C’est vrai que l’on voit Laurent Lafitte un peu partout depuis quelques mois. Il ne faut pas être allergique au comédien pour voir Alter Ego, une comédie française qui a le bon goût de nous faire rire deux fois plus que d’habitude.
Nicolas et Bruno, inventeurs du mythique Message à Caractère Informatif, ont visiblement une petite obsession sur le thème de la dualité et du double. C’était déjà évident dans le cultissime La Personne aux deux Personnes. Une fois de plus, c’est un effet miroir qui va provoquer à nouveau tout un récit absurde et drôlatique.
Alex travaille à la Cogip et semble se satisfaire d’une morne existence. Il a une vie sans histoire. Une femme. Un enfant. Un collègue. Et une maison mitoyenne. De l’autre côté de sa demeure, vient s’installer Axel.
Le type est sportif, séduisant et marrant. Il a une femme splendide. Et ressemble à Alex. Avec des cheveux ! Mais personne ne semble remarquer ce détail. La femme d’Alex lui trouve même des airs de Julien Courbet. Mais le petit jeu des comparaisons devient insupportable pour l’employé de la Cogip.
C’est d’abord de la jalousie, puis de la rancœur et enfin cela tourne à l’obsession. L’emprise paranoïaque se met doucement en place. Le sens du détail fait la différence (et on ne parle pas que du postiche velu de Zabou Breitman). Les deux auteurs s’amusent une fois encore à dépeindre l’absurdité contemporaine et un monde du travail qui frise la folie.
On peut voir dans ce film, une plaisante allégorie de nos réseaux sociaux qui nous rendent fous et nous font croire à un monde meilleur ailleurs. L’image d’abord. Oui, il y a de ça dans Alter Ego. Mais cela ne s’arrête pas là. Alter Ego est tout d’abord une excellente comédie.
Simple dans sa réalisation, le film développe des personnages burlesques avec un sens du dialogue incroyable. Spectaculaire est bien entendu la performance de Laurent Lafitte. Il se régale en jouant deux types que tout oppose. Il est presque inquiétant dans chacun des rôles tellement il arrive à faire ressortir les défauts et les lâchetés cachés de chacun. Avec juste un sourire ou un regard.
Mais les deux réalisateurs offrent aussi un joli rôle à Blanche Gardin, parfaite en épouse attentive. Olga Kurylenko semble heureuse de s’échapper des figures hollywoodiennes. Marc Fraize a tout pour être le meilleur second rôle de l’année !
C’est cette petite troupe qui fait fonctionner le film de manière aussi réjouissante. Le fond du film n’est pas loin de la dépression mais la joyeuseté provient de cette entente impressionnante entre les comédiens.
La star est certes omniprésente mais soucieuse des autres. C’est un petit théâtre à l’intérieur et à l’extérieur de l’intrigue. Tout le monde semble beaucoup s’amuser : les situations sont délicieusement grinçantes et le plaisir est palpable à l’écran. Il faut toujours se méfier des apparences: une ambiguïté qui régale les acteurs !
On compare le minimalisme du film à celui de Quentin Dupieux mais les réalisateurs, eux, semblent savoir où ils vont. On ne va pas révéler la fin du film mais on apprécie la cohérence de tout le récit.
La petite comédie sociale et critique glisse vers une contrée plus cinéphile tout en conservant son rythme soutenu de gags potaches et d’idées folles. C’est un film qui peut se découvrir avec plusieurs niveaux de lecture mais Alter Ego n’oublie jamais d’être une bonne comédie. Sa rigueur, son humilité et ses comédiens la rendent précieuse et d’un raffinement assez rare dans notre production franchouillarde.
Au cinéma le 4 mars 2026
avec Laurent Lafitte, Laurent Lafitte, Blanche Gardin et Marc Fraize
Tandem | 1h39

