vient de Douala. Tout se réalise là bas. Avec le musicien Michel Nkouaga, le chanteur nous propose une chaleureuse invitation.
Il ne dilue pas les musiques camerounaises. Il les respecte en défendant un mysticisme assez prenant. Memwar (mémoire en créole) nous fait voyager avec une ouverture d’esprit qui manque cruellement au monde actuel.
Là encore, la proposition est très différente des conventions et des idées commerciales. Jonathan Benisty explore et échange avec des variations sonores riantes et réfléchies. On va plus loin que l’album “exotique” !
L’auteur amène ses amis (comme l’artiste Johann Fournier) et les confronte avec magnanimité à un univers riche qui fait ressortir le meilleur de chacun. Je me demande s’il n’y a qu’un genre qui naît là : le disque de rencontres. C’est bien ce qu’est cet album rayonnant.
Gilles Ivanez va aussi vers les gens : il compose et écrit. De belles chansons folk. Il s’est ensuite trouvé un chanteur et tout un groupe pour mettre en avant de morceaux minéraux qui font référence à Nick Drake.
Il y a comme le célèbre artiste torturé, une option fragile pour le dépouillement. Mais One day Creatures s’enrichit de ce minimalisme apparent. A l’image de la couverture, c’est de la musique de cabane. On est au bord de l’eau. Les oiseaux gazouillent et au milieu il y a ces musiciens qui prennent leur temps. On est très loin du concept de l’hyper pop. On ne se presse pas. Pas de cavalcade. Juste des artistes qui s’appliquent à interpréter idéalement des titres assez doux.
Évidemment avec tout cela, j’ai perdu mes jeunes. On ne se comprend pas musicalement. Mais on a échangé. C’est déjà ça !



